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L'actualité des Arts de la rue en France et à l'étranger. Tous les billets consacrés à ces manifestations sur Saisons. Voir aussi la collection cirque.

La bible des arts de la rue, comment ça, comment ça ?

Posté par Catherine le 14.10.09 à 18:27 | tags : arts de la rue, edition

Floriane Gaber Floriane Gaber

Les arts de la rue ont désormais leur bible. Et nous sommes heureux, ici à Fluctuat, parce que c'est l'une de nous qui l'a écrite ! Floriane Gaber sillonne depuis des années les rues de France et d'Europe, avide de rue et de spectacles. C'est elle qui nous emmène régulièrement à Aurillac et à Chalon bien sûr, mais aussi à Amiens, à Vilnius, à Belgrade...
Floriane en parle si bien, des arts de la rue depuis les années soixante, qu'à la lecture de sa somme en deux volumes, on s'imagine qu'elle était de toutes les fêtes, de tous les festivals, de toutes les expériences : le festival de Nancy qui démarre en 1968, Aix, ville ouverte en saltimbanques de 1973 à 1976, le Living Theater, le Palais des Merveilles, le Théâtre de l'Unité, Théâtricide, Royal de Luxe, Chalon, Aurillac, j'en passe et bien d'autres, à (re)découvrir dans les deux livres dédiés aux arts de la rue que Floriane Gaber publie simultanément aux éditions Ici & là.
La lecture de cet impressionnant catalogue de compagnies donne le tourniquet. On en sort un peu furieux que tant de choses se soient passées sur le sol français tandis que nous, simple quidam, en avons été si rarement le témoin. Mais étions-nous seulement nés l'année de cette Falaise des Fous, à Chalain dans le Jura, qui fut au choix "la naissance des arts de la rue en France" ou "son enterrement en beauté" (1980) ? L'explosion des arts de la rue ne saurait s'expliquer sans de nombreux détours par tout ce que ces dernières décennies ont compté d'événements historiques, de transformations sociales, et de politiques culturelles. Floriane Gaber a le don de nous rappeler, alors qu'on commençait à avoir l'impression que le Grand Magic Circus n'était pas si loin de nous, avec son fondateur Jérôme Savary encore dans le circuit, qu'au début des années 70, la télé faisait tout juste son apparition dans les foyers, et que ceux-ci commençaient à peine à s'équiper en électro-ménager...
Alors, la rue a-t-elle tellement changé en quarante ans ? L'ouvrage en deux parties que livre Floriane Gaber et qui, sans aucun doute, fera date, révèle les chemins de traverse qu'ont pris les différents acteurs de la scène actuelle. Par exemple, d'où vient donc ce Cirque Baroque dont on peut applaudir en ce moment le superbe Cirque des Gueux au Village de Cirque? Vous le saurez en retrouvant le parcours de son fondateur, Christian Taguet, en page 37 de Quarante ans d'arts de la rue de Floriane Gaber !

 


Rendez-vous : Jeudi 15 octobre à 19h, au Village de Cirque, événement 2r2c, rencontre discussion autour de l'histoire des Arts de la rue et du cirque à l'occasion de la sortie des deux livres de Floriane Gaber

40 ans d'arts de la rue
et
Comment ça commença ? Les Arts de la rue dans le contexte des années 70
Floriane Gaber, Editions ici et là, 2009




Cyrano pour les nuls

Posté par Catherine le 04.09.09 à 18:47 | tags : arts de la rue, théâtre

Et si nous révisions nos classiques ? Parmi les bonnes résolutions de la rentrée, noter dans un coin "rafraîchir mon Cyrano avec les Batteurs de Pavé".

Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand - jadis au programme de cinquième - est une jolie pièce pleine de ces morceaux de bravoure que tout le monde connaît par coeur ("un roc, un pic, un cap ! Que dis-je, un cap ? C'est une péninsule !"), mais que d'aucuns peuvent parfois trouver un tout petit peu over the top au regard de notre argot habituel... Qu'à cela ne tienne. La Compagnie Les Batteurs de Pavé a traversé toute la Suisse pour venir nous présenter une version de la pièce qui conserve la verve et beaucoup des vers de l'auteur, mais en prenant suffisamment de libertés avec l'oeuvre pour que le quidam veuille bien s'y arrêter.

Car c'est dans la rue que ces cinq jeunes passionnés suisses se mesurent aux alexandrins de Rostand ! Pari difficile mais pari réussi. Avec peu de moyens mais énormément d'énergie, les Batteurs de Pavé restituent l'essence de la pièce et l'essentiel du texte. En à peine une heure et demi de rires, de sourires et pour tout dire, de plaisir, vous aurez tout capté à Cyrano de Bergerac. Une sorte de "Cyrano pour les nuls" à ne pas manquer, d'autant que la tournée est conséquente et que, partout où ça passe, c'est gratuit !

Que les difficiles à convaincre regardent plutôt :

 

Macadam Cyrano, par la Companie les Batteurs de Pavé
Toute la pièce d'Edmond Rostand jouée en 1h40

Mise en rue : Manu Moser
Avec: Caroline Althaus, Renaud Berger, Laurent Lecoultre, Yannick Merlin, Mathieu Sesseli

Prochaines dates en région parisienne, en septembre 2009:
vendredi 18, 18h30 à Villejuif  / samedi 19, 16h à Paris, métro Pernety  / dimanche 20 à 11h à Palaiseau  /  mercredi 23 à 16h à Vaires-sur-Marne  /  vendredi 25 à 18h à Brou-sur-Chantereine  /  samedi 26 à 18h à Courtry  /  dimanche 27 à 16h à Chelles

en octobre 2009:
vendredi 2 à 17h30 et samedi 3 à 16h à Pantin  /   dimanche 4 à 16h à Saulx-les-Chartreux

Une tournée proposée par la coopérative 2R2C







Aurillac : la rue enfin retrouvée !

Posté par Floriane le 27.08.09 à 09:17 | tags : festival, arts de la rue
La Patritico interesante24è édition du festival. Moins de jeunes errants dans les rues piétonnes, moins de spectacles Off attachants en centre ville. Et pourtant une rue retrouvée, réinvestie par deux troupes solides, commissionnées par le festival pour « mettre le chaos » : Generik Vapeur et Xarxa. Une affiche également très internationale. Au final : un bon cru.

Des Pays-Bas, Tuig et sa scénographie rétroversible, la roue du temps et du karma devenue une sorte de Playmobil. De Pologne, Biuro Podrozy (l’« agence de voyages ») et un Macbeth plus théâtral que jamais, où s’égrennent les images chères à la compagnie : du feu, des échassiers noirs et des échaffaudages mobiles. D’Allemagne, Titanick et ses machines grandioses pour une Odyssée revue, corrigée et largement arrosée d’hémoglobine. Non, décidément, l’hexagone n’a pas l’exclusivité des arts de la rue.

L’engagement
C’est d’ailleurs du Chili que vient l’une des propositions les plus fortes (à mes yeux) de cette édition 2009. La Patricotico interesante et son Kadogo enfant soldat porte une parole vigoureuse comme savent en développer les troupes de ce pays (le Teatro del Silencio en tête). Ici, tout est fort : le jeu des acteurs, d’une énergie et d’une maîtrise corporelle incroyables, la mise en scène, rapide comme un jeu vidéo, affutée comme une image d’Epinal, et les images précisément, tirées d’une réalité relayée par les photos de presse, les reportages télé. Certains reprocheront à la pièce trop d’évidence, un message trop direct, asséné plus que nuancé. Moi, c’est ce que j’aime : un spectacle qui secoue physiquement le spectateur, parce que les acteurs s’y donnent à fond.

Le chaos
Ce plaisir immense, de retrouvailles avec le corps, bousculé, tiraillé mais vivant, d’un public foule tanguant sur la place du square après s’être faufilé tant bien que mal dans les rues étroites de la ville, c’est Generik Vapeur et Xarxa qui nous l’ont offert avec G178. Après des années d’interdiction (plus ou moins tacite) des déambulatoires de grand format en centre ville, le spectacle de rue regagne enfin le droit au pavé. Ce n’est pas un hasard si Xarxa, la troupe de Valencia (Espagne) est de la partie : là, les Fallas se brûlent à quelques centimètres des maisons, en plein cœur des quartiers, et la population responsabilisée sait jusqu’où s’approcher pour éviter l’accident. A Aurillac, comme retrouvant ces réflexes, les spectateurs ont suivi le flot lancé par les artistes, plongeant volontairement dans le bouillonnement et n’en sortant la tête qu’une fois les derniers pétards éclatés. On aurait tort de croire pourtant, que seul le mouvement de masse importait aux artistes. L’image d’un Ubu juché sur un caddie et lançant à tour de bras des corn flakes dans le public ne vaut-elle pas cent fois mieux que tous les discours sur la PAC et le gaspillage ?

Théâtre du CentaureLa poésie
D’un tout autre style, à l’écart du bruit et de la fureur, le Théâtre du Centaure avait investi le haras où, lors de la première édition du festival, s’était d’ailleurs produit Zingaro. Flux se développe comme un poème, une série de tableaux évoquant la quête, à travers les mers Noire, du Nord et la Méditerrannée, d’un couple de centaures. Peut-on encore parler ici d’écuyers ? Sans doute pas, tant ils font littéralement corps avec leurs chevaux, qu’ils nomment leurs partenaires et avec qui ils travaillent depuis plus de quinze ans. Un tel degré d’intimité, une telle connaissance mutuelle permet aux acteurs de libérer totalement le haut du corps et de ne guider le cheval qu’avec les membres inférieurs, soudés à leur monture, comme l’est le centaure. Cette balade dans la nuit, parsemée de textes murmurés à l’oreille ou d’ambiances entourant les spectateurs, le tout diffusé à travers des casques, est aussi rythmée par des projections de films, tournés aux quatre coins de l’Europe et de ses confins. Odessa, Constanta, Istanbul, Terschelling, Marseille : autant de ports, d’attache et de détachement, de fuite et de retrouvailles, que traverse le couple, au final réuni.
De l’engagement, de la fête, de la poésie : une palette assez représentative de ce que développent les arts de la rue aujourd’hui.

Ill : La Patriotico interesante
Théâtre du Centaure © Frédéric Chehu









Chalon dans la rue 23è

Posté par Floriane le 07.08.09 à 11:15 | tags : arts de la rue, festival
MementoC’est drôle, cette envie, cette année, de prendre (à nouveau) la parole dans la rue, d’y dire des choses directes, liées à la société, aux préoccupations du quidam. Cela semble (presque) bizarre, tant cette portée inhérente à la rue semblait avoir déserté les trottoirs, non que les compagnies aient rechigné à s’emparer de l’espace public pour s’exprimer, mais parce que certains programmateurs, à la solde des décideurs financiers (souvent les politiques), n’osaient tout bonnement pas jouer le jeu de la diffusion. La compagnie Kumulus en a, plus souvent qu’à son tour, fait les frais ; d’autres aussi.
Bref, ce vent de prise de parole, qui rend à la rue son véritable sens (qui n’est, faut-il le rappeler, pas de seul divertissement), a soufflé allègrement sur la vingt-troisième édition de Chalon dans la rue. Cet engagement a su pourtant ne pas prendre le masque grimaçant de la dénonciation brutale. Les artistes se sont aguerris dans l’art de faire passer en douce les messages, tout en travaillant la forme. KompleXKapharnaüm a choisi de mélanger street art (graff, collages) et montages vidéo et sonores pour exalter un certain esprit de résistance. Memento s’inspire, en effet, des mois précédant la Libération, et veut rappeler à chacun, documents d’époque (passée et présente) à l’appui, la nécessité de ne pas prendre pour argent comptant ni les préjugés, ni les discours bien pensants qui se veulent rassurants mais au final nous manipulent. La vraie force de ces parcours tient en fait dans les traces laissées sur les murs de la ville, avant et après les soirs de spectacle. Des silhouettes blanches, presque livrées à l’expression populaire (dont bizarrement personne ne semble oser profiter pour s’exprimer), aux textes qui seront recouverts d’autres images, biffés, tagués, c’est comme si le « plastiquage » de ces murs leur rendait enfin leur force de support de l’expression, et donc de résistance, tant il est vrai qu’aujourd’hui poser une affiche est passible d’amende pour peu que l’endroit ne soit pas officiellement prévu pour.
C’est une démarche assez semblable qui a poussé Délices Dada, l’une des compagnies pionnières des arts de la rue, à sortir cette année RUSHs, sans fable ni paroles, simplement basé sur des déplacements, des personnages et une composition musicale, mixée en direct, plus expressive que tous les discours du monde. Et si la seule, l’unique solution face à la violence qui sourd à chaque instant dans nos vies (violence des hommes les uns vis-à-vis des autres, des politiciens ivres de pouvoir, des « hommes de l’ordre » qui font tout sauf garder les citoyens en paix), si face à tant d’absurdité dans les rapports urbains, le seul recours était finalement le nez rouge ? Une simple bille de couleur à (se) poser sur le visage, pour défigurer l’ennemi, le rendant ainsi dérisoire, et se protéger, en prenant la distance du clown face à une réalité insupportable. On connaît l’humour, souvent caustique, dont sait faire preuve Délices Dada. Cette fois, la compagnie prend parti, se prononce (de façon muette mais combien éloquente) sur ce qui merde aujourd’hui dans l’hexagone, et si les personnages ne profèrent pas un mot c’est, avouent les acteurs, parce que tout cela les laisse sans voix …
Il faisait bon, cette année, être à Chalon pour se rappeler pourquoi on aime les arts de la rue quand ils se font les porte-parole d’une critique qui ailleurs a souvent bien du mal à s’exprimer.
KompleXKapharnaüm et Délices Dada sont également programmés au festival d’Aurillac, qui se tiendra du 19 au 22 août prochain.
Ill : Memento, © Michel Wiart







Le rêve de Chagall et Boulgakov

Posté par Floriane le 06.08.09 à 07:07 | tags : arts de la rue, international
FaberfEstC’est un rêve en couleurs, à la fois très doux et plein d’énergie. Après son spectacle Emigranti, la compagnie italienne Faber Teater s’est emparée cette fois de l’univers de deux maîtres russes, Chagall et Boulgakov, et a mis à leur service tout son savoir faire en matière de danse, de mime, de musique et de joie de vivre parfois teintée de mélancolie.
Un jeune maestro, cheveux longs, redingote et chapeau claque, s’endort dans la rue et son rêve le mène de banquet en mariage, de meurtre en fantasmagorie. On reconnaît, ici et là, telle figure peinte, telle scène décrite, le tout rythmé par des chants et des musiques slaves qui emportent tout. Le plus surprenant est sans doute que, de la commedia dell’arte propre aux Italiens, le Faber Teater réussit, dans ce FaberfEst, à faire le pont avec les clowns russes, si célèbres pour leur force et leur inventivité.
Il est rare qu’un spectacle de rue propose, sous une forme joviale et enlevée, des sources d’inspiration si bien assimilées. Présenté en Off au festival de Chalon, ce spectacle a déjà parcouru l’Europe mais étonnamment peu l’hexagone. Dans la région de Turin, le Faber Teater a également la responsabilité d’un festival, Teatri di confine, qui dure cette année jusqu’au 20 septembre. Ceux qui séjournent dans le Piémont peuvent y faire un tour ; ils ne seront pas déçus.




4'sous d'cirq: trois artistes pour un spectacle

Posté par Floriane le 01.07.09 à 11:11 | tags : cirque, arts de la rue

4'sous d'cirqueUne fois de plus, un art dit mineur prouve, par son audace et son inventivité, que les marges du théâtre offrent une liberté enviable.

On l’avait déjà souligné lorsque le Théâtre de l’Unité avait sorti Oncle Vania des salles, pour le plonger à la campagne, dans le décor naturel dont il est question dans le texte. Une relecture intelligente de la pièce donnait tout son piquant au spectacle. Cette fois, le Cirque Baroque va plus loin : en confiant la mise en scène de L’Opéra des gueux de John Gay à trois artistes, c’est un triple éclairage qu’il permet de porter sur l’œuvre dont il s’inspire. Quasi jamais, en salle, on n’ose pareille approche. Et le plus fort, c’est que ça fonctionne !
4’ sous d’cirq … ou Le Cirque des gueux propose une progression vraiment éclairante, qu’un seul metteur en scène ne pourrait vraisemblablement réussir, tant elle repose sur la diversité des esthétiques. Ce qui aurait pu s’avérer une fausse bonne idée aboutit ici à un spectacle jouissif, festif, plein de rebondissements et de surprises. L’univers saltimbanque mis en œuvre par Kushida pour la première partie permet d’entrer en douceur dans la fable et de faire la découverte des personnages en même temps que des techniques circassiennes qu’ils déploient. Plus torturé, comme à son habitude, Celedon s’est emparé de la seconde partie et y met toute la rage dont il sait faire montre, dans un camaïeu de noir et blanc explosif. A cette révolte de la base, rappelant par certains côtés un expressionnisme à la Pabst, succède l’ambiance délétère de Karelle Prugnaud, la plus jeune du trio, qui tire le spectacle vers la boîte de nuit, le cabaret, le clinquant, l’interlope, autre vision du monde développé par Gay et repris ensuite par Brecht.
4’sous d’cirq …, conçu par Christian Taguet qui dirige le Cirque Baroque depuis vingt-cinq ans, met définitivement en joie ceux pour qui la création reste ludique et l’iconoclasme salvateur. Il fallait oser imposer trois signatures au sein d’une même œuvre. Et pourquoi pas, après tout ? Pourquoi ne pas emmener le public dans un univers inventif, qui met en valeur la pièce par ses éclairages inventifs ? Que les puristes grincheux aillent se coucher et laissent les spectateurs ne pas bouder leur plaisir !
A voir au Village de cirque de 2r2c, sur la pelouse de Reuilly, du 1er au 18 octobre 2009.

© C. Taguet (représentation en plein air, au festival Parade(s) à Nanterre)




Fête dans la ville d'Amiens

Posté par Floriane le 01.07.09 à 11:01 | tags : arts de la rue, festival
Studios de Cirque de MarseilleIncrevable, cette Fête dans la ville à Amiens ! 32 éditions et pas une seule ride, si l’on en croit l’engouement du public pour ces artistes du trottoir qui bousculent le centre ville, le troisième week-end de juin, comme un rituel attachant. Jean-Pierre Marcos, son fondateur, aujourd’hui directeur du Pôle régional des arts du cirque et de la rue, revendique haut et fort le genre « animation urbaine ». Et d’expliquer son plaisir à retrouver l’ambiance des origines quand, à Saint Maurice, un quartier peu favorisé, l’événement amène à barrer une rue pour une soirée et à y voir déambuler des spectateurs heureux qu’un changement intervienne dans leur ordinaire. Trente ans après les premières tentatives, rien ne semble avoir changé : les habitants ont toujours besoin que du lien se crée, fût-ce de manière éphémère, et les artistes sont toujours au rendez-vous.
Au centre ville, c’est une gigantesque explosion de plumes, place de la Gare, le samedi soir, qui ravit les badauds. Transformé en « place des anges », sous la houlette des Studios Cirque de Marseille, ce carrefour amiénois frémissait encore, le lendemain, de duvets égarés, s’accrochant au mobilier urbain comme autant de traces de la liesse populaire. Dans la rue piétonne et alentour, entre humanoïdes encagés (Les Squames) et sphère domotique (Bull), une trentaine de compagnies tentaient, tant bien que mal, de se frayer un périmètre. Mais le public, bon enfant, heureux d’être dehors par ce week-end ensoleillé de la fin juin, ne semblait pas souffrir outre mesure d’une visibilité parfois difficile, voire impossible. A dix mètres, une autre proposition s’offrait, puis une autre, et encore une autre. Pourquoi se prendre la tête ? Après tout, c’est la Fête dans la ville !
© Laurent Rousselin / Amiens Métropole



Le printemps de « De rue de cirque »

Posté par Nedjma le 17.04.09 à 16:21 | tags : marionnettes, théâtre, arts de la rue
Bon, c’est un peu convenu, mais on aime le printemps. Les jours qui rallongent, le soleil qui cogne –en théorie- et le retour des spectacles à ciel ouvert. Parmi ceux qui œuvrent joliment à la diffusion des arts de la rue, et du cirque, De rue de cirque, coopérative de diffusion artistique. Elle favorise la circulation des spectacles entre Paris et l’Ile de France, au rayon arts de la rue et cirque contemporain donc, mais aussi marionnette, danse, performances et autres installations d’images… Le coup d’envoi de la saison, c’est ce soir même, devant la Cinémathèque. A l’affiche, « Formation incognito » par la compagnie les Alama’s givrés et « Voyage en bordure du bord du monde » par la compagnie Les 3 points de suspension. Le premier livre un spectacle déambulatoire et dingue sur les questions de sécurité dans la ville ; le second livre l’histoire de Sophoclès sous forme d’odyssée, à grand renfort de géants de foire, crânes chanteurs et vampires prestidigitateurs. Tout un programme…

Lire notre rencontre avec Rémy Bovis, à l'occasion du lancement de la saison d’automne 2008 de De rue de cirque.

Lancement de la cinquième saison, printemps 2009 vendredi 17 avril à 19h et samedi 18 avril, 15h et 18h, place Léonard Bernstein, Paris 12e, devant la Cinémathèque française. Prog détaillée sur le site de De rue de cirque .






Rêve général à Calais

Posté par Floriane le 10.10.08 à 09:33 | tags : arts de la rue, festival
Quel joli titre pour une manifestation mi-dehors, mi-dedans !  Rêve général prend la place des Jours de fête qui réunissaient à Calais des milliers de spectateurs à l’automne, en alternance avec les Feux d’hiver, clôturant l’année civile. Pour cette première édition (du 8 au 12 octobre), le Channel a réuni  des « vieux de la vieille » : Royal de Luxe, Le Phun, Sauvageot, Larrieu, et des plus jeunes qui nous emmèneront dans leurs expériences. Une nuit entière de spectacles est également prévue samedi soir. Rêve général, ou l’art (bien compris) de l’action culturelle qui « retourne » une ville.





Alhambra Container

Posté par Floriane le 07.09.08 à 19:34 | tags : arts de la rue, international
OsmosisDe Ljubljana à Gand, de Cognac à Tarrega, le dernier spectacle de la compagnie Osmosis, créé en coproduction avec le réseau européen de spectacles de rue Meridians, termine (pour cette saison) son périple au festival de Tarrega, haut lieu du spectacle de rue en Espagne. A Gand, lors du festival Mira Miro (anciennement istf), les évolutions des trois danseurs parmi les containers avaient un peu de mal à occuper l’espace, physique et mental, d’un thème aussi solide que l’émigration clandestine. L’idée et le dispositif sont bons et ont fait leurs preuves (notamment dans Flesh et Transit de la même compagnie), reste aux danseurs à trouver leurs marques, les machines, elles, effectuant sans sourciller leur ballet mécanique.
Reste que Alhambra Container était, pour les visiteurs étrangers, l’un des spectacles les plus accessibles dans cette édition 2008 de Mira Miro, où la plupart des propositions avaient largement recours au texte (néerlandais). On a un peu de mal à comprendre cette politique de développement d’un art à l’échelle d’une communauté, alors que l’accent est, plus que jamais, mis sur la circulation transnationale des œuvres et des personnes. La rue n’offrant pas, comme la salle, la possibilité de dispositifs de surtitrage, trop de texte, sans que l’image scénique vienne à la rescousse, ne favorise pas vraiment la compréhension. Bref, les arts de la rue en Flandres se portent sans doute très bien, on peut d’ailleurs le vérifier dans le David, le guide fraîchement sorti ; mais ils nécessitent un décodeur …
Alhambra Container, au festival de Tarrega, du 11 au 14 septembre




Mon Grand Oncle …

Posté par Floriane le 12.08.08 à 12:33 | tags : arts de la rue
Sébastian LazennecIl est rare qu’un artiste vienne ouvertement demander un « retour critique » à un journaliste. Généralement, les relations entre les arts de la rue et la presse ne sont pas au beau fixe. Méfiance et surtout méconnaissance des contraintes de l’édition …
Programmé à Fest’Arts (Libourne), Sébastian Lazennec n’a pas hésité à faire la démarche. Bingo ! Un blog offre une liberté non négligeable qui permet, notamment, de faire part de coups de cœur dont on n’aurait pas forcément la place ni l’opportunité de parler dans le cadre d’un article plus général.
Sébastian Lazennec, membre fondateur de la compagnie Utopium Théâtre, a décidé de mener cette fois une aventure en solo. Il convie, pour l’heure, une vingtaine de spectateurs à l’ouverture du testament de son « Grand oncle », récemment décédé et passionné de marche et des Pyrénées.
Un entresort assez basique ? Pas tout à fait. Lazennec qualifie sa proposition  de « théâtre intimiste », et il n’a pas tort. Du théâtre, il a la formation et l’expérience ; c’est un acteur rodé, compétent. Le rapport intime au spectateur, on le trouve dans le dispositif choisi : tout le monde s’entasse dans le prétendu appartement du grand oncle. Mais au-delà de ça, c’est le personnage lui-même, conçu et créé par Sébastian Lazennec, et son rapport au public convoqué qui fait mouche.
De l’entresort forain, le neveu a le maquillage, trop appuyé pour être honnête, la jambe raide, gaguesque lorsqu’il s’assied, le ton, le regard, les mimiques qui jouent avec habileté sur la corde raide du « vrai faux ». Bien qu’il s’en défende, Lazennec a créé là un texte et un rôle qui pourraient sans problème être joués de manière réaliste, « sérieuse », et tirer larmes et frissons aux spectateurs. Lui, fait naître des sourires, des rires complices, et il a sans doute raison : les messages les plus forts passent mieux quand le public n’a pas l’impression qu’on lui fait la morale. C’est tout en douceur que le drame familial est dévoilé et l’émotion, réelle, naît à la sortie du spectacle, quand on repense à ce couple oncle-neveu qui finalement nous ressemble.




Amiens côté rue - la Fête dans la Ville édition 2008

Posté par Catherine le 28.06.08 à 12:08 | tags : arts de la rue, festival, ici et là

Le week-end dernier, comme nous vous l'annoncions, la ville d'Amiens a respiré au rythme de la Fête dans la Ville, festival des arts de la rue qui porte beau ses 31 ans. Autour de la rue des trois-cailloux, artère principale du centre-ville, des animations quasi non stop, de l'après-midi jusqu'au soir. Ici, un jardinier barbu et à sandales purifie les arbres de la ville au moyen d'étranges cataplasmes (Le balayeur de vent / V.O. Compagnie); là des moutons paissent de manière si réelle sous leur costume que les enfants se pressent pour les caresser ou leur tendre des brindilles d'herbe (Les moutons / Corpus) ; là-bas encore, Madame Lejaune sème le trouble aux feux tricolores. Cette drôle de dame aux allures de reine d'Angleterre en goguette, franchit la ligne jaune dès qu'elle le peut, abat des canards au beau milieu de la chaussée, circule en voiturette électrique sans grand souci du code la route, colle des affiches narcissico-féministes et entreprend tout ce qu'elle peut pour refleurir l'air de la ville. Tout un programme en finesse et en jaune signé Princesses Peluches (illus.).

 

Générik VapeurAilleurs, c'est la rudesse et le bleu des Générik Vapeur (illus.): avec Bivouac, ces habitués des festivals mettent le feu dans la ville faisant taire sur leur passage les nombreuses formations musicales de sortie pour cause de fête de la musique. Et puis il y a l'interlude Papillons de la Compagnie Jérôme Thomas, tant attendu. Pari assez audacieux que de présenter ce moment suspendu en pleine rue, sous la lumière écrasante du soleil, devant un public agglutiné au plus près. Mais l'assistance finira par succomber au spectacle de ces figures, captivantes comme un vol d'insectes.

 

 

Metalovoice
On craignait les caprices de la météo, il suffisait de s'équiper à la fois d'un parapluie et d'une paire de lunettes de soleil. Quelques spectacles ont malgré tout dû être annulés le vendredi soir, dont une des représentations du MétalOrchestre (illus.), rencontre musicale entre les percussions industrielles de Métalovoice et l'orchestre de l'Harmonie Saint-Pierre, formation locale. Un moment fort abrité par les bâtiments Cosserat, usine textile menacée de délocalisation imminente.
Et la fête dans la ville d'Amiens recelait encore bien d'autres moments de toutes les couleurs, pour le plus grand plaisir des Amiénois...

 




La Fête dans la Ville d'Amiens

Posté par Catherine le 18.06.08 à 17:34 | tags : arts de la rue, festival, ici et là

Avez-vous remarqué que, dans les derniers billets de ce blog Saisons le bien nommé, il était souvent question de météo ? C'est normal, nous voici presque en été et nos petites robes se désolent toujours dans nos placards! En attendant Avignon où, c'est certain, l'atmosphère sera un peu plus réchauffée, regardons plus au nord, et pas trop loin de Paris. Regardons du côté d'Amiens.
A Amiens, on ne craint ni le froid ni la pluie. La Fête dans la Ville en est à sa 31ème édition et rien, pas même un ciel maussade, ne saurait tempérer son élan. Dès demain et jusqu'à dimanche, trente compagnies d'art et de théâtre de rue, investissent différents quartiers de la ville pour un grand moment festif. Un petit coup d'oeil à la programmation : des compagnies historiques telles Ilotopie, le Théâtre de l'unité ou encore Annibal, une tripotée de compagnies encore inconnues mais visiblement débordantes d'idée, et oh surprise, une création de rue de Jérôme Thomas. Tentant. Par beau temps comme par mauvais temps. Il n'y a pas que la fête de la musique dans la vie.

La Fête dans la Ville d'Amiens, 31ème édition, du 19 au 22 juin 2008 (www)




La révolte des mannequins du Royal de Luxe

Posté par Lucie le 06.02.08 à 18:20 | tags : arts de la rue, marionnettes


Pendant 10 jours, du 1er au 10 février à Nantes, le Royal de Luxe présente sa nouvelle création La Révolte des mannequins. La célèbre compagnie d’art de la rue expédie dans les vitrines des commerçants des figurines incongrues, allant du SDF à un gang de casseurs de banque, qui ont été moulées sur les visages des membres de la compagnie.
Treize vitrines différentes et dans chacune d’elle dix scénettes qui se succéderont pendant 10 jours et raconteront ainsi d’étranges histoires.
Le spectacle est né d’une légende qui raconte qu’en 1900 un producteur hollandais de mannequins en série serait devenu fou en voyant ses créatures pleurer. Les mannequins seraient donc vivants, parcoureraient les rues la nuit et subiraient l’esclavagisme des grands magasins...
Mais l’heure de la révolte a sonné !
Il paraîtrait même qu'un snipper a décidé de tirer sur les mannequins qui ne se révoltent pas, ça va chauffer dans les vitrines !

A suivre sur le site La révolte des mannequins

(Co-produit par la Ville de Nantes et l'Institut de la marionnette de Charleville-Mézières, cette nouvelle aventure imaginée par Jean-Luc Courcoult s'exportera ensuite à Maastricht, Amiens, Anvers, Calais, Berlin et sans doute Tokyo.)

Crédit photo Royal de Luxe/Stéfan/viaFlickr 




Do you love Lvov ?

Posté par Floriane le 12.10.07 à 15:56 | tags : arts de la rue, festival, international, sur la route
Dans RakkerpakEtonnant pays que l’Ukraine. Certains vieillards détalent, littéralement terrifiés, dès qu’un artiste ou un clown tente de les approcher ; certains jeunes adoptent une attitude agressive ; d’autres au contraire se prêtent volontiers au jeu et se portent complices … Un festival de théâtre de rue est souvent une bonne façon de sentir un pays, sa progression vers la démocratie. A Lvov, le festival Golden Lion ne fait pas exception. Là où les révolutions se conçoivent comme une campagne de marketing et où les manifestants sont rémunérés à l’heure, la rue s’avère le reflet d’une population tiraillée entre vieux réflexes et progrès inexorablement en marche : l’Europe n’est pas loin.
Quel écart pourtant entre le charme et le confort incomparables d’un hôtel comme le Swiss, sans conteste à l’heure occidentale, et le Lvov, vaisseau d’hébergement hors d’âge ! Quel inconfort de ne pouvoir communiquer directement avec les hôtes, lorsque les traductions entraînent d’inévitables (mais parfois « commodes ») incompréhensions …
Il n’en reste pas moins que Golden Lion proposait à l’affiche, fin septembre, une brochette intéressante de spectacles divers : de l’art clownesque généreux du Portugais Enano à la mise en scène léchée et chronométrée de Dansk Rakkerpak dans Le Boxeur et la Ballerine, en passant par les joyeux Hongrois de Langaleta Garabonias sur leurs chevaux-échasses. Les Polonais de KTO présentaient en ouverture leur Don Quichotte tout neuf, où le champ de moulins se transforme visuellement en une image grouillante de clochers (interprétation toute personnelle). En clôture : La Cerisaie, montée par le théâtre Voskresinnia, organisateur du festival. Que dire de ce projet si ce n’est que les dernières images saisissent, en pleine actualité politique. Au moment même où le parti pro-russe remportait les élections législatives, les cerisiers, sur scène, partaient en flammes, la révolution bolchévique gagnait du terrain … Au final, c’est la coalition orange qui s’emparera du pouvoir à Kiev mais ce Tchékhov, à Lvov, avait un goût de clin d’œil, sans doute involontaire.



Le Festival Cergy soit ! a soufflé ses 10 bougies

Posté par Floriane le 25.09.07 à 12:12 | tags : arts de la rue, cirque, festival
Le festival Cergy soit !, qui fêtait ses dix ans le week-end dernier à Cergy-Pontoise, avait décidément mis les petits plats dans les grands. Pas le temps de souffler, tant les propositions artistiques étaient nombreuses et variées. Car n’en déplaise à Serge Chaumier et à son brûlot récemment paru chez L’Harmattan, on ne voit pas très bien comment qualifier, sans les insulter, les centaines de personnes qui oeuvrent pour le divertissement du public sans tomber dans l’animation commerciale pure et dure.
Toujours est-il que le public n’a pas boudé son plaisir face à une programmation éclectique, pour tous les âges et toutes les sensibilités. Théâtre d’ombres ingénieusement interactif d’une compagnie au nom improbable : Les chaussettes en pâte à modeler ! Hommage circassien inspiré à Chagall par la famille Rasposo. Voyage sensible et joliment onirique en compagnie de La Valise. Entresort de plein air avec Le Tennis. Chorégraphie ingénument coquine de La Vouivre … Sans oublier la « décoration » du parc : sculptures à base de matériaux de récupération, visant à sensibiliser aux questions environnementales ; pots à feu de Arts tout show … Qu’il est bon de se laisser aller sur l’herbe verte, par l’un des derniers week-ends ensoleillés de l’année, sans se poser de questions existentielles profondes, mais en jouissant de spectacles tout simplement de qualité ! Le site du festival (www) (illus : Prêt à porter, Histoire amère d'une douce frénésie, présenté en 2005)



Cargo Sofia : l'Europe des routiers bulgares

Posté par Floriane le 14.09.07 à 15:43 | tags : arts de la rue, international, théâtre
Comment parler d’un spectacle dont déflorer le processus reviendrait à gâcher le plaisir des spectateurs ? Comment rendre compte de ce périple, Cargo Sofia, qui mène le public de la capitale bulgare à la capitale française ? Tout au plus peut-on souligner la prouesse d’acteurs des deux chauffeurs routiers engagés pour l’occasion, l’intelligence des metteurs en scène, Stefan Kaegi et Jörg Karrenbauer et le renouveau que ce genre d’équipes offre aux spectacles « in situ ». On n’est pas dans le cadre d’un lieu institutionnel, dans la rue tout en n’y étant pas tout à fait – et pourtant le regard porté sur la ville et ses environs n’est plus jamais le même après cette expérience. Kaegi, jeune artiste suisse, aime par-dessus tout le « vrai-faux », la réflexion sociale, politique, les « spécialistes du réel » qu’il met en situation.
Créé avec l’aide du réseau THEOREM, Cargo Sofia dresse un tableau original de l’Europe, à travers le regard de deux routiers. Eh oui, toutes les autoroutes se ressemblent, et toutes les villes, d’une certaine manière, finissent par se ressembler, surtout lorsqu’on n’en aperçoit que les périphériques … On n’en dira pas plus. C’est jusqu’au 21 septembre, le nombre de places est très limité. Renseignements auprès du Centre Culturel Suisse (www) qui a eu la bonne idée d’offrir ce spectacle atypique, mais ô combien intéressant, au public parisien.



Théâtre de rue : 1er festival Miraklis à Vilnius

Posté par Floriane le 13.09.07 à 15:25 | tags : arts de la rue, festival, ici et là, international
Le bleu du ciel est tombé dans les yeux des Lithuaniens. Jeunes ou vieux, tous se pressent sur l’avenue rendue piétonne, parsemée de baraques à saucisses, qui jouxtent allègrement les stands d’animation pour gamins et les galeries (pas les pires !) de la capitale. Deux estrades émaillent le parcours, sans compter la grande scène qui trône sur la place de la cathédrale. Pendant trois jours, Vilnius pulse au rythme des Capital Days qui égaille la rentrée depuis 1993. Groupes musicaux bien sûr, sessions de danse en couple, pantomime, capoeira, chorales … tout cela se succède dans une ambiance bon enfant qui mêle les générations.
Etonnante Vilnius, qui fêtera en 2009 ses 1000 ans et sera la capitale culturelle de l’Europe. A quelques encâblures du centre ville, les plus aisés barbotent dans « le plus grand parc aquatique couvert d’Europe centrale » : Vichy Vandens Parkas où les danseurs du groupe Tahiti Nui donnent un peu de couleur locale au décor de résine. Au milieu des gratte-ciel aux façades de verre, quelques maisons de bois subsistent, contraste saisissant, avant de replonger au cœur de la vieille ville.
Dans le cadre de ces « Jours Capitale », le théâtre d’Oskaras Korsunovas tente, avec l’aide du théâtre de la vielle ville, de renouer avec la tradition du théâtre de rue. Débuts un peu timides pour cette première édition de Miraklis, mais preuve irréfutable que le public est loin d’être frileux et que les événements en plein air sont l’un des leviers majeurs pour les villes actives. Et l’art dans tout cela ? Andrius Rugevicius (illus.) peut en témoigner. Son projet de « DJ instrument collectif » est né dans les galeries d’art et les festivals multi media. Il pose ici en pleine foire ses trois ronds armés de capteurs, où les spectateurs sont invités à piétiner tandis qu’il mixe en direct. Certes le public ne se rend peut-être pas tout à fait compte du processus, mais quel bonheur de voir tout le monde, vraiment tout le monde, s’amuser à s’emparer de l’art contemporain !



Deux facettes d’Aurillac In

Posté par Floriane le 27.08.07 à 17:08 | tags : arts de la rue, festival, festival d'aurillac

Les Colporteurs
Politique, le In du festival d’Aurillac se le voulait, programmant trois spectacles ayant trait aux réflexions socio-électorales. C’est pourtant d’une quatrième, affichée comme inspirée du Paradis de Dante, qu’est venue la plus grande claque du festival ; un portrait, sans concession et porté par l’urgence, de la condition des émigrés et sans papiers dans la France d’aujourd’hui, signé Teatro del Silencio. Certains s’émeuvent lorsque le metteur en scène, Mauricio Celedon, fait référence à la situation qu’il a connue sous la dictature au Chili, pour évoquer la peur qui tord le ventre de ces exilés. Rien de plus juste, pourtant, que ses textes quand ils décrivent le déni d’humanité qui leur est fait aujourd’hui. La violence de la peur, des rafles, des bombes ; et la douleur, comme celle de cette femme en pleurs, hurlant « Merci à la vie » avant d’expirer et d’être enterrée, symboliquement, dans sa valise. Tout cela sent l’urgence à dire, à dénoncer, à accuser, Sarkozy, pour le nommer (puisqu’il l’est dans le spectacle). C’est un étranger qui a le courage de le faire ; on ne peut que l’en remercier !
A l’opposé, de la ville, de l’imaginaire, les Colporteurs ont donné naissance à une petite merveille de chant d’amour sur fil ; amour de la vie, amour d’homme et de femme. Antoine Rigot évoque en voix Off, en début de spectacle, l’accident qui l’a cloué au sol, il y a quelques années. Danseur de corde depuis 20 ans, le drame aurait pu lui être fatal. Mais c’était compter sans Agathe, qui l’avait initié au fil, avait mené avec lui la danse de l’amour et de l’équilibre au cours des créations en duo, puis avec la compagnie. Agathe qui, comme à la fin de ce Fil sous la neige, le soutient et l’aide à tenir debout. Les néophytes y verront de belles histoires d’amour, des duos inédits sur des fils à différentes hauteurs ; les professionnels salueront l’immense qualité technique des interprètes et les finesses de l’écriture de ce spectacle entièrement dédié à cette discipline, une grande première. Tous remercieront ce couple d’avoir été solide, et de continuer à créer, de façon de plus en plus originale, sans jamais baisser les bras.

© Jean-Pierre Estournet




Festival d'Aurillac : mission accomplie !

Posté par Floriane le 27.08.07 à 17:05 | tags : arts de la rue, festival d'aurillac

Les rues sont vides, au centre d’Aurillac ; vides de propositions artistiques dépassant le solo ou la fanfare. En lieu et place : des itinérants affalés au milieu de leurs chiens, des vendeurs de chapeaux, ballons et autres produits alimentaires, sono en renfort. L’espace est net, pas toujours propre pourtant, mais ça y est : enfin, il n’y a quasi plus de problème de suraffluence dans les rues de la ville. Pour cela, rien de bien sorcier : programmer la majorité des spectacles In et Off en dehors de la ville, au mieux dans des quartiers reculés, au pire dans des endroits uniquement accessibles en voiture ou en navette. Ce sont les jongleurs, clowns et gratteurs de guitare qui sont heureux : le bitume leur appartient !
Il n’empêche que le visiteur impromptu ou attiré par la réputation du festival en repart avec une impression singulière : « C’est ça, les arts de la rue ? » A force de laisser les valeurs hypersécuritaires faire leur œuvre, sous couvert de permissivité (pas de sélection dans le Off, par exemple), les organisateurs se trouvent coincés dans une logique difficilement défendable, car même certains professionnels, a priori mieux organisés que le spectateur novice, ont fini par jeter l’éponge : impossible de courir aux quatre coins de la ville pour faire moisson de spectacles regardables.
On pouvait trouver néanmoins quelques perles, pas trop lointaines. « Plume », le spectacle de La Chouing, duo-duel de comédiens aguerris, au service d’un propos hyper visité (la relation sado-maso d’un couple d’hommes), mais traité ici avec délicatesse, sous la violence apparente. Beaucoup plus léger, mais non sans fond, le groupe Volubilis (illustration) présente, sous couvert de boniment de marché, une méthode « révolutionnaire » d’entretien corporel. La proposition a le mérite de présenter, à tous les publics, un condensé de danse contemporaine bien servi par deux professionnels. Dans le même temps, on se prend à rêver de voir ce spectacle accueillir les aficionados du Théâtre de la Ville, qui reconnaîtraient, au passage, l’écriture de Merce Cunningham, nourrie (réellement) aux méthodes hygiénistes que les Européens avaient emmenées dans leur exil aux Etats-Unis.
Dans un autre registre, plus proche de Ex Nihilo, la danse contact improvisée de la compagnie Jeanne Simone sait se jouer des aléas de la rue et compose, avec la complicité d’excellents musiciens improvisateurs tout terrain, une partition mouvante pour circulation, passants et mobilier urbain. Enfin, Eric Sanka revient cette année avec une variation désopilante sur le thème de la répétition du dernier acte : « La Mort d’Elga ». C’est drôle, égratignant largement le milieu du théâtre, ses metteurs en scène mégalo et ses interprètes magnaco-boulimiques.
Une belle moisson, finalement, malgré les aléas de la température et des « conditions de sécurité ».
Le site du festival d'Aurillac (www)



La fête à Libourne

Posté par Floriane le 12.08.07 à 15:04 | tags : arts de la rue, festival
apetitspasFest’Arts, à Libourne, est un festival sans prétention, ce qui ne signifie pas sans ambition. Patiemment, au fil des ans (16 jusqu’à présent), les organisateurs ont forgé un public, qui a pris l’habitude de ce rendez-vous estival. Dieu merci, cette année, les cieux ont épargné la manifestation, alors que la pluie arrosait généreusement la région quelques jours auparavant. Du coup, dès le jeudi après-midi, plus de mille personnes se pressaient pour les premiers spectacles au parc de l’Epinette. Un public bon enfant, prêt à rire et à s’émerveiller de tout - et malheureusement pas toujours du meilleur, mais comment endiguer ces Off Off Off, chanteurs indiens outrageusement remixés, qui s’incrustent ?
Les écoles de cirque pourvoient chaque année le marché de dizaines de groupes plus ou moins originaux. Ils ont ici l’occasion de faire leurs premières armes ou de compléter leur expérience, aux côtés de noms plus reconnus, français et internationaux ; le tout dans une atmosphère de fête, de feria presque. Plus exigeantes, certaines propositions (A petit pas, Albémuth, La Valise) requièrent le repli dans un espace protégé, alors que d’autres (comme Tony Clifton Circus) étalent leur folie créative à découvert. Bref, tout cela est bien vivant et l’on se prend à rêver d’une proposition, un jour (ou une nuit), qui nous permette de redécouvrir les beautés architecturales de la bastide dont les murs dorés n’attendent qu’un chatouillis pour se révéler dans toute leur splendeur modeste.



Tous à la rue !

Posté par Floriane le 17.04.07 à 12:53 | tags : arts de la rue

Princesses peluchesLes beaux jours reviennent (pourvu qu'ils s'installent durablement !) et l'envie de flâner dehors chatouille les plus ermites. Tant mieux, les artistes ont exactement la même idée, corsée du furieux démon de la perturbation. La coopérative De rue et de cirque investit cette fois le quartier de Montparnasse et propose des " interventions théâtrales inattendues pour réinscrire les arts de la rue dans la ville et dans le quotidien ". Tout un programme ! Les historiques (Turbo cacahuète, Kumulus), les confirmés (Princesses peluches) et leurs confrères plus récents arpenteront donc, du 18 avril au 8 juin, les trottoirs du 15ème avec des grands classiques éprouvés ou des création plus fraîches. Il va s'agir d'ouvrir l'œil !
Au même moment, les 11 et 12 mai, les Rencontres d'ici et d'ailleurs donneront rendez-vous aux habitants de Noisy-le-Sec pour la seizième fois. Là aussi, une programmation mêlant valeurs sûres (Flesh d'Osmosis), compagnies reconnues (Oposito, Les Alama's givrés) et de plus nouveaux venus. Plus de danse que de coutume, des cartes blanches et un pic-nic. Pourvu que la tradition ne soit pas, pour une fois, respectée, car c'est bien connu, il pleut (toujours) au festival de Noisy-le-Sec ...
Copyright photo : Raphael Helle




Les femmes en noir de Tarrega

Posté par Floriane le 11.09.06 à 10:51 | tags : arts de la rue, festival, international

Depuis 26 ans, Tarrega, située à une centaine de kilomètres de Barcelone, accueille en septembre l’un des plus importants marchés des arts de la rue en Espagne. Le temps d’un week-end, la petite ville se change littéralement en scène et prête ses places et ses façades aux propositions les plus diverses. L’édition de cette année, particulièrement marquée par les esthétiques circassiennes et cartoonesques, n’a pas failli à la tradition. Impertubables, les dames en noir assises sur le pas de leur porte au milieu des jeunes éméchés, continuent à décortiquer leurs graines de tournesol. A deux rues, dans une cour au gradin surbondé, Trukitrek présente « TBO vivo », un habile mélange de marionnettes, d’acteurs et de dessin animé, le tout sur collage de chansons servant de trame au spectacle.
Un peu plus loin, sur un grand espace vide, c’est le Teatro de la Saca qui a planté ses estrades pour ce que le festival compte sans doute de plus grave de toutes ses propositions de rue : « Führer », titre assez explicite. Parce que les peuples qui oublient leur passé sont immanquablement condamnés au repentir, tous en prennent pour leur grade : les représentants de l’Eglise catholique (et l’Espagne en compta beaucoup) qui, pendant la seconde guerre, se voilèrent la face et livrèrent des juifs aux nazis, mais aussi les victimes de l’holocauste dont le peuple, au nom de la défense d’un territoire, fait aujourd’hui des morts en Palestine. Vietnam, Kosovo, Guernica … autant de noms égrenés à la fin de ce spectacle, pour que personne dans l’assistance ne se sente dédouané.
La rue en rose et noir, celle qui s’adresse « au plus grand nombre », pour la divertir mais aussi pour l’avertir.
(illus. Fürher)



Kristin, 52 ans

Posté par Floriane le 19.08.06 à 12:06 | tags : arts de la rue, performance
Jusqu'où une femme de 52 ans, qui cherche du travail, peut-elle aller pour se faire remarquer ?, pour que l’un de ses talents, dont beaucoup prétenduement inutiles ou futiles, soit repéré ? Twirling baton en piétinant le drapeau français dans des grands jets de Coca Cola ; poses désespérées de femme mûre racolant dans une encadrure de porte, sur les paroles d’une chanson parlant de gamine et de viol ; jeu absurde dans une piscine improvisée où les emballages et les aliments, à peine consommés déjà jetés, flottent ou dérivent … Elle sait tout faire Kristin, ou presque, pour dénoncer ce qui la dérange dans ce monde qui, décidément, à bien du mal à tourner rond, sous le vol évocateur d'un hélicoptère jouet et le fracas des pétards qui rappellent trop justement une certaine guerre pas si lointaine. Car ce qu’elle veut, c’est du travail, non pour une compétence technique, mais pour une valeur humaine, la sienne, écorchée, révoltée.
L‘une des images les plus fortes de cette performance est l’entraînement au paint ball sur nounours en peluche. Satisfaite, Kristin : elle a presque fait un carton plein ! Mais est-ce pour autant que quelqu’un lui donnera un emploi, à elle qui le réclame à longueur de trottoir, à longueur d’écritures sur sol dénonçant la précarité ? Une fois de plus, Princesses Peluches fait fort, tape juste, parce que, depuis qu’elle vole en solo, entourée de complicités artistiques choisies, l’interprète et conceptrice se sort les tripes à chaque proposition, tout en sachant garder l’élégance de la métaphore, du ludique et d’un regard plein de tendresse pour son personnage. L’une des créations les plus fortes vues au festival Fest’Arts de Libourne.



Femmes de rue

Posté par Floriane le 18.08.06 à 12:05 | tags : arts de la rue, festival
Contre vents et marées, elles se sont accrochées, au milieu de la foule et des voitures, et ça a marché ! Le public de Fest'Arts les a suivies dans leurs propositions d’univers, de parcours et a pleinement pu goûter leur talent, malgré un environnement peu propice. « Malgré », non dans le sens où une lutte sans merci aurait dû s’engager entre l’artiste, les spectateurs et ce qui les entouraient, mais tout bonnement parce que la magie de l’art et la puissance des interprètes ont eu raison des difficultés.
Kristin, la dernière en date des Princesses Peluches, a râlé les premiers jours d’être placée en pleine circulation. Son interprète n’était pas encore assez sûre d’elle, la création étant encore « en cours ». Au final, ce sont ces conditions délicates et la bonne volonté des organisateurs, qui ont permis à Kristin de s’imposer et Caroline (l'interprète) a fini par reconnaître que la difficulté n’a pas que de mauvais côtés, en l’occurrence.
Claudia N, elle aussi, a souffert lors de la première représentation de son solo. Crispée, malheureuse, elle a quitté la « scène », désolée d’avoir vu son parterre s’éclaircir. Et pourtant, les valeureux restants avaient été littéralement subjugués par sa force, son personnage et son histoire, au point d’en oublier littéralement ce qui les entouraient, tant l’interprète avait su intégrer habilement les aléas. Le lendemain, plus sûre d’elle, Claudia N ne faisait pas plus de public mais se faisait moins violence, et la magie d’opérer également.
Deux grands moments, deux grands spectacles, parmi d’autres, vécus lors de cette quinzième édition de Fest’Arts, un festival qui tient le cap et sait composer une programmation variée, en pleine connaissance des artistes, de la ville et de son public.





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