Tandis que le musicien Alexandre Meyer fait tourner des boucles sonores, Julie Nioche apparaît sur scène, se harnache d'« orthèses » (appareillage lié à la rééducation — Julie Nioche est également ostéopathe) aux pieds, aux mains et à la taille, reliées par un système de poulies à plusieurs dizaines de poids suspendus au-dessus d'elle. Elle s'allonge et semble s'endormir. Il était une fois...
Par des mouvements précis, la chorégraphe se hisse au-dessus du sol, tandis que les poids descendent, formant un nuage qui peu à peu l'entoure. Son corps paraît fragile comme celui, artificiel, d'une marionnette qui chercherait à se libérer des fils qui la contraignent, mais la force nécessaire à son ascension, et les mouvements qui lui permettent de s'élever rappellent plutôt une athlète sur des agrès (notamment les anneaux de gymnastique).
Tel un nouveau-né découvrant ses capacités kinesthésiques, Julie Nioche tâtonne, hésite et semble s'éveiller à son propre rêve. Sa « machine », comme elle la nomme avec tendresse, est d'une grande simplicité, pourtant le tableau qui nous est donné à voir évoque une forme de réalité virtuelle, une esthétique qui serait de l'ordre de celle de la science-fiction.
Nos Solitudes, qui a reçu en juin dernier le Prix du jury du Syndicat de la critique, est un très beau spectacle. Pendant la première demi-heure, on est bluffé par la beauté littérale de ce que Julie Nioche met en scène : un corps qui semble libéré de la pesanteur, luttant pour sa délivrance, jouant avec les poids qui autour d'elle donnent un sens à ses mouvements, à son existence. Pourtant rapidement le temps semble long, et on songe par instants à un numéro de cirque scénarisé. La chorégraphe ne parvient pas réellement à livrer une véritable proposition dansée à partir d'une belle invention scénographique, ni à libérer son œuvre de ses si séduisantes entraves plastiques.
Julie Nioche, Nos Solitudes, au Centre Pompidou, du 26 au 29 octobre 2010, dans le cadre du Festival d'Automne. www.festival-automne.com En tournée en 2011 : le 18 février au Bateau Feu, Dunkerque, le 18 mars au Safran, Amiens, le 26 mars aux Rencontres Essonne Danse, Scène nationale d'Evry, le 3 mai au Théâtre d'Arles.
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