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Aurillac : la rue enfin retrouvée !

Posté par Floriane le 27.08.09 à 09:17 | tags : festival, arts de la rue
La Patritico interesante24è édition du festival. Moins de jeunes errants dans les rues piétonnes, moins de spectacles Off attachants en centre ville. Et pourtant une rue retrouvée, réinvestie par deux troupes solides, commissionnées par le festival pour « mettre le chaos » : Generik Vapeur et Xarxa. Une affiche également très internationale. Au final : un bon cru.

Des Pays-Bas, Tuig et sa scénographie rétroversible, la roue du temps et du karma devenue une sorte de Playmobil. De Pologne, Biuro Podrozy (l’« agence de voyages ») et un Macbeth plus théâtral que jamais, où s’égrennent les images chères à la compagnie : du feu, des échassiers noirs et des échaffaudages mobiles. D’Allemagne, Titanick et ses machines grandioses pour une Odyssée revue, corrigée et largement arrosée d’hémoglobine. Non, décidément, l’hexagone n’a pas l’exclusivité des arts de la rue.

L’engagement
C’est d’ailleurs du Chili que vient l’une des propositions les plus fortes (à mes yeux) de cette édition 2009. La Patricotico interesante et son Kadogo enfant soldat porte une parole vigoureuse comme savent en développer les troupes de ce pays (le Teatro del Silencio en tête). Ici, tout est fort : le jeu des acteurs, d’une énergie et d’une maîtrise corporelle incroyables, la mise en scène, rapide comme un jeu vidéo, affutée comme une image d’Epinal, et les images précisément, tirées d’une réalité relayée par les photos de presse, les reportages télé. Certains reprocheront à la pièce trop d’évidence, un message trop direct, asséné plus que nuancé. Moi, c’est ce que j’aime : un spectacle qui secoue physiquement le spectateur, parce que les acteurs s’y donnent à fond.

Le chaos
Ce plaisir immense, de retrouvailles avec le corps, bousculé, tiraillé mais vivant, d’un public foule tanguant sur la place du square après s’être faufilé tant bien que mal dans les rues étroites de la ville, c’est Generik Vapeur et Xarxa qui nous l’ont offert avec G178. Après des années d’interdiction (plus ou moins tacite) des déambulatoires de grand format en centre ville, le spectacle de rue regagne enfin le droit au pavé. Ce n’est pas un hasard si Xarxa, la troupe de Valencia (Espagne) est de la partie : là, les Fallas se brûlent à quelques centimètres des maisons, en plein cœur des quartiers, et la population responsabilisée sait jusqu’où s’approcher pour éviter l’accident. A Aurillac, comme retrouvant ces réflexes, les spectateurs ont suivi le flot lancé par les artistes, plongeant volontairement dans le bouillonnement et n’en sortant la tête qu’une fois les derniers pétards éclatés. On aurait tort de croire pourtant, que seul le mouvement de masse importait aux artistes. L’image d’un Ubu juché sur un caddie et lançant à tour de bras des corn flakes dans le public ne vaut-elle pas cent fois mieux que tous les discours sur la PAC et le gaspillage ?

Théâtre du CentaureLa poésie
D’un tout autre style, à l’écart du bruit et de la fureur, le Théâtre du Centaure avait investi le haras où, lors de la première édition du festival, s’était d’ailleurs produit Zingaro. Flux se développe comme un poème, une série de tableaux évoquant la quête, à travers les mers Noire, du Nord et la Méditerrannée, d’un couple de centaures. Peut-on encore parler ici d’écuyers ? Sans doute pas, tant ils font littéralement corps avec leurs chevaux, qu’ils nomment leurs partenaires et avec qui ils travaillent depuis plus de quinze ans. Un tel degré d’intimité, une telle connaissance mutuelle permet aux acteurs de libérer totalement le haut du corps et de ne guider le cheval qu’avec les membres inférieurs, soudés à leur monture, comme l’est le centaure. Cette balade dans la nuit, parsemée de textes murmurés à l’oreille ou d’ambiances entourant les spectateurs, le tout diffusé à travers des casques, est aussi rythmée par des projections de films, tournés aux quatre coins de l’Europe et de ses confins. Odessa, Constanta, Istanbul, Terschelling, Marseille : autant de ports, d’attache et de détachement, de fuite et de retrouvailles, que traverse le couple, au final réuni.
De l’engagement, de la fête, de la poésie : une palette assez représentative de ce que développent les arts de la rue aujourd’hui.

Ill : La Patriotico interesante
Théâtre du Centaure © Frédéric Chehu










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