Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.

Avignon : Résultat des courses 2005

Posté par JdF le 29.07.05 à 16:39 | tags : festival d'avignon 2005

MAJ : Voir aussi l'actualité du festival d'Avignon 2006 

Avignon is not deadC'est curieux : Avignon, quand vous y êtes, vous n'avez qu'une envie, c'est d'en sortir, de vous retrouver au calme, ne plus être alpaguée tous les dix mètres par des êtres qui, costumés ou non, vous vantent les mérites de leur spectacle, ne plus tomber à chaque coin de rue sur un théâtreux, un aspirant critique rencontré à une improbable première ou quelqu'un qui vous reconnait, que vous avez sans doute croisé lors de votre scolarité chaotique, mais dont l'existence s'est perdue dans un trou noir de votre mémoire. Vous souffrez d'un angine sournoise qui s'amplifie à chaque heure passée dans les salles conditionnées, vous êtes épuisée, complètement démotivée à l'idée d'aller vous inscrire sur une liste d'attente dans l'hypothétique espoir d'assister au spectacle de Josef Nadj.

Néanmoins, une fois partie, chaque article lu, même hargneux, vous fait regretter de ne pas avoir assister au spectacle dont il était question. Et, lorsque, à la radio, vous entendez une intervention, un débat, enregistrés dans un des nombreux lieux dévolus à cet effet, le bruit assourdi que font les cigales vous rend nostalgique de ces quelques jours passées auprès d'elles, alors même que vous n'y aviez prêté qu'une oreille distraite sur le moment. Pour parer à cette mélancolie, j'ai donc décidé de faire un bilan, de tourner, du moins, pour mon compte, la page d'Avignon 2005.

Comme chacun sait, cette édition a déçu et a été sévèrement critiquée, par les spectateurs, la presse, la profession. Il me paraît important de préciser que ceux qui furent déçus l'ont été pour des raisons parfois différentes et mêmes contradictoires. L'histoire récente du Festival (les vingt dernières années, disons) a été marquée par la transformation progessive de la définition donnée au "produit culturel" apte à être présenté dans un tel Festival. Jusqu'aux années 2000, les spectacles programmés dans la Cour d'Honneur étaient généralement des mises en scène, assez peu inspirées, de pièces classiques (Shakespeare de préférence) signées Jacques Nichet, Alain Françon, Jean-Louis Benoît et bien d'autres. Pour faire bonne mesure, on engageait une star, Philippe Torreton, Isabelle Huppert, Pierre Arditi, Daniel Auteuil, Lambert Wilson (et j'en passe). Et ça, c'est ce que certains appellent du théâtre populaire alors qu'il me semble que ce genre de spectacles vise à satisfaire les exigences culturelles (révisons nos classiques) de midinettes (allons voir Lambert Wilson en vrai) caractéristiques d'une bourgeoisie satisfaite d'elle même et de la sûreté de son goût. Inutile de s'attarder sur le fait que ce public-là (celui que représente le critique Jacques Nerson par exemple, vous pouvez jeter un coup d'œil à son blog, vous comprendrez tout de suite ce que je veux dire), ce public-là, donc, est outré par le tour qu'a pris le Festival et considère 2005 comme une "annus horribilis". Ceux qui, en revanche, considèrent que les stars de cinéma, on peut s'en passer (elles coûtent cher, pétrifient le metteurs en scène, voir Eric Lacascade aux prises avec Huppert dans Hedda Gabler) ainsi que des Shakespeare par Françon, Benoît et les autres et que ce n'est pas si mal qu'on programme des spectacle d'un autre genre : hybride, à la fois théâtre, danse, installation ou performance. Bien.

Or, ici, le problème, ce n'est pas l'intention mais la réalisation du projet. Nous n'avons pu que constater, et ce présent blog en témoigne, de l'échec de la plupart des tentatives - elles ont au moins le mérite d'exister - de Jan Fabre (qui devrait calmer sa mégalomanie et apprendre à manier un peu mieux les concepts), de Decuvelleverie, de Vandekeybus et de bien d'autres. Les programmateurs se trouvent ainsi ourdis d'injures venant de deux camps ennemis, devenus sans le vouloir des alliés objectifs.

N'entrons pas dans ce jeu-là : sans suivre Vincent Baudriller (nouveau co-directeur du festival depuis 2003 ndlr) qui parle de "bataille d'Hernani", il est vrai qu'il était temps de trancher : il fallait ou donner au festival un nouveau souffle ou bien demeurer dans une routine culturelle destinée à être retransmise sur Arte aux heures de grande écoute. Le choix est fait désormais - et il faut espérer que les nouveaux programmateurs auront le loisir de continuer dans ce sens et de produire des spectacles qui correspondent davantage à leurs intentions.

Voir la Galerie 2005 sur le site du Festival d'Avignon

Bilan du 59e Festival d'Avignon 2005 (in et off)

[Festival d'Avignon : Photo : Anéantis © Christophe Raynaud de Lage]

Commentaires

De pascal, posté le 01.08.05 à 17:10 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bonjour, Une semaine après la fin du festival d'Avignon, je vous propose mon regard distancié! Vos commentaires sont les bienvenus... Pascal Bély http://festivals.over-blog.com/

De Puck, posté le 02.08.05 à 13:48 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Pour un palmarès, c'est un palmarès ! Vous avez donc assisté à (presque) tous les spectacles en in ? Merci en tout cas de ce florilège des meilleurs spectacles et ce classement mi thématique, mi subjectif.

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