Grand moment du festival que l'Oedipe très personnel de Joël Jouanneau. Cet Oedipe ne reste roi que quelques minutes. La peste frappe Thèbes et Tirésias consent rapidement à des révélations fracassantes. Oedipe les reçoit sans tergiverser, presque comme s'il savait déjà. Il a tué son père et couché avec sa mère. D'accord. Devant un tel état de fait, il n'y a pas de temps à perdre : il se crève les yeux et puis voilà.
Voilà, Jouanneau peut maintenant développer sa chronique des Labdacides. D'abord Oedipe. Roi déchu, exclu désigné. Il en fait un débris, un clochard pouilleux, désabusé et grande gueule. Joël Jouanneau offre le rôle à Jacques Bonnafé, qui l'habite de toute sa force.
L'auteur / metteur en scène consacre la seconde moitié de sa pièce à la descendance d'Oedipe, ces enfants qui sont aussi ses frères et sœurs. Une vraie fratrie où la jalousie va de pair avec l'amour fraternel. Une fratrie sur laquelle plane l'ombre imposante de l'inceste. Une belle place est faite à Ismène, la sœur qu'on connaît moins.
Dans un dispositif bi-frontal, le public se voit attribuer le rôle de peuple de Thèbes et la part de responsabilité qui va avec. Les Thébains ne sont pas innocents dans le sort qui est réservé à leur roi, hier héros, aujourd'hui victime d'une malédiction dont il n'est qu'un objet impuissant.
La grande fresque de trois heures que déroule Joël Jouanneau déborde de références - aux auteurs grecs bien sûr, mais également à de nombreux autres poètes plus proches de nous. Formidablement dense, Sous l'oeil d'Oedipe ne saurait révéler tous ses secrets en une seule fois. Une pièce à voir, à revoir et, sans aucun doute, à lire aussi.
Sous l'œil d'Oedipe, de et par Joël Jouanneau, d'après Sophocle et Euripide
Festival d'Avignon
Gymnase du lycée Mistral, du12 au 26 juillet à 22 heures
Illus © C. Raynaud de Lage