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L'actualité de la Comédie française (le Français). Tous les billets consacrés à ce théâtre sur Saisons.

Trois questions à Galin Stoev, metteur en scène

Posté par Catherine le 04.04.08 à 12:39 | tags : comédie française, théâtre

Galin StoevVous présentez actuellement Douce vengeance et autres sketches d'Hanokh Levin au Studio-Théâtre. Vous aviez déjà travaillé avec l'équipe de la Comédie Française sur La Festa de Spiro Scimone , présentée au Théâtre du Vieux-Colombier la saison dernière et vous allez mettre en scène l'Illusion Comique dans la salle Richelieu la saison prochaine. Une vraie histoire d'amour avec la Comédie Française ?
Le Studio-Théâtre de la Comédie Française est un endroit où l'on peut se permettre de chercher, c'est une sorte de laboratoire. Cela m'intéressait de confronter les comédiens de la troupe du Français avec des sketches, car il y a beaucoup d'enjeu dans ces formes très courtes, qui doivent frapper très vite.

Vous êtes bulgare et on dit que vous avez découvert les textes de l'israélien Levin en Russie...
C'est un peu vrai. Pour être précis, j'ai découvert Hanokh Levin à travers des traductions de ses textes en russe que j'avais découvertes sur internet. Ensuite je suis allé chercher des traductions en bulgare. Elles sont nombreuses. En France, ce sont surtout ses sketches politiques qui ont été traduits, mais ce qui m'intéresse le plus chez cet auteur, ce sont ses sketches sur le quotidien, car ils ont une portée universelle.

Le quotidien que décrit Levin est toujours un peu étrange...
Oui, et c'est ce qui fait toute la force de son oeuvre. Hanokh Levin parvient à rapprocher deux extrêmités irréconciliables : d'un côté la banalité du quotidien et de l'autre, l'horreur métaphysique. En supprimant la distance entre le banal et le philosophique, Levin manipule la perception du spectateur et emporte le public dans une sorte de vertige absolument hallucinant.

Douce vengeance et autres sketches, de Hanokh Levin. Voir notre billet du 19 mars : wwww
Traduit de l'hébreu par Laurence Sandrowicz. Mise en scène Galin Stoev.
jusqu'au 20 avril au Studio Théâtre de la Comédie Française

Photo © Marlène Gélineau Payette


Echantillon d'humanité - Hanokh Levin au Studio Théâtre

Posté par Catherine le 19.03.08 à 13:15 | tags : théâtre, comédie française


Une jeune fille au pull aussi rouge que ses lèvres. Un beau jeune homme en costume trois pièces. Un autre, sérieux. Un monsieur tout rond. Une dame blonde. Echantillon d'humanité. Chacun dans sa bulle, chacun connecté à sa machine électronique. Tous l'oeil rivé à leur écran. Ce qui ne les empêche pas d'échanger. Au contraire, le regard tendu vers cet ailleurs virtuel, ils envisagent leur rapport au monde avec une acuité décuplée. Cela commence par une simple discussion à la réception d'un hôtel et, tout de suite, le problème est posé : peut-on être à la fois libre et heureux ? Immédiatement surgit une autre question : peut-on distinguer l'amour du désir ? On se le demande au spectacle de ces deux amants plus vraiment en phase physiquement. Et puis voilà qu'une étrange institutrice vient nous faire douter de l'existence de l'Australie. L'opinion constitue-t-elle un obstacle à la connaissance ?
Au fil des rencontres, au gré des situations, Galin Stoev propose une plongée dans le monde de Hanokh Levin, un univers où le quotidien frôle l'absurde, où l'absurde embrasse la métaphysique, mais où la désillusion cède toujours le pas au rire. Tirés de diverses oeuvres du célèbre auteur Israélien, la plupart des sketches avaient été montés de son vivant par Levin sous forme de cabaret, dans les années 80 et 90. Le traitement plus en retenue qu'en propose Galin Stoev aujourd'hui permet de laisser s'exprimer avec force toute la portée philosophique du texte. Le metteur en scène bulgare fait passer l'anecdote au second plan et se concentre sur la logique qui sous-tend chaque situation. La même importance est donnée aux mots et aux silences. C'est ainsi que le spectateur a tout le loisir d'accompagner les personnages dans le cheminement de leur pensée. Et c'est justement du décalage entre le point d'arrivée de notre réflexion et l'énonciation par le comédien de la réplique suivante que naît ce rire troublant que provoquent généralement les comédies d'Hanokh Levin. Une occasion unique de (re)découvrir cet auteur essentiel dont les oeuvres nous arrivent au fil de leur traduction.

Douce vengeance et autres sketches, de Hanokh Levin. Traduit de l'hébreu par Laurence Sandrowicz. Mise en scène Galin Stoev.
du 13 mars au 20 avril au Studio Théâtre de la Comédie Française
Illus © Cosimo Mirco Magliocca


Burlesque et sinistre : une comédie de Sean O'Casey

Posté par JdF le 10.01.08 à 18:55 | tags : comédie française, théâtre

 

Un couple de paysans dans l'Irlande des années 1930. Ils possèdent outre leur maison, un gramophone et une vache. Le premier égaye la solitude de la femme. La seconde... vous verrez bien, mais vous pouvez d'ores et déjà savoir qu'elle sera un élément non négligeable dans le déroulement des opérations. Quelles opérations ? À première vue, pas grand chose : il s'agit simplement pour le mari de mener à bien les tâches domestiques, tandis que son épouse est partie faucher le pré. Ne nous méprenons pas : ils ne renversent pas ainsi le partage des rôles entre les sexes dans un souci d'équité ou de dépassement des assignations traditionnellement imparties, mais tout bonnement à la suite d'une querelle de ménage où chacun a mis l'autre au défi de faire mieux que lui.

Là-dessus, la femme s'en va et c'est dommage, car Catherine Salviat était tout à fait passionnante dans le court passage qu'elle fait sur scène. Michel Duchaussoy reste seul, bientôt rejoint par Michel Robin qui joue l'ami, empoté et myope comme une taupe qui sert aisément de bouc émissaire au mari à chaque incident fâcheux. Et les incidents fâcheux sont légion dans ce spectacle conçu comme une farce dont les ressorts comiques sont semblables à ceux dont usaient Charlie Chaplin ou Buster Keaton.

Célie Pauthe a réalisé un spectacle terrien : le lieu, les acteurs, leur corps et leur voix ne semblent pas venus d'un ailleurs indéfini, mais bien de cette contrée fort rude qu'était l'Irlande de l'époque. Elle a plus investigué ce champ que celui de la farce, auquel invitait a priori le texte. En choisissant d'inscrire sa mise en scène dans une perspective plus large, incluant le reste de l'œuvre de Sean O'Casey, Célie Pauthe ne l'a pas trahi, au contraire, elle lui a rendu son âpreté.

La fin du commencement, de Sean O'Casey, mise en scène de Célie Pauthe, avec Catherine Salviat, Michel Duchaussoy, Michel Robin, jusqu'au 20 janvier, au Studio théâtre de la Comédie Française (www)

 


Rebondissement dans l'affaire Handke

Posté par JdF le 26.07.06 à 11:01 | tags : théâtre, comédie française
Occupée comme je l'étais par Avignon, je n'avais fait que parcourir distraitement le communiqué arrivé il y a une semaine, dans lequel le service de presse du ministère de la culture et de la communication indiquait que Renaud Donneieu de Vabres poroposait Muriel Mayette au poste d'"Administrateur Général de la Comédie Française". Maintenant, que j'ai le loisir d'y revenir et après avoir ouï différents sons de cloche, je m'interroge : Marcel Bozonnet qui occupait le poste était prêt à demeurer en place... L'affaire Handke y serait-elle pour quelque chose ? Les propos de Bozonnet au sujet de son éviction vont, en tous cas, dans ce sens...

Censurer Handke ? Le révisionnisme en question

Posté par JdF le 12.05.06 à 13:50 | tags : théâtre, comédie française
La question de savoir si Marcel Bozonnet, administrateur général de la Comédie Française a eu raison d'écarter la pièce de Handke, Voyage au pays sonore ou l'Art de la question, qui devait être créée en janvier 2007 au Théâtre du Vieux-Colombier, fait rage dans les pages de journaux et sur  notre forum. Comme le soulignent certains, Marcel Bozonnet, n'ignorait pas les positions proserbes de Peter Handke, connues de longue date, quand il confia la création de cette pièce à Bruno Bayen. Mais la présence de l'écrivain aux obsèques de l'ancien chef d'état Slobodan Milosevic a été la goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase.

Voici ce qu'a alors déclaré
Peter Handke «Le monde, le soi-disant monde, sait tout sur la Yougoslavie, la Serbie. Le monde, le soi-disant monde, sait tout sur Slobodan Milosevic. Le soi-disant monde sait la vérité. Pour cela, le soi-disant monde est aujourd'hui absent, et pas seulement aujourd'hui, et pas seulement ici. Je sais que je ne sais pas. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J'écoute. Je ressens. Je me souviens. Pour cela je suis aujourd'hui présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic.»

On peut donc considérer cette position comme tendantiellement révisionniste. A dessein, Handke ne réfute pas formellement les accusations dont Milosevic faisait l'objet de son vivant, ni le jugement que les faits font porter sur la politique menée en Serbie par le dictateur. Mais cette manière de contester un faisceau
convergent de témoignages et de preuves, sous prétexte qu'il participerait d'une pensée unique, est précisément une stratégie propre aux révisionnistes.

A signaler : pour Olivier Py, qui s'exprime dans les pages "Débats" du Monde, Handke fait ici preuve de révisionnisme avéré, et le maintien de la programmation de sa pièce serait faire
insulte aux victimes.



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