
Comme son titre l’indique, Anathème rappelle dans une litanie les tueries et massacres perpétués tout au long des pages de l’Ancien Testament. Dieu s’y montre impitoyable, ordonnant inlassablement à son peuple de persécuter les adorateurs d’idoles et autres infidèles. Durant les deux tiers du spectacle, la cour du Cloître des Célestins est désertée, un tableau représentant de grands espaces paradisiaques et vides d’humains est projeté sur le fond de scène. Les acteurs, chanteuse et musiciens sont situés sur des estrades juchées en hauteur, de part et d’autre du plateau. Durant la dernière partie, le fond de scène s’ouvre sur un couloir tapissé d’un papier réfléchissant, un homme en sort, il est noir et sa tête est bandée. Il se dévêt et sort d’un sac en papier un tête d’homme. Qui pourrait être la sienne.
Le processus alors est enclenché : des femmes et des hommes de tout âge suivent ce qui paraît comme une consigne dès qu’ils franchissent le seuil et se trouvent sur scène : ils ôtent leurs montres, bijoux, lunettes, vêtements et viennent rejoindre le groupe. Le tout force le spectateur à assumer le rôle du bourreau.
Tout se passe comme si c’était lui qui ordonnait ce sinistre protocole. Jacques Delcuvellerie (que l'on connait pour avoir mis en scène Rwanda 94 avec le collectif Groupov ndlr) entend-il engager son public à assumer une responsabilité collective ? Au-delà de cette problématique, du reste contestable, quel est le rapport avec les litanies bibliques qui se poursuivent ? La lecture de la plaquette nous apprend que ces hommes et ces femmes sont supposés évoquer le sort des victimes du génocide nazi…
On s’en était douté durant le spectacle en se demandant si Delcuvellerie y voyait une revanche de l’Histoire. On peut lui accorder le bénéfice du doute et penser que l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions. Tout cela démontrant enfin que l’on ne pense pas la barbarie à coup de raccourcis qui l’appréhendent de manière abstraite comme l’émanation d’un Mal qui serait constitutif de l’humain.
Pour en savoir plus, le mieux est encore de venir demain écouter le metteur en scène se confronter à ce vaste champ de réflexion, en compagnie de Françoise Héritier et Annette Wieviorka dans le cadre des Conférences Le Théâtre des idées (info ci dessous).
Anathème de Jacques Delcuvellerie / Groupov, au 59e Festival d'Avignon
Au Cloître des Célestins les 10, 11, 12, 13, 15 juillet 23 € / 19 € [Festival d'Avignon © Lou Hérion]
- Conférence "Pour le meilleur et pour le pire : l'homme entre culture et barbarie"
Gymnase du lycée Saint-Joseph Mercredi 13 juillet 15h Entrée libre
Avec Jacques Delcuvellerie, metteur en scène Françoise Héritier, anthropologue Annette Wieviorka, historienne