Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.
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L'Athénée-théâtre Louis Jouvet à Paris programme des pièces classiques et contemporaines. Tous les billets consacrés à ces manifestations sur Saisons.

Le Suicidé-comédie : délire russe édulcoré

Posté par Catherine le 24.03.07 à 15:52 | tags : spectacle à paris, athénée

Il paraît que le public veut du comique, alors évidemment, il y a plus vendeur comme titre que Le suicidé. Il y a Le suicidé-comédie. Mais contrairement à ce que cette appendice accrocheuse pourrait laisser penser, ce n'est pas une version remaniée que propose Anouch Paré à l'Athénée, mais bien le texte original.
Dans une succession de scènes endiablées, Nicolaï Erdman inventait en 1928 le personnage du chômeur Podsekalnikov qui voit sa vie prendre un tour héroïque à l'annonce de son suicide prochain : il devient le martyr potentiel et, en tant que tel, choyé, de tous les grands mouvements anti-soviétiques ! Mais de la parole à l'acte, surtout ainsi récupéré, il y a un pas que le "suicidé" va franchir... à sa façon.
Le texte est drôle et la forme du vaudeville dissimule à peine la dimension politique - ce n'est pas pour rien que la pièce fut interdite pendant 50 ans en Russie. Beaucoup de bons mots et des tonnes de situations cocasses. Malheureusement, la mise en scène d'Anouch Paré ne fait qu'égrainer le texte, sans rien y apporter de particulier et surtout sans laisser éclater toute l'extravagance russe contenue dans le texte. Si on assiste à quelques bons numéros d'acteurs, on a du mal à se laisser emporter et à traverser sans peine les 2h45 de spectacle. A trop vouloir être drôle...

Le Suicidé-comédie de Nicolaï Erdman, mise en scène Anouch Paré
à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet (www)
du 8 mars au 7 avril 2007


La cantatrice chauve, bis repetita

Posté par Nedjma le 02.02.07 à 17:11 | tags : théâtre, athénée

Bien sûr, il y a la Cantatrice chauve du Théâtre de la Huchette, classique parmi les classiques, mise en scène par Nicolas Bataille et qui célèbre, en ce moment même, son jubilé. Et puis il y a celle de Jean-Luc Lagarce, que le Théâtre de l'Athénée reprend, en ce moment même dans le cadre de l'année Lagarce. La version présentée -déjà montrée plus de cent fois- est totalement identique à l'originale, datée de 1991, et fondatrice de l'univers de l'auteur-metteur en scène disparu en 1995. Les comédiens sont les mêmes (Elisabeth Mazev et Marie-Elisabeth Sirvent en alternance, Olivier Achard, Emmanuelle Brunschwig, Mireille Herbstmeyer, Jean-Louis Grinfeld, François Berreur), tout comme les techniciens et les décors. Lors de l'édition du texte, Ionesco introduisit des commentaires de mise en scène que Jean-Luc Lagarce fait dire à Mary, la bonne. Curiosité réjouissante : les différentes fins imaginées par Ionesco et jamais représentées y sont proposées en épilogue.

Cette cantatrice-là prend place dans un espace vaste, ambiance carton-pâte aux couleurs vives. Vert est le gazon, rose bonbon sont les tailleurs et escarpins de ces dames, jaunes sont les chemises et oranges les cravates de ces messieurs -costumés à l'identique). Les sons sont vifs aussi, les voix, la sonnerie de la porte d'entrée, la musique, et les rires à outrance enregistrés façon show à l'américaine. On rit aux éclats, et pourtant sous l'humour et l'absurde pointent la cruauté et la mélancolie. Celle d'un monde qui ne tourne pas bien rond, celle d'un théâtre privé d'un de ses plus grands créateurs, depuis douze ans déjà.

La Cantatrice chauve de Eugène Ionesco, mise en scène par Jean-Luc Lagarce au Théâtre de l'Athénée jusqu'au 17 février, puis en tournée à Poitiers, Sénart, Caen. Programme sur http://www.lagarce.net/ Et aussi, lundi 5 février, soirée Jean-Luc Lagarce au Théâtre de la Colline, avec lectures, projections et rencontres.


Fin de partie à l’Athénée

Posté par Nedjma le 25.10.06 à 17:27 | tags : théâtre, beckett, athénée
 
Le festival Paris Beckett a commencé voilà près d’un mois. C’est le moment ou jamais pour une plongée en profondeur… Et pourquoi pas commencer par le mythique Fin de partie, encore pour quelques jours au théâtre de l’Athénée. Une sage, fidèle, mais réjouissante version, mise en scène par Bernard Levy. Qui a d’abord choisi de respecter scrupuleusement les indications de l’auteur. Le ton est donné dès le début avec la projection, sur une vaste toile, de la couverture du livre édité chez Minuit. Avec, ensuite le décor installé : une boîte très blanche et des fils très noirs, doublés de lignes fluorescentes, posés, comme dessinant la géométrie de l’espace, réel et mental. Avec, enfin, les didascalies suivies à la virgule près. Quelle liberté trouver dans ce cadre posé ? Celle des acteurs, tous magnifiques.
Thierry Bosc, Gilles Arbona, Marie-Françoise Audollent et Georges Ser. Alias Hamm, aveugle paralytique qui souhaite être « au centre » et tyrannise son monde, Clov, ami-souffre-douleur, boiteux et corvéable à merci, qui rêve de mettre les voiles. Mais aussi Nell et Nagg les parents du premier, condamnés à finir leurs jours au fond d’une poubelle.
C’est implacable, cruel, absurde –la vie ne l’est-elle pas-, mais aussi drôlissime et traversé d’éclats poétiques de toute beauté. Très beckettien en somme.
 
Fin de partie de Samuel Beckett. Jusqu’au 28 octobre, Théâtre de l’Athénée, 20 heures.


Le Bagne à l’Athénée

Posté par Nedjma le 12.05.06 à 19:00 | tags : théâtre, athénée
 Il aura fallu attendre longtemps pour découvrir enfin ce texte de Jean Genet lié à son obsession de l’univers carcéral, et son désir secret de vivre cette punition suprême, lui qui n’avait fréquenté « que de simples prisons ». Le bagne, retravaillé sans relâche pendant près de 20 ans, paraît dans la Pléiade, en 1994 et Antoine Bourseiller – qui fut un proche de Genet - le porte à la scène voilà deux ans, au théâtre de Nice.
Depuis le 26 avril dernier, on peut enfin le voir à l’Athénée. Un décor tournant imposant, signé Alexandre de Dardel, figure un mur à double face, parsemé de meurtrières. D’un côté, le noir, le bagne, de l’autre le blanc, le monde extérieur ou ce qu’il en reste. L’éclat d’un soleil aveuglant tranche avec la nuit sans fin des géôles. Au centre, trône la guillotine, rouge. Si le jeu des sentinelles noires, lestées de fausses armes est un peu caricatural au début de la pièce, toute la puissance dramatique du texte s’installe peu à peu, glaçante et brute, abordant de front plusieurs thèmes : érotisme, culpabilité, pouvoir, religion, homosexualité. Parmi les 18 acteurs qui occupent le devant de la scène, on retiendra les caïds du bagne : Ferrand (Hervé Sogne) et Rocky (Marc Olinger), Forlano (Alexandre Ruby) dont la présence arrogante et silencieuse fera basculer la pièce et surtout le directeur du bagne, cynique et troublant (Désiré Saorin).
Le Bagne de Jean Genet jusqu’au 20 mai au Théâtre de l’Athénée  (www)

Italie chérie...

Posté par JdF le 25.02.06 à 22:11 | tags : théâtre, athénée
Le Théâtre de l'Athénée met l'Italie à l'honneur en présentant trois spectacles : une pièce italienne jouée par une troupe italienne (Sabato, domenica e lunedi), une pièce italienne jouée par une compagnie française (Filumena Marturano) et une pièce de Beckett mise en scène par Giorgio Strehler... Eh oui Strehler, vous avez bien lu. "Mais il est mort !" Telle est la première pensée qui vous a traversé l'esprit. Certes. Mais ses mises en scène lui survivent, telle celle-ci : Oh les beaux jours (en Italien, Giorni Felici), que Carlo Battistoni a repris.
Les deux premières pièces sont d'Eduardo de Fillipo, peintre de la vie populaire napolitaine. Sabato, domenica et lunedi est centrée sur une réunion de famille, au cours de laquelle le mari accuse sa femme (Anna Bonaiuto, photo) de le tromper avec son voisin. S'ensuivent moult explications au cours desquelles l'épouse (fidèle, en réalité) fait éclater la rage qui l'habite d'avoir sacrifié son existence à la tenue d'un foyer, sans en avoir retiré un gramme de reconnaissance. La réconciliation générale n'empêche pas de laisser tenace l'étouffement qu'induit le modèle familial traditionnel.
Dans Filumena Marturano aussi, ce sont les liens familiaux qui constituent l'enjeu principal, puisque Filumena révèle à celui qu'elle vient d'épouser qu'elle a trois enfants dont un est de lui. Lequel ? Elle n'entend pas le lui révéler.
De Filippo interroge les structures qui fondaient la société traditionnelle et pèsent encore sur l'Italie contemporaine. Cela, confronté à l'intemporalité recherchée par Beckett, forme un étrange contraste, mais un beau programme.

Le roi nu d'Evguéni Schwartz à l'Athénée - Contes pour adulte ?

Posté par Catherine le 18.11.05 à 13:52 | tags : théâtre, athénée

Le roi nuLe Roi Nu

En ces fraîches soirées de fin d’automne, qu’il est doux de s’aller calfeutrer en le joli théâtre de l’Athénée et de se laisser conter les amours contrariés de la Princesse et du porcher... Quelle chance, un conte pour adultes ! Non qu’il y ait des scènes cochonnes - juste quelques cochons sur scène - et, bien sûr, un monsieur tout nu, titre oblige. « Pour adultes » donc, à cause du langage moins évident que celui des livres d’enfants et de la portée politique clairement affirmée de la pièce. Ceci dit, pas de crainte à avoir : le message politique du Roi nu, pour subtil qu’il soit, n’est ni pesant ni compliqué, ni même sujet à débat.
Evguéni Schwartz, auteur Russe mort en 1958 et que la France découvre depuis quelques années, aimait à utiliser la forme du conte, allant même jusqu’à reprendre les thèmes et les personnages des contes classiques pour les retraiter de sa plume énergique et acérée. Ici, sur la trame traditionnelle du mariage impossible, Schwartz greffe trois contes empruntés à Andersen, et en fait éclore une critique du pouvoir et de la bêtise qu’il engendre. Le roi nu, c’est le souverain des Habits neufs de l’empereur. Il paraît que Schwartz écrivit cette pièce en pensant à Hitler. Il n’allait pas dire qu’il pensait à Staline. La censure soviétique interdit malgré tout la pièce. L’hypocrisie, le manque de courage politique que dénonce ce conte sont, hélas, toujours d’actualité.
Trois contes pour une seule et même pièce, l’histoire ouvre forcément des chemins qu’elle abandonne ensuite : le chaudron magique du porcher laisse place au Petit pois de la princesse, qui est lui-même évacué au profit des habits neufs de l’empereur. Cette pièce écrite en 1934 n’a pas l’étoffe du Dragon que Schwartz livrera dix ans plus tard. Mais quel émerveillement que de découvrir enfin à quoi ressemble l’amoncellement de matelas sur lesquels dorment les princesses et les rois. Maintenant qu’on est grand, on réalise qu’il faut une corde pour descendre d’une telle couche ! Attention cependant, si c’est un ravissement de voir se matérialiser les objets et personnages des contes de notre enfance, surtout tels qu’imaginés et agencés par Laurent Pelly, l’opération n’est pas sans risques. Pour ma part, j’ai été très déçue par les allures de vieille lessiveuse du chaudron magique.

Le roi nu d'Evguéni Schwartz, mise en scène Laurent Pelly
Au théâtre Athénée-Louis Jouvet, jusqu'au 3 décembre 2005
Lire l'interview de Laurent Pelly pour La Terrasse [photo Guy Delahaye]




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