Moderne Tartuffe à Grignan
Bienvenue aux « Fêtes nocturnes ». Après Adel Hakim invité à monter Labiche et Shakespeare les années précédentes, c’est la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman qui s’y colle cette fois. Elle s’empare de « Tartuffe ». Seul élément de décor, une table colossale, au centre du plateau. Cachette pour des espions de passage –Orgon qui tente de démasquer Tartuffe-, couche d’Elmire et Tartuffe, point de rassemblement d’une famille encore heureuse et insouciante au début de la pièce. Dans l’interprétation énergique d’une solide troupe d’acteurs, le texte résonne avec force. Louis Jouvet clamait: « Le jour où l’on rejouera "Tartuffe", il faudra trouver un garçon charmant, inquiétant, très intelligent, et qu’on sente, pendant la scène d’Elmire et de Tartuffe, ce qu’elle a de scandaleux. Il n’y a aucune déclaration d’amour, dans aucun théâtre, qui soit aussi suave, aussi charmante que celle de Tartuffe à Elmire ». La metteuse en scène prend la recommandation au pied de la lettre. Son Tartuffe (excellent Thibault Perrenoud) est jeune, rageur, sensuel, Dorine généreuse et drôle, Valère et Marianne insouciants et pleins d’appétits, Orgon débordé comme il se doit… Sombre et drôle tour à tour, le spectacle suscite une attention rare, des éclats de rire, et souvent des applaudissements entre les scènes. C’est que ce festival-là voit venir à lui un public joyeusement mélangé, des lettrés, d’autres moins, des enfants, des adultes, des familles. Mais tous sont suspendus aux vers de Molière dans une attention rare. C’est intelligent et virevoltant, c’est généreux enfin et populaire. Illus © Mirco Cosimo Festival « Les fêtes nocturnes » de Grignan jusqu’au 22 août. Commentaires
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