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Jan Lauwers : Un homard qui ne passe pas...

Posté par JdF le 11.07.06 à 15:40 | tags : festival d'avignon 2006, politique, théâtre
Quelle déception : après les descriptions alléchantes que j'avais lues sur La Chambre d'Isabella, je me réjouissais tant à l'idée d'aller pour le première fois voir un spectacle de Jan Lauwers ... Et de me retrouver à l'arrivée devant un Bazar du Homard bâclé et totalement indigne de ce que Jan Lauwers a, semble-t-il, fait dans le passé.

L'installation scénographique elle-même (faut-il rappeler que Lauwers est d'abord un plasticien ?) témoigne d'un effort d'imagination minimal : pour un homme qui est supposé savoir créer un univers mental sur une scène, Jan Lauwers ne s'est pas fatigué dans la préparation du Bazar : une scène vide ornée de quelques sculptures, genre totems indiens, le tout blanc comme neige, et des buches installées au pied d'un arbre attendant sagement l'évocation de l'incendie pour rougeoyer.

Car il y a un incendie, un enfant mort qui ne l'est peut-être pas, un couple qui se déchire à ce sujet, une femme qui disparaît (noyée ? peut-être), un homme qui tente de se noyer à son tour (dans le film, il n'a pas l'air d'y parvenir, mais bon...). Parce qu'il y a des films aussi. Trois. Le premier est une mise en bouche, en quelque sorte : un homme (c'est un réfugié nommé Mo, on l'apprendra plus tard) navigue tranquillement sur un canot pneumatique, dans une sérénité tout à fait inhabituelle pour quelqu'un en train d'aborder un rivage étranger en toute illégalité. Un deuxième film évoque la mort de l'enfant, terrassé par les coups d'un autre garçon, sans que ces coups aient l'air d'inquiéter plus que ça ni le père, ni l'autre adulte présent. La violence du film s'en voit d'ailleurs renforcée et c'est peut-être le seul moment où il se passe quelque chose de prenant durant l'ensemble du spectacle. Le dernier film montre le père essayant d'être submergé par les vagues : étant donné que l'eau ne le recouvre que de quelques centimètres, son entreprise semble bel et bien vouée à l'échec.

Bref, il se passe à la fois tout et rien dans ce bien nommé Bazar : l'affaire commence par un homard renversé sur un pantalon blanc et se termine par l'histoire d'une jeune prostituée devenue elle aussi réfugiée, histoire dont nous ne saurons pas grand chose. Le spectacle lance mille idées et n'en développe aucune, les acteurs n'ont pas vraiment l'air de croire en leurs personnages, le tout évoque une soirée chic où les invités se livrent à des jeux de rôle et à quelques numéros de karaoké : une amusante soirée entre amis, où le spectateur fait antichambre.




Commentaires

De le tadorne, posté le 12.07.06 à 08:37 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Ce homard est effectivement indigne d'Isabella...Critique toute aussi sévère sur http://www.festivalier.net/article-3263171.html.
Cela restera l'une des bides de cette édition du Festival d'Avignon.

De ali, posté le 21.07.06 à 16:38 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Parler de dignité?
Comment raconter si ce n'est en essayant, en fracturant, en deplaçant sans cesse les prismes du regard, petits eclats sur fond blanc. Baclé? Je suis sortie d'ici avec l'effort de la séparation,  celui de l'éveil. Il me restait  les débris  d'un rêve ou le plus important  n'est pas  la fiction (propre et à contours) mais la façon dont il sera raconté, ce cauchemard de la perte d'un enfant. C'est un acte de puissance ou les comédiens s'exercent, se défient, entre joie et peine (même physique) et non un acte de pouvoir, efficace et fini. Il me reste moi. A la sortie. Avec un espace énorme de pensée, de vie, de recomposition. A défaut  de pouvoir savoir vivre, vivre ce drame,  j'emporte avec moi le fond (blanc)  et la forme (des corps) . Qui sait encore ce qu'il me restera... l'impression d'un ours à moitié ours, la trame, le drame, la rame, l'enfant; le chant? Quoi?  Et bien moi.
Ce bazard me laisse  de la place.
Alors, si l'acte créateur doit encore se réduire à la comparaison, rendez-vous au musée, comparons les natures mortes. L'esprit se doit d'être joyeux et critique, et si déception il y a puisons la hors comparaison, hors-mur, hors musée. Soyons  au monde. En vie. Mais ne partageons  plus les signes de ce qui a vraiment eu lieu , l'acte théâtral,  avec l'affligeant recours à "l'avant" le mieux, le kilogrammes ou l'euros; Il s'agirait maintenant de trouver sa liberté. Liberté face à l'oeuvre et ce qu'i m'a touchée c'est cette fameuse liberté en sortant du Bazard.
Pourquoi?
C'est inouï d'aller encore au théâtre, non? a la poursuite du vent... Que voit-on? Que comprendre? c'est une poursuite, du sens , du son. Ce bazard vous perd, vous récupère, vous séduit, vous piège, il a besoin de nous. Pas de 4eme mur, pas de morts  qui font semblant d'être mort, ou des manequins en plastoc, ou des chiffons...  Juste des vivants avec leurs arts, qui tentent l'expèrience joyeuse du dire.... raconter, éprouver. A ce demander si la question de vie et de mort reste impotante ici , même s'il ne sagit que de cela! ! on est dans ce présent , on pourrait même mourrir que peut-être on ne s'en rendrait pas compte tellement cette "chose" qui se déroule devant nous, par nous, est fascinante. Le processus de création.  
Alors quel bide?
Aucune rétention d'eau ici. C'est un acte généreux et libre, ce bide, ou est-il? Ce gras là... Dans nos esprits affolés peut-être. Appeurés par la perte du sens, du linéaire, de l'émotion imprévue. Ou est le bide? L'émotion malade, le pathos est ici déjoué, mais d'abord il se joue.
Perdons notre gras, bougeons-nous l'esprit. Ou est le bide? Ne serait-il pas dans cette impossibilité de faire cotoyer, au même moment l'etrange, le méconnaissable avec la confiance d'être soi en face de soi et de l'oeuvre; notre hote? 
Je reviens de ce festival en vie, joyeuse, en colère, fatiguée.... bref , globale.
la sévérité m'ennuie.
Les contours m'ennuient.
Le manque de générosité me gène.

De le tadorne, posté le 22.07.06 à 01:08 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Ali, votre commentaire est tout aussi incompréhensible que cet homard. Etre généreux, c'est aussi se faire comprendre.

De ali, posté le 22.07.06 à 15:58 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bonjour
voici l'exemple de notre incompréhension, avons-nous vraiment essayé cependant?  vous parlez de compréhension  je parle  de ce que  ce spectacle  à produit  en moi... ce  choc  étant  ma seule critique...  exemple; 
J'aime la pensée de Deleuze, sa liberté de pensée,mais je la laisse passer par moi sans cependant pouvoir vous prouver que je l'ai bien comprise. Comprenez vous donc qu'il n'y a rien ici à comprendre d'autre que j'ai assisté au Bazar avec joie, que j'en suis sortie heureuse, qu'il y a eu choc, que c'est un artiste qui me bouge de mon siège, et que parfois la compréhension de ce qui a lieu, en face de soi, au présent, ne se saisi pas par une technique, un listing; le fond, la forme, le sens, le personnage...et c'est quoi un personnage au juste? Mme Bovary c'est moi, ou toi ou eux ou bien...  (Flaubert disant, anecdote connue, "Mme Bovary c'est moi.") et si justement ne pas se comprendre, essayer de se faire comprendre est le jus de l'acte artistique (Beckett disait que l'art est une tentative...)Prenons l'exemple de Combat de Nègre et de chiens (Nauzyciel), n'etes-vous pas resté perplexe? moi aussi. Peut-être parce que nous avons tout  bien compris, il s'est fait comprendre, tout si bien ajusté, tout allant dans le même sens, l'attendu  des corps, même elastique tendu du rythme qui ne se casse pas... Le bazar est une brisure... Me comprenez-vous mieux...  Le manque de générosité n'est pas une accusation contre la critique, la votre ici, c'est juste un rapport à soi: parfois, sur son siège on cherche à mettre ce que l'on voit, dans des cases, on veut comprendre...C'est noble (Kant), mais laissons un peu de leste. Ce bazar,( pour être comprise, sèche et communicante, utiliser le langage pour sa seule fonction informative, sans autres courants d'air émotionnels ou poètiques ou pouet-pouet); ce bazar n'est pas un bide, ce bazar  est une brisure, il résonne, donne de l'oxygène.. comment? laissons le s'échapper... Les films (trois) = métaphores
les personnages= les artistes qui jouent à être pour nous montrer, leurs corps+ le texte = histoire
la scéno= formes blanches , fond blanc= page blanche= tout ce que l'on veut s'imaginer selon la situation, et ce que chaque spectateur  peut projeter... grace au spectacle des corps, aux voix, au texte, texte qui se doit d'être le personnage centrale, non?
On assiste à un processus de création... quand je dis; "on assiste" je dis par la même que nous sommes aussi "assistant", actif, dans l'histoire qui se raconte... Me comprenez-vous?
Idem en art plastic, il y a des "objets" qui font "oeuvre" car ils sont simplement regardés... decontextualisés, décalés... Ils n'existent pas avant nous posés sur un mur, ou notre regard ne changerait absolument rien au présent de  la rencontre.
Voulez-vous me comprendre?
j'ai aimé ce spectacle, il m'a rendue legère et libre, joyeuse et triste, il m'a rendue paradoxale et sans absolu.
Merci de me lire.
bien à vous.

De GM, posté le 23.07.06 à 17:18 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je vous trouve un peu sévères avec le "bazard"... Certes, il ne m'a pas plus autant que "La chambre d'Isabella", mais on y reconnaît nettement la marque "Lauwers". Je crois que c'est faire, en quelque sorte, un "hors-sujet" que de critiquer ce spectacle parce qu'on veut que tout y soit net et clair. Quand j'ai rencontré Jan Lauwers, il m'a tout de suite averti de la déconstruction de la linéarité du récit : cette déconstruction fait partie de son propos artistique. 
Ce n'est pour autant un spectacle exceptionnel : le texte est assez faible en comparaison de la musique, de la vidéo et de la danse...
Quant à critiquer tout ce qui n'est pas crédible dans ce spectacle, je pense que le théâtre (et depuis pas mal de temps déjà) n'a pas à se soucier du vraisemblable : quand on va au théâtre (à la différence du cinéma), on accepte implicitement la possibilité de l'invraisemblable.

Je voudrais revenir enfin sur la réaction d'incompréhension qu'a connu le message d'Ali; Ali a compris dans le Bazard des choses que d'autres n'ont pas comprises. Elle parle d'émotion - ce qui est sans aucun doute l'élément primordial au théâtre, quand d'autres s'attachent à chercher des failles dans une narration qui précisément revendique ses failles. Le message d'Ali est un beau message, et je souhaite à tout le monde d'être autant ému par un spectacle qu'Ali l'a été par le Bazard.

De jan fan, posté le 29.01.07 à 20:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
C dla balle!

De ninievl, posté le 15.03.07 à 20:36 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Il faudrait peut être s'interroger, se dégager du premier plan pour y voir ce que veut nous montrer. quelqu'un qui tente de se noyer dans quelques centimétres d'eau...qu'est-ce que cela signifie. Un événement habituel auquel un effet d'estrangement (dans le sens brechtien par exemple...faut il tout pré mâcher au spectateur d'aujourd'hui? ) Beaucoup de metteur en scène, dont Jan Lauwers ne cherchent, ne recherchent pas à faire aimer ou non une mise en scène, mais plutôt, donner à réfléchir que ce soit sur la mise en scène elle-même,ou ce dont il est question en rapport avec notre société. Le spectateur vit dans une société donnée, à une période donnée, le théâtre est le reflet de celles-ci. Malheureusement votre critique est superficielle pour la prendre au sérieux, vous pouvez ne pas être d'accord avec Jan Lauwers, mais au moins faites l'effort de ne pas exposer du creux, donner nous à lire quelque chose qui en vaut la peine.

De NINIEVL, posté le 15.03.07 à 20:39 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je parle de la critique postée par jdf

De Olala, posté le 06.09.07 à 01:51 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Critiquer... Parler beaucoup pour dire peu. Démolir l'autre pour s'en sentir grandi. Jeu de pouvoir. Le spectateur à le droit infini de s'ennuyer, de n'avoir rien compris, de trouver cela mauvais. Peter Brook le dit: vous avez le droit de vous ennuyer. L'aspirant intellectuel peut avoir ressenti, réellement, sensations multiples et autres stimuli profonds. Peut-il qualifier d'ignare celui qui n'à pas "aimé"? La plus grande intelligence consiste à comprendre et admettre l'altérité de l'autre. Nos sensibilités sont differentes, comme la forme de notre nez ou la couleur de notre peau. C'est tant mieux. Néanmoins, le théâtre ce doit d'être ouvert au public, car il n'a de sens que grace à lui. S'il est vrai qu'il ne faut pas "pré mâcher" la chose au public, il faut tenter, tant bien que mal, non pas de vouloir plaire ou provoquer (il est temps de grandir je crois...) mais de faire parvenir l'objet scénique au plus grand nombre et arrêter d'alimenter la satisfaction égocentrique de certains fiers de leur sortie culturelle mensuelle.
Contestons cette idée horrible, socialement acceptée aujourd'hui, que la culture serait automatiquement "supérieure" (ça ce n'est pas de moi, mais de Peter...)

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