L'Iliade par Vassiliev Les deux spectacles que Vassiliev a présenté cette année en Avignon a suscité la perplexité. En particulier, son adaptation du chant XIII de l'Iliade qui a suscité nombre de commentaires mitigés. Donné dans la carrière de Boulbon, il rassemblait une vingtaine de participants pour un spectacle choral où les acteur/chanteurs/danseurs/ lutteurs psalmodiaient, proféraient le texte d'Homère (en russe) avec une violence tout à fait en accord avec le propos, se battaient à coup d'épées et de lances ou composaient une chorégraphie étrange qui évoquaient des danses guerrières venues d'Asie. Alors évidemment ceux qui étaient venus avec leurs bambins, pensant assister à une sorte d'Iliade illustrée, ont été sûrement déçus : mais pour moi, une fois l'effet déstabilisant des premières scènes passé, le spectacle m'a pour ainsi dire aspiré dans cet univers à la fois violent et ritualisé où le plateau semblait une toile et les acteurs des tâches de couleur mouvantes. Un tableau animé et sonore, en quelque sorte, où le récit (c'est un peu répétitif l'Iliade, certains doivent s'en souvenir) s'évanouit au profit d'une action parfaitement dessinée et rythmée. Alors c'est long (trois heure quasi) trop long sans doute, surtout pour ceux qui, comme moi, avaient attendu presque minuit avant que la pièce commence parce que la scène avait été détrempée par une de ces pluies intempestives qui a donné tant de serpillères à retordre aux organisateurs du festival. Mais l'impression qu'on en garde est marquante. Commentaires
De ali, posté le 24.07.06 à 12:16
![]() Egalement dans l'attente... après cette pluie je suis entrée, au dehors, à l'extérieur, je suis sortie plutôt, cernée par ce lieu immensément réèl, engourdie, fragile, avec déjà la prémonition que nous vivrions une expèrience marquante, le public en masse face à ces arches blanches, à ce plateau limité et perdu au milieu de cet énorme décor naturel, il s'agit bien d'une proposition forte de "représentation"...( à ce propos, c'est là que déjà Vassiliev opère le "charme" une chimie magique qui ne fera par la suite que nous hypnotiser sous une étrange torpeur...ne sachant plus vraiment les limites de nos pensées, de la perception de cellec-ci . J'en profite par un léger rebond pour évoquer Barthes, qui pensait que la rencontre avec un livre captivant , laisse la place à l'excitation, la pensée jaillit sur d'autres fonds que la page écrite, l'esprit est éveillé, gratté, bref on finit par lever la tête du livre et partir ailleurs.... Aussi pensait-il que lire un livre en entier n'est pas "obligatoire" que lire c'est aussi savoir sauter des passages, il faut aussi accepter cela, l'ennuie, et savoir le contourner, activement, réecrire le livre par de vrais choix, de vraies coupes....Tout cela pour dire que nous avons assisté par ce spectacle à une vraie "écriture" , nous avons essayé de déchiffrer cette langue lointaine et étrangère, perdus par l'excellence de cette transcription, cet univers là semble trop grand pour nous; et tant mieux... N'est-ce pas la le propre du mythe ; prendre de la hauteur pour mieux nous représenter? On pourrait donc parler d'une Littérature scénique, de grandes phrases par mouvements, de chants comme ponctuation, admirables chants, laissant ici la perte de l'émotion, si retenue par la précision et la ritualisation de tous ces corps, la voix lache ce que les corps tentent de maitriser... Et le spectateur face à cette Littérature reste sans cesse en face de l'ailleurs, renvoyé à d'autres lieux grace à des portes invisibles des sons, du sens, ammener à d'autres arches pour visiter ce que signifie vraiment pour lui la mythologie, l'étranger, l'humanité qui essaie sans trêve de se saisir par représentations... Finalement si physique, ces acteurs bougeant dans un espace métaphorique, dessinés comme posés sur du papier millimétré, mus par des ficelles invisibles et sportives, en face de leurs voix, trop grosse pour eux, exemple de cette femme accroupie sur les tables à gauche (table des matières, tantot musicales tantot narratives) accroupie, sans bouger du dehors mais qui du dedans doit vivre la même métamorphose que nous, éprouvée, cette femme qui se voit sortir une voix étrangère à elle, trop grave, trop profonde, autre, trop grande pour elle ( Deleuze disant que la plainte est souvent la confrontation à ce qui est trop grand pour soi...) bref, si physique et pourtant par surprise on finit par basculer vers le métaphysique... Un ami me disait "c'est prise de tête" je lui ai répondu "non, ici c'est le corps qui est pris" pour finir par être d'accord sur le fait que quelque chose c'est vraiment produit... Que notre corps est aussi à l'épreuve, même s'il ne bouge pas, il suit l'esprit qui sursaute, qui s'engourdie, qui peut être surpris par l'ennuie et aussitôt rebondir sur l'évocation; Qu'est-ce que cela m'évoque? Ce corps finit par se séparer de la masse du public, il devient un, faisant parti de cet acte théâtrale par excellence... Une vraie expérience.... C'est si rare d'être aujourd'hui au théâtre comme au présent des choses... Ainsi, peut-on très bien ne pas vouloir être expérimenté et vouloir partir de cette toile qui se peint et se précise au fur et à mesure jusqu'à ne plus savoir ou tout cela à commencé et être désespéré que cela ne puisse jamais vraiment finir....On peut partir ne voyant que l'artifice des costumes, la matière des arches, la palette technique des couleurs, mais on prend le risque aussi de louper ce qui fait le "tout" l'ensemble, l'ailleurs... Ce qui fait que l'on a assisté à un Charme... on sort d'ici , en entrant ailleurs... Je me sentait titubante, en descente, un peu révoltée par cette écriture parfois insistante et volontariste, nauséeuse comme ayant lu des gros volumes, mais en vie, forte de l'expérience je savais que tout cela continuerait sans moi, derrière ma tête et que mon corps décidément est souvent beaucoup trop petit pour moi, beaucoup trop mou. Je salue ce travail, ce maître d'Oeuvre... il y a du travail, les codes ne sont pas mode, il nous à frayé un passage.... C'est pour cela, que cela ne se situe pas dans la longueur (dire "c'est trop long") cela fait parti du chemin; tout est dans la hauteur, le vertige...C'est vrai c'est dur, compliqué d'être là, on se sent séparé, mais quelle joie d'avoir pris ce rendez-vous en dehors , être hors de soi... non? De le tadorne, posté le 25.07.06 à 21:54 ![]() Le théâtre de Vassiliev est d'un autre temps. Il verticalise la relation entre spectateur et auteur. S'inscrire dans ce type de relation, c'est chercher la révèlation! C'est un théâtre de la dépendance. Rien de plus mais c'est déjà beaucoup trop. A lire: http://www.festivalier.net/article-3312605.html De ali, posté le 27.07.06 à 21:35 ![]() Et vlan ! passe moi l'éponge...Que j'efface ce que je n'ai pas dit mais en mieux!Je ne cherchais rien! Je n'ai rien trouvé!La pensée n'est pas un jeu de domino; cause/effet... Je ressens cela, bon, j'analyse.... DONC , DONC donc je cherche? Je trouve? Je ne suis pas un sac à remplir, je ne vis pas en fonction du gain (même intellectuel) je n'ai pas peur de perdre et de ne rien trouver... Ce n'est pas un calcul l'esthetisme ! Ce qui compte pour moi c'est le passage, le courant d'air, l'oxygène. Ne limitons pas mes propos à ce que j'ignore et à ce que vous savez! Chercher La révélation? Comme dit ma grand-mère qui joue de l'accordéon et qui a aussi le droit d'expréssion et au luxe de la bêtise joyeuse, je cite " c'est un peu court jeune-homme!"J'ai un rapport plus simple au théâtre, j'en fais l'expèrience et c'est déjà beaucoup! Comme Cette phrase immense de Wittgenstein " Le monde est tout ce qui a lieu;" Le théâtre a peut-être lieu juste pour avoir lieu, et limiter ce que je dis a "s'inscrir dans ce type de relation , c'est chercher la révélation" je ne peux même pas le dire, je ne le sais même pas moi-même! Ajouter un commentaire |
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