Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Même pas mort ! Jean-François Sivadier monte La Mort de Danton

Posté par JdF le 15.07.05 à 17:38 | tags : festival d'avignon 2005, jean-françois sivadier, théâtre
La Mort de Danton dans la cour du Lycée Saint Joseph "Enfin du théâtre !" pourrions-nous nous écrier, s'il fallait hurler avec ceux qui se plaignent de ce qu'Avignon n'est plus Avignon, parce qu'il n'y aurait pas de "théâtre" cette année dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. Encore faudrait-il s'entendre sur le terme. Parce que sans être ni vraiment de la danse, ni vraiment du théâtre, ni vraiment une installation, un spectacle peut quand même être quelque chose. Sans en avoir forcément besoin d'en conclure par l'hybridation des genres... Bref, ce n'est pas le moment d'entrer dans le débat car si je suis venue me visser devant cette machine aujourd'hui, c'est pour parler de La Mort de Danton : le spectacle de Jean-François Sivadier. Ici, à Fluctuat, on avait déjà parlé La Vie de Galilée qu'on avait beaucoup aimé.
Avec La Mort de Danton, Sivadier démontre à nouveau que ce sont des motivations sincères et réfléchies qui l'ont guidé dans le choix qu'il fait de mettre en scène un texte. La Mort de Danton a été écrit par Georg Büchner alors qu'il désespérait de voir un jour advenir une république dans les Etats allemands, en Hesse, en l'occurrence. Les mouvements révolutionnaires de 1830 avaient été réprimés et Büchner pensait que le moment était peut-être venu d'engager une réflexion sur le devenir d'une révolution, celle qui servit de modèles à tous les révolutionnaires du XIXe siècle : la Révolution française.
Tous les personnages de Büchner sont pétris de contradictions, Danton, Robespierre et les autres sont face à une aporie. Il s'agit de continuer la révolution et faire advenir un état social plus juste, sortant le peuple d'une misère qui l'entraîne à s'en prendre à tous ceux qu'il soupçonne de conspiration ou d'accaparement des biens de consomation qui font si cruellement défaut. C'est une escalade de violence institutionnelle qui finira pas coûter le vie à ceux-là même qui l'avaient prônée. Dans la pièce de Büchner, on n'en est pas encore là : l'heure de Thermidor n'a pas encore sonnée. Danton est condamné pour avoir mené un train de vie indécent eu égard aux privations endurées par ceux dont il se dit le représentant. En plus, c'est un jouisseur, ce qui n'a pas l'heur de plaire à Robespierre, qui entend incarner une vertu qu'il dit "révolutionnaire".
Büchner utilise des discours qui ont réellement été tenus par des protagonistes de sa pièce, qu'il mêle à des chansons populaires allemandes et à bien d'autres chose, obtenant ce que la modernité a appelé un montage. Cela, Sivadier en tient compte puisqu'il prend quelques libertés avec le texte en remplaçant les chansons qui étaient familières aux oreilles de l'époque par un poème d'Aragon mis en musique par Brassens. C'est bien trouvé car Aragon est le poète français qui a, pour beaucoup, incarné l'idéal révolutionnaire (c'est du moins ainsi qu'il se définissait) tout en s'attachant à perpétuer une tradition lyrique présente dans le répertoire populaire. Par ailleurs, Sivadier utilise des éléments de décor mobiles qui ont de multiples fonctions, le spectacle étant rythmé par des rupture de ton permanentes. Nicolas Bouchaud qui incarne Danton est aussi convainquant qu'il l'était en Galilée (cf chronique et entretien sus cités). Les personnages féminins qui ont, dans la pièce, un relief tout à fait remarquable pour un temps où le féminin était reduit à quelques images d'épinal, ont ici des actrices à leur mesure. C'est donc avec ferveur et inventivité que Jean-François Sivadier réussit à redonner vie, non à Danton, mais aux mots de Büchner.

La mort de Danton mise en scène JF Sivadier, au 59e Festival d'Avignon
dans la Cour du Lycée Saint Joseph, jusqu'au 16 juillet 





Commentaires

De Etienne, posté le 20.07.05 à 17:11 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je connaissais déjà la pièce l'ayant vue en 1989 au Théâtre des Amandiers de Nanterre (Grüber). Heureusement ! Nous étions 700 dans la Cour du lycée St-Joseph. 400 spectateurs devaient entendre correctement le texte magnifique de Büchner, nous autres devions attentivement prêter l'oreille pour en saisir tous les mots. La diction excellente de tous les acteurs n'y est pour rien, la mise en scène sompteuse non plus. Ce lieu en plein air est trop grand pour y faire du théâtre, tout simplement.

De juliette, posté le 21.01.06 à 16:21 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
J'ai adoré la mise en scène, les acteurs qui sont tous aussi bons les uns que les autres. Chapeau bas à Nicolas Bouchaud qui nous fait découvrir un Danton parfois réveur. La musique rick était, contrairement à certaine critique très bien placée dans la pièce. Elle donnait un côté moderne a celle ci. Enfin l'idée des statues pour représenter leur morts est... génial... Que dire de plus a part Bravo!!!!!

De aya, posté le 16.02.06 à 20:55 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

J'ai vu la pièce à Avignon, pendant le festival de 2005. De toute ma vie d'ado, c'est une des pièces qui m'a le plus marquée. Pour la première fois, j'ai pleuré d'émotion. Le jeu de ces acteurs est magnifique, et je les admire beaucoup. J'ai vraiment été prise dans l'histoire, les amours, les différends des personnages et l'idéal que défendaient les héros et le anti-héros.

le dernier mot que j'aurais à dire c'est bravo ! ! bravo à toute l'équipe et à la compagnie du tnb et continuez ce que vous faites ! ! ! !

 

 



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