Photo-romance : de Rome à BeyrouthDrôle d’idée que de faire un spectacle à partir d’un film composé d’images fixes, montré et commenté par celle qui l’a conçue auprès d'un censeur (du reste, sympathique et cultivé) qui doit statuer sur la recevabilité des propos tenus et de l’originalité de l’œuvre ! Lina Saleh lit les répliques des personnages à l’écran, interrompue par le censeur (Rabih Mroué) qui de manière parfois incongrue, parfois habile, tente de débusquer les tentative des contourner les règles. Au fond, le musicien, lunettes noires sur le nez, concentré sur sa batterie, semble ne pas se sentir concerné et fait celui qui préfère rester à l’écart de ces débats.
Savoir ce que c’est qu’une œuvre originale est l’autre problème sur lequel le spectacle fait fond. Le récit s’inspire en effet d’un film célèbre qui apparaît sous la forme d’un DVD qu’un des personnages donne à l’autre. Ceux qui connaissent le film feront assez vite le rapprochement : le récit mis en image raconte comment, à l’occasion d’une manifestation qui a vidé un quartier de ses habitants, une femme restée seule pour accomplir les tâches domestiques, fait connaissance de son voisin, militant de gauche, tenu dans le quartier pour un communiste et un athée. Drôle d’idée, donc, que ce remake mais qui fonctionne à merveille ! La rencontre improbable entre cet homme progressiste aux convictions laïques, féministes et internationalistes et cette femme sans instruction qui a divorcé et est revenue vivre chez sa mère et, cohabitant avec ses trois frères et sa belle-sœur, est traitée comme la bonne à tout faire, cette rencontre donc donne lieu à un échange émouvant entre deux êtres solitaires qui se sentent en décalage avec leur environnement social. Au début, lui seul en a conscience. À la fin, ils partagent ce même sentiment. La communauté chiite dans laquelle l’action est supposée se passer n’est pourtant pas caricaturée, car ce que Lina Saneh veut dénoncer, ce sont des tares qui ne sont pas inhérentes à cette communauté mais à toute la société libanaise. C’est « la marginalisation de la femme et la mentalité traditionnelle qui sont identiques, bien qu’à des degrés divers dans presque tous les milieux» dit-elle. Le choix de transposer l’action d’un film tourné dans un autre pays et à une autre époque s’inscrit dans une même démarche : montrer la pérennité de l’intolérance religieuse, du machisme et de la méfiance du clan envers la prise de liberté individuelle dans des lieux et des moments différents. Photo-Romance de Lina Saneh et Rabih Mroué, musique de Charbel Haber. Jusqu’au 15 juillet à 18h, le 16 juillet à 15h, salle Benoît XII. Commentaires
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