Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

La Poursuite du vent : grâce à Viviane de Muynck, Jan Lauwers se rachète

Posté par JdF le 22.07.06 à 15:55 | tags : théâtre, festival d'avignon 2006
Après le décevant Bazar du Homard, je me suis quand même rendue au Théâtre municipal pour assister à la Poursuite du vent, un texte autobiographique de la poètesse Claire Goll, interprétée magistralement par Viviane de Muynck. Seule en scène, sur un plateau nu, sur lequel descendent des spots dont l'intensité lumineuse varie au cours du spectacle, l'actrice campe une Claire Goll sur la fin de sa vie qui raconte ses jeunes années, sa relation avec Yvan Goll et ses autres amants, les femmes et les hommes qui l'ont marqué et qui ne sont autres que Dali, sa femme Gala, Malraux, Brecht ou Helena Rubinstein.
D'une simplicité sans rature, le spectacle se met au service du texte et d'une actrice qui s'allient formidablement l'un à l'autre. La théâtralité dicrète et fait sûrement regretter à ceux qui avait vu la Chambre d'Isabella une scénographie plus foisonnante. Mais que voulez-vous ? Jan Lauwers s'en est donné à cœur joie avec son homard, et sans trop de discernement. Ici, il se fait un peu oublier...

Commentaires

De ali, posté le 25.07.06 à 18:50 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
J'ai eu la chance de voir le Bazar et La poursuite du vent, le même jour.... Je suis soufflée par la pertinence radicale de ces deux spectacles et l'ecart incroyable de  leurs inventions , deux planètes différentes ; je pensais au départ à cette évidence de la différence; je vais au bazar; ce sera joyeux, je vais à la poursuite ce sera tragique... et autres réactions binaires que l'on peut avoir les premières minutes de représentations, comme accroché à une branche de peur de tomber...Et  bien l'émotion nous cueille, accueillie tête à l'envers par une actrice incroyable, on rit, on pleure, on ressent,  comprenant l'acte magique de cela, rire et pleurer; le même nerf à vif, stimulé par la meilleure place que jan Lauwers laisse toujours à son plubic... Finalement soufflée par notre assistance face à ce qui se déroule face à nous... Cette femme nous parle, rien d'autre et il n'y a rien de plus difficile à réaliser... Des le départ on voit l'artifice du théâtre à l'envers, face à nous; les projos montent  lentement pour toucher le ciel, sur terre, sur scène, en bas, c'est elle qui nous éclairera forte de sa présence et de son histoire... Le théâtre est montré, peau retournée, à l'envers et finit par ce faire oublier... Alors nos peaux à nous se retournent aussi, sensibles, effleurées par ce souffle. On l'écoute. Cette femme approche lentement, horizontale, et l'artifice tombe à la verticale, nous somme à la jonction, à la croisée des routes, la parole se fait... Elle parle.
Elle reconstitue, errant d'une plate-forme à l'autre, elle èrre, rendant la parole de plus en plus concrète, précise, elle cible, elle nomme.
Elle peut dire "Breton" et je ne sais par quel procédé, j'ai la sensation de le connaître, elle parle et j'ai de plus en plus la sensation qu'elle ma parle, à moi, en haut à gauche, 2eme balcon. Et je bois ces paroles, oubliant même la faiblesse du texte, elle joue avec les rythmes, les voix, elle jongle avec Joyce, Breton... Des monstres...Et jamais je ne vois le numéro d'acteur, l'adresse et la malignité car elle laisse toujours devant elle et nous, l'histoire. Son corps se déssine avec force. On comprend avec la distance pudique, ne parle-t'elle pas aussi de la difficulté et par la même parfois de la joie d'être femme? Cette femme? Comment vivre artiste? Et puis tout passe... Tout est là... Tout passe... Sentiment de perte, d'un seul coup face a l'émotion, la parole ne raconte plus, ne peux plus se raconter, elle se brise, et sans m'en rendre compte j'étais en sanglots. Et là, l'artifice réapparait, les projecteurs tombent , les larmes. ah! nous étions au théâtre? Trop tard, je l'ai vraiment rencontrée, il n'y avait qu'elle.  Prisonnière  des trames de  projecteurs, de  la  trame irrèversible de l'histoire, de la vie. La fin.
Je n'avais jamais assisté à la pertinence de la simplicité. Nous étions deux dans une salle de 500... Que s'est-il produit? C'est inédit.     
Comme le vent, tout passe, mais la mémoire vive ravive...C'est passé. Et  j'aurais voulu rester. je voulais que cela dure, ne plus rien poursuivre. Mais rien ne dure, voila son histoire.
Et la notre.
Comment finir?


De le tadorne, posté le 25.07.06 à 21:50 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
J'etais à la première le samedi 8 juillet. Je me demande si nous avons vu le même spectacle. Sois vous sublimez à outrance, sois je n'ai rien vu, rien entendu. Une chose etait certaine: ce jour-là, le public s'est copieusement ennuyé.
J'ai écris un article sur ce vent bien faible: http://www.festivalier.net/article-3241828.html

De ali, posté le 26.07.06 à 12:47 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je n'étais pas à la première...
Je suis sans doute sentimentale!
Je n'ai pas peur de m'ennuyer, ce n'est pas un critère séléctif. Ce qui me fait fuir de mon siège serait plutôt la malhonnêteté , rendre le public dupe, non pas de son intelligence (ce serait tant mieux) mais de son ignorance. En tant que spectatrice je me sens agissante et active. Aller au théâtre reste toujours un rendez-vous exeptionnel, proche effectivement d'un acte de sublimation.  C'est le jeu ! Le je! Mirroir l'un de l'autre!  Je n'emporte avec moi aucun désir d'efficacité, de pouvoir, de quantité ou de qualité. j'essaie de ne pas trop faire mes courses (au moment des soldes, galopante au rayon cosmétique ou esthétique...)  je tâche d'être une,même séparée  parfois de ce que je croyais être! J'essaie de  recevoir  , avec  émotion,  reflexion,  le  spectacle me reflechie, au même titre que la lumière, je veux être libre.  Après, je reconstitue, alors l'intelect s'en mêle, il  le faut bien puisque je vous écris, je dois donc ordonner ma pensée. Sans recette ni savoir faire! Je frictionne ma réalité, ce que je lis, ce que je ressens, ce que je vis, qui j'aime, ce que je bois et mange, avec ce qui me reste de l'expèrience de l'acte théâtral! Je crée du lien.
Je tends le fil,  tendu de mon siège jusqu'ici.
Le jugement, quelle folie! Un vent qui soulève n'est-ce pas? C'est je l'avoue compliqué pour moi de poser sans doute, à plat, les nombreuses catégories du jugement... Finalement  je ne fais que témoigner.  N'est-ce  pas cela  être  au  théâtre?  Pouvoir  témoigner  de ce qui a  eu lieu  , pour  soi, toujours autre?
Et ce qui à lieu est une alchimie aux propriétés multiples. Vous êtes autre le tadorne, je suis autre, mais sur nos sièges nous sommes hotes; qu'est-ce qui fait l'appréciation? Heureusement que nous ne verrons jamais le même spectacle! On peut en parler! Quelle joie!
Nous ne sommes pas le public. Nous faisons  équipe  avec un  public.  Et à chaque fois  qu'un spectateur  sort  de la salle, il emmène  un bout  de mon public, il  re-questionne  l'acte public; celui d'assistance au spectacle!  

De Akynou, posté le 05.05.07 à 22:24 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
JE l'ai vu hier au soir, et j'ai adoré. Le texte, la comédienne. J'étais dedans, dans cette histoire. J'écoutais ma grand-mère, ma mère. JE revoyais l'histoire grande et petite repasser devant mes yeux. Rien que du bonheur sauf, sauf les éclairages et le praticable dont l'art de la comédienne pouvait très bien se passer.

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