Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.
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Le Festival d'Avignon. Tous les billets consacrés à cette édition 2005 sur Saisons. Voir aussi l'actualité du festival d'avignon 2006

Après la catastrophe

Posté par JdF le 18.02.06 à 14:28 | tags : théâtre, festival d'avignon 2005
rambert.jpgAprès avoir suscité quelques remous lors de sa présentation au Festival d'Avignon, After/Before se joue actuellement au Théâtre de Gennevilliers. Le spectacle de Pascal Rambert, soutenu par les magazines, type Mouvement, villipendé sur le blog de Tadorne, utilise des extraits d'interwiews filmés dans les quels quelques quidam, anonymes ou nommés Christine Angot ou Olivier Py, répondent à la question de savoir ce qu'ils souhaiteraint conserver de ce monde-ci après qu'une hypothétique catastrophe l'ait réduit à néant.
Jusqu'au 26 février au Théâtre de Gennevilliers, du 8 au 11 mars à la Comédie de Caen.

Avignon en sTOCk

Posté par fluctuat.net le 02.08.05 à 10:04 | tags : festival d'avignon 2005, blogs et spectacles

Christian Rizzo Rock'n'Roll Circus

Un dessinateur, un chroniqueur. TOC Magazine a édité un blog d'actu en direct du 59e festival d'Avignon. Chroniques du In en texte, croquis du in en off et en images, Francois Olislaeger (dessin) et Laurent Geffroy (texte) ont passé un magnifique été à buller. Vivement la rentrée. A retrouver ici.     

 

 


Avignon : Résultat des courses 2005

Posté par JdF le 29.07.05 à 16:39 | tags : festival d'avignon 2005

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Avignon is not deadC'est curieux : Avignon, quand vous y êtes, vous n'avez qu'une envie, c'est d'en sortir, de vous retrouver au calme, ne plus être alpaguée tous les dix mètres par des êtres qui, costumés ou non, vous vantent les mérites de leur spectacle, ne plus tomber à chaque coin de rue sur un théâtreux, un aspirant critique rencontré à une improbable première ou quelqu'un qui vous reconnait, que vous avez sans doute croisé lors de votre scolarité chaotique, mais dont l'existence s'est perdue dans un trou noir de votre mémoire. Vous souffrez d'un angine sournoise qui s'amplifie à chaque heure passée dans les salles conditionnées, vous êtes épuisée, complètement démotivée à l'idée d'aller vous inscrire sur une liste d'attente dans l'hypothétique espoir d'assister au spectacle de Josef Nadj.

Néanmoins, une fois partie, chaque article lu, même hargneux, vous fait regretter de ne pas avoir assister au spectacle dont il était question. Et, lorsque, à la radio, vous entendez une intervention, un débat, enregistrés dans un des nombreux lieux dévolus à cet effet, le bruit assourdi que font les cigales vous rend nostalgique de ces quelques jours passées auprès d'elles, alors même que vous n'y aviez prêté qu'une oreille distraite sur le moment. Pour parer à cette mélancolie, j'ai donc décidé de faire un bilan, de tourner, du moins, pour mon compte, la page d'Avignon 2005.

Comme chacun sait, cette édition a déçu et a été sévèrement critiquée, par les spectateurs, la presse, la profession. Il me paraît important de préciser que ceux qui furent déçus l'ont été pour des raisons parfois différentes et mêmes contradictoires. L'histoire récente du Festival (les vingt dernières années, disons) a été marquée par la transformation progessive de la définition donnée au "produit culturel" apte à être présenté dans un tel Festival. Jusqu'aux années 2000, les spectacles programmés dans la Cour d'Honneur étaient généralement des mises en scène, assez peu inspirées, de pièces classiques (Shakespeare de préférence) signées Jacques Nichet, Alain Françon, Jean-Louis Benoît et bien d'autres. Pour faire bonne mesure, on engageait une star, Philippe Torreton, Isabelle Huppert, Pierre Arditi, Daniel Auteuil, Lambert Wilson (et j'en passe). Et ça, c'est ce que certains appellent du théâtre populaire alors qu'il me semble que ce genre de spectacles vise à satisfaire les exigences culturelles (révisons nos classiques) de midinettes (allons voir Lambert Wilson en vrai) caractéristiques d'une bourgeoisie satisfaite d'elle même et de la sûreté de son goût. Inutile de s'attarder sur le fait que ce public-là (celui que représente le critique Jacques Nerson par exemple, vous pouvez jeter un coup d'œil à son blog, vous comprendrez tout de suite ce que je veux dire), ce public-là, donc, est outré par le tour qu'a pris le Festival et considère 2005 comme une "annus horribilis". Ceux qui, en revanche, considèrent que les stars de cinéma, on peut s'en passer (elles coûtent cher, pétrifient le metteurs en scène, voir Eric Lacascade aux prises avec Huppert dans Hedda Gabler) ainsi que des Shakespeare par Françon, Benoît et les autres et que ce n'est pas si mal qu'on programme des spectacle d'un autre genre : hybride, à la fois théâtre, danse, installation ou performance. Bien.

Or, ici, le problème, ce n'est pas l'intention mais la réalisation du projet. Nous n'avons pu que constater, et ce présent blog en témoigne, de l'échec de la plupart des tentatives - elles ont au moins le mérite d'exister - de Jan Fabre (qui devrait calmer sa mégalomanie et apprendre à manier un peu mieux les concepts), de Decuvelleverie, de Vandekeybus et de bien d'autres. Les programmateurs se trouvent ainsi ourdis d'injures venant de deux camps ennemis, devenus sans le vouloir des alliés objectifs.

N'entrons pas dans ce jeu-là : sans suivre Vincent Baudriller (nouveau co-directeur du festival depuis 2003 ndlr) qui parle de "bataille d'Hernani", il est vrai qu'il était temps de trancher : il fallait ou donner au festival un nouveau souffle ou bien demeurer dans une routine culturelle destinée à être retransmise sur Arte aux heures de grande écoute. Le choix est fait désormais - et il faut espérer que les nouveaux programmateurs auront le loisir de continuer dans ce sens et de produire des spectacles qui correspondent davantage à leurs intentions.

Voir la Galerie 2005 sur le site du Festival d'Avignon

Bilan du 59e Festival d'Avignon 2005 (in et off)

[Festival d'Avignon : Photo : Anéantis © Christophe Raynaud de Lage]


Avignon, Bruxelles, Belgrade - La Trilogie de Biljana Srbljanovic

Posté par Catherine le 27.07.05 à 11:18 | tags : avignon off, festival d'avignon 2005

Trilogie_de_Belgrade.jpgMAJ : Voir aussi l'actualité du festival d'Avignon 2006 

Attention, les belges envahissent aussi Avignon off ! Juste en face du studio Hivernales où Maria Clara Villa-Lobos, brésilienne de Bruxelles (cf. M, une pièce moyenne sur le blog Saisons), fait un tabac, se trouve le théâtre des Doms, soit la "vitrine Sud de la création en communauté française de Belgique". C'est là que la compagnie Petite âme, composée de comédiens issus du conservatoire de Bruxelles, présente la Trilogie de Belgrade de Biljana Srbljanovic. Ici, point de parfum de scandale : une auteur, un texte, des situations, des personnages, tout est "normal". Et les comédiens n'ôtent jamais le bas. Bon, il y a bien une scène de copulation, mais celle-ci reste suffisamment habillée et stéréotypée pour ne pas choquer grand-monde.

La Trilogie de Belgrade raconte le conflit Yougoslave du début des années 90 à travers les histoires de trois groupes de Serbes exilés en Europe, aux Etats-Unis et en Australie : l'impossibililté de rester au pays, l'arrachement, les difficultés rencontrées en exil, d'autant plus terribles qu'inavouables à ceux qui sont restés...
Depuis cette première pièce écrite en 1996, Biljana Srbljanovic a fait de ce procédé sa marque de fabrique : c'est par le biais de l'exil qu'elle nous parle de son pays. C'est bien vu et ses compatriotes semblent s'y reconnaître et apprécier. Dommage que la petite histoire finisse souvent par prendre le pas sur la grande et les mesquineries au sein de couples qui se déchirent par ne pas être tant typiquement yougoslaves que tristement universelles.
Heureusement, par leur vitalité, et la belle naïveté qu'ils offrent à chacun des trois personnages, les comédiens de la compagnie Petit âme réussissent à rendre la potion tout à fait digeste. Mention spéciale à la formidable idée de mise en scène du "tout en un" : les comédiens gèrent eux-mêmes sur scène le son et la lumière, au moyen d'éléments intégrés à la scénographie (poste radio, néons, lampes sur pieds...). Un Système D à la yougoslave donc, parfaitement adapté aux conditions techniques difficiles du festival off.

La Trilogie de Belgrade, mise en scène Yves Claessens, Compagnie Petite âme, au 59ème festival d'Avignon (off)
Au Théâtre des Doms, jusqu'au 30 juillet à 17h30


Dura Vita Sed Vita - Durax Lex de Marianne Groves

Posté par Catherine le 22.07.05 à 19:05 | tags : festival d'avignon 2005, avignon off
MAJ : Voir aussi l'actualité du festival d'Avignon 2006

DuraLex_4.jpgDure vie que celle du festivalier qui, à peine commence-t-il à s'acclimater à un univers, est aussitôt catapulté dans un monde totalement autre.
C'est ainsi que je passai avec pour seule transition un rapide panini, de l'univers éthéré et silencieux de l'Italien Roméo Castellucci (Berlin B. #03 ) au monde bavard et bien réel de l'Américain Stephen Adely Guirgis. Dura Lex (Jesus hopped the 'A' train en version originale), troisième pièce de ce jeune auteur New Yorkais encore inconnu par chez nous, raconte comment Angel se retrouve en prison pour avoir tiré sur le gourou de la secte qui détient son meilleur ami. Dans le quartier d'isolement, il croise Lucius, tueur en série en fauteuil roulant qui a rencontré Dieu. Son avocate, la jeune Mary Jane, se prend de compassion pour lui mais rate complètement sa défense. Il écope de 35 ans.
Peu de moyens pour cette compagnie parisienne : décors, costumes, accessoires, lumières, tout est très simple et sans éclat. Le texte, bien que très dense, est tout à fait honorable, avec son lot de répliques bien lancées à la manière de ces personnages des séries policières qui trouvent toujours la petite expression ironique parfaite dans les pires moments.
Un petit côté série B donc, pour cette pièce qui vaut malgré tout le détour d'une part pour ceux qui n'ont pas la télé et sont par conséquent en manque de ce genre de programmes, et d'autre part pour la qualité du jeu d'acteur très "méthode américaine" : personnages pleinement incarnés, action / réaction, émotions vraies. Du bon vieux jeu de comédien comme on n'en fait plus guère.

Dura Lex de Stephen Adly Guirgis, traduit de l'américain et mis en scène par Marianne Groves, au 59ème festival d'Avignon (off)
Présence Pasteur du 8 au 30 juillet 2005 à 21h30 [illus. © Florence Dugowson]

 


Les cochons ont-ils une âme ? Disco Pigs d'Edna Walsh

Posté par JdF le 22.07.05 à 15:21 | tags : théâtre, festival d'avignon 2005
disco_pigs.jpg Sur les conseils de Julien, je me suis retrouvée un soir au Collège de la Salle pour voir Disco Pigs d'Edna Walsh, mis en scène par Arnaud Anckeart. Bien m'en a pris ! Les deux boules de nerf qui s'agitent, hurlent et narrent leur existence dans un double monologue rempli de mots bizarres ont de quoi stupéfier le spectateur le plus blasé. L'un s'appelle "avorton", l'autre "cochon". Tout un programme. Ce sont deux adolescents en crise, enfermés dans un univers fantasmatiques, liés l'un à l'autre par une relation fusionnelle. Leur gestuelle, tout autant que cette langue étrange qui ne semble appartenir qu'à eux est déstabilisante. Sur quelle planète sommes-nous ? Sûrement pas au pays de Candy, en tout cas.

Disco Pigs d'Edna Walsh, au 59ème festival d'Avignon (off)
Mis en scène par Arnaud Anckaert (Théâtre du Prisme)
Du 8 au 30 juillet au Collège de la Salle 
[Photo : © Agence Enguerand Bernard]

Lutte des classes - Cairn d'Enzo Cormann

Posté par Catherine le 18.07.05 à 19:55 | tags : festival d'avignon 2005, théâtre
Cass_et_Grand_Cairn.jpgPremier matin à Avignon. Encore ni tout à fait remise d'Anathème vu la veille ni tout à fait dessaoûlée d'un 14 juillet particulièrement festif, je choisis de démarrer la journée tranquillement avec un spectacle pas trop loin de mon QG. Ce dernier étant localisé à Monclar, derrière la gare, périphérie d'Avignon beaucoup moins splendide que les alentours du Palais des Papes. C'est justement là qu'est basée de façon permanente, dans un lieu nommé l'Entrepôt, la compagnie Mises en scène. Eh oui, à Avignon, on rencontre aussi des compagnies avignonnaises. Pleine du désir d'agir en phase avec la vie du quartier, la compagnie Mises en Scène se montre particulièrement attirée par les textes contemporains porteurs d'un message social. Choisir de monter Cairn d'Enzo Cormann (site web), pièce clairement et radicalement de gauche, ne relève donc pas du hasard.

Jonas Cairn, représentant du personnel moustachu dans une usine qui fabrique des poêles, s'oppose à la direction. Whisky contre gros rouge. Costume contre jean/baskets. Névrose du riche contre névrose du pauvre. Nous assistons à une véritable joute verbale où les patrons osent enfin exprimer sans ambages tout le mépris qu'on les a toujours soupçonné d'éprouver pour leurs ouvriers, et où Jonas Cairn, en Robin des Bois du salariat, se montre si intelligent et si posé qu'il mériterait bien de gagner. Mais de projet de délocalisation en grève en plan social, les gros finissent bien par écraser les petits.

Le texte d'Enzo Cormann est un vrai régal : l'enchaînement des idées suit une logique impressionnante et chacune des répliques est digne de figurer dans le dictionnaire des citations à ressortir lors d'un prochain meeting syndicaliste.

La Compagnie Mises en scène (quel nom terrible, décidément) sait jouer sur les variations de rythme inhérantes à l'écriture d'Enzo Cormann - l'auteur de théâtre est également musicien de jazz et ça s'entend. Les comédiens dosent très bien comique et réalisme dans leur interprétation de la classe dirigeante. Le public est converti. Du théâtre intelligemment politique.

Cairn d'Enzo Cormann, mise en scène Agnès Régolo au 59ème festival d'Avignon (off)
du 12 au 27 juillet 2005 à 11h00, relâche les 13, 15, 17, 19, 21, 23 à l'Entrepôt
Réservations 04 90 88 47 71

Quelques pas de danse dans le off - Nathalie Béasse

Posté par JdF le 18.07.05 à 12:43 | tags : avignon off, festival d'avignon 2005
Pas de deux - la Danse théâtre selon Nathalie BéasseAu Grenier à Sel où je m'étais rendue pour voir un spectacle d'objets (c'est bien, les objets, c'est souvent moins agaçant que les humains) sans avoir pris garde au fait que le spectacle en question ne commençait que la semaine suivante, je me suis trouvée, un peu par hasard, devant un spectacle de danse/théâtre. C'était chorégraphié et mis en scène par une certaine Nathalie Béasse (qui a notamment travaillé avec le mirifique groupe Zur ndlr).
Ce spectacle m'a confirmé qu'une même personne n'était pas forcément apte à assumer les deux rôles. Dans le cas précis, le spectacle est découpé en trois scénettes : les deux premières étant plutôt des sketches joués sans parole (ou dans des langues étrangères), la troisième étant dansée. Nathalie Béasse parle, dans la plaquette consacrée au spectacle, de trois "paysages", d'où le titre. Personnellement, je distingue difficilement la relation entre cet énoncé et le spectacle : il n'est pas vraiment question de paysages (pas même de paysages intérieurs) mais de rapports interpersonnels entre des hommes et des femmes. Ces rapports sont montrés dans les deux premières scènes de façon minimale et pour tout dire assez fruste : gestes d'approche, mouvements non synchronisés aussi évoquant - on peut du moins l'imaginer - l'incompréhension mutuelle.
Heureusement, les deux danseurs, intervenant dans la troisième scène, donnent au spectacle la tension et le lyrisme qui lui manquait précédemment. Carole Bonneau donne à ses envolées une chaleur et un dynamisme qui fait pendant à la danse de son partenaire, Ivan Fatjo, remarquable d'intensité retenue, évoquant par des mouvements entravés et comme involontaires, par des tremblements et des déséquilibres maîtrisés, un personnage miné par l'angoisse et la prostration.

Landscape de Nathalie Béasse au 59e Festival d'Avignon (Off)
Reprise. Au Grenier à Sel jusqu'au 18 juillet [photo Jeff Rabillon DR]

Puur porte mal son nom - Wim Vandekeybus

Posté par JdF le 16.07.05 à 20:36 | tags : festival d'avignon 2005, danse

Puur par la cie Ultima VezLa petite échappée (Tour de France oblige, vous n'échapperez pas à de truculentes métaphores cyclistes, tenez-vous le pour dit), cette petite échappée vers le plat pays que nous ont concoctés les jeunes codirecteurs du Festival d'Avignon, ne nous gratifie d'aucune des sensations fortes que l'on en attendait. Julien a déjà écrit tout le mal qu'il pensait d'Histoire des larmes de Jan Fabre, lequel Jan Fabre nous étant présenté comme le Messie en personne. Mais quid des autres ? Un peu à l'écart d'Avignon, à la Carrière de Boulbon, se joue Puur (se danse et se projette, car ici tout est mêle comme de juste) de Wim Vandekeybus et la compagnie Ultima Vez (lire précédemment la chronique de Sonic Boom du même Wim Vandeybeybus sur Flu ndlr).
Le spectacle dénote un grande maîtrise de l'espace, des éléments scéniques et les danseurs sont pleins d'allant. Les scènes chorégraphiées sond donc d'une prestance tout à fait appréciable. Cela n'est pas le cas des scènes jouées ni surtout du film projeté en arrière fond, où l'ont voit des enfants, une jeune femme, puis un homme, terrorisés, martyrisés ou assassinés par un personnage barbu qui évoque un nain de Blanche-Neige. Ce que Wim Vandekeybus tente de raconter à travers tout ça est, dans le meilleur des cas incompréhensible, dans le pire, parfaitement inepte.
Reste le plaisir de cette carrière que l'on voit apparaître de loin sur la route, tout environnée de petites lumières, et qui donne, une fois qu'on se trouve assise dans les gradins, une impression parfaitement rassénerante. Les parois de craie qui nous environnent, les cigales et une légère brise rendent donc (abstraction faite de moustiques particulièrement vindicatifs) la soirée tout à fait agréable.

Puur
de Wim Vandekeybus / Cie Ultima Vez, au 59e Festival d'Avignon
Carrière de Boulbon, jusqu'au 22 juillet
[Festival d'Avignon : Photo : © Fred Nauczyciel/see-you-tomorrow]


Même pas mort ! Jean-François Sivadier monte La Mort de Danton

Posté par JdF le 15.07.05 à 17:38 | tags : théâtre, festival d'avignon 2005, jean-françois sivadier
La Mort de Danton dans la cour du Lycée Saint Joseph "Enfin du théâtre !" pourrions-nous nous écrier, s'il fallait hurler avec ceux qui se plaignent de ce qu'Avignon n'est plus Avignon, parce qu'il n'y aurait pas de "théâtre" cette année dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. Encore faudrait-il s'entendre sur le terme. Parce que sans être ni vraiment de la danse, ni vraiment du théâtre, ni vraiment une installation, un spectacle peut quand même être quelque chose. Sans en avoir forcément besoin d'en conclure par l'hybridation des genres... Bref, ce n'est pas le moment d'entrer dans le débat car si je suis venue me visser devant cette machine aujourd'hui, c'est pour parler de La Mort de Danton : le spectacle de Jean-François Sivadier. Ici, à Fluctuat, on avait déjà parlé La Vie de Galilée qu'on avait beaucoup aimé.
Avec La Mort de Danton, Sivadier démontre à nouveau que ce sont des motivations sincères et réfléchies qui l'ont guidé dans le choix qu'il fait de mettre en scène un texte. La Mort de Danton a été écrit par Georg Büchner alors qu'il désespérait de voir un jour advenir une république dans les Etats allemands, en Hesse, en l'occurrence. Les mouvements révolutionnaires de 1830 avaient été réprimés et Büchner pensait que le moment était peut-être venu d'engager une réflexion sur le devenir d'une révolution, celle qui servit de modèles à tous les révolutionnaires du XIXe siècle : la Révolution française.
Tous les personnages de Büchner sont pétris de contradictions, Danton, Robespierre et les autres sont face à une aporie. Il s'agit de continuer la révolution et faire advenir un état social plus juste, sortant le peuple d'une misère qui l'entraîne à s'en prendre à tous ceux qu'il soupçonne de conspiration ou d'accaparement des biens de consomation qui font si cruellement défaut. C'est une escalade de violence institutionnelle qui finira pas coûter le vie à ceux-là même qui l'avaient prônée. Dans la pièce de Büchner, on n'en est pas encore là : l'heure de Thermidor n'a pas encore sonnée. Danton est condamné pour avoir mené un train de vie indécent eu égard aux privations endurées par ceux dont il se dit le représentant. En plus, c'est un jouisseur, ce qui n'a pas l'heur de plaire à Robespierre, qui entend incarner une vertu qu'il dit "révolutionnaire".
Büchner utilise des discours qui ont réellement été tenus par des protagonistes de sa pièce, qu'il mêle à des chansons populaires allemandes et à bien d'autres chose, obtenant ce que la modernité a appelé un montage. Cela, Sivadier en tient compte puisqu'il prend quelques libertés avec le texte en remplaçant les chansons qui étaient familières aux oreilles de l'époque par un poème d'Aragon mis en musique par Brassens. C'est bien trouvé car Aragon est le poète français qui a, pour beaucoup, incarné l'idéal révolutionnaire (c'est du moins ainsi qu'il se définissait) tout en s'attachant à perpétuer une tradition lyrique présente dans le répertoire populaire. Par ailleurs, Sivadier utilise des éléments de décor mobiles qui ont de multiples fonctions, le spectacle étant rythmé par des rupture de ton permanentes. Nicolas Bouchaud qui incarne Danton est aussi convainquant qu'il l'était en Galilée (cf chronique et entretien sus cités). Les personnages féminins qui ont, dans la pièce, un relief tout à fait remarquable pour un temps où le féminin était reduit à quelques images d'épinal, ont ici des actrices à leur mesure. C'est donc avec ferveur et inventivité que Jean-François Sivadier réussit à redonner vie, non à Danton, mais aux mots de Büchner.

La mort de Danton mise en scène JF Sivadier, au 59e Festival d'Avignon
dans la Cour du Lycée Saint Joseph, jusqu'au 16 juillet 
[Festival d'Avignon : Photo : © Fred Nauczyciel/see-you-tomorrow]


Christian Rizzo au festival d'Avignon

Posté par fluctuat.net le 14.07.05 à 10:35 | tags : festival d'avignon 2005

Signalons ici la reprise de Soit le puit.. au festival d'Avignon. Nous avions vu au théâtre de la Ville en juin la dernière création de Christian Rizzo. Non seulement vue, mais appréciée, aimée, et chroniquée (lire l'article "Du concept rêveur", en rubrique Scènes du mag). Le titre complet du spectacle ?  Soit le puits était profond, soit ils tombaient très lentement, car ils eurent le temps de regarder tout autour. Un clin d'oeil à Lewis Carroll...

Soit le puits était profond,
à 22h au Cloître des Carmes, 
 49e festival d'Avignon
Les 19, 20, 22, 23, 24 et 25 juillet 2005


The Biography Remix, Marina Abramovic par Michael Laub

Posté par Julien le 12.07.05 à 19:56 | tags : festival d'avignon 2005, danse

photo : Rest Energy, version Biography Remix, 2005Le metteur en scène néerlandais Michael Laub croise depuis trois décennies le chemin de Marina Abramovic, la « grand-mère de la performance ». Il applique ici au registre des multiples performances de cette dernière, les principes musicaux du sampling et du copier-coller. The Biography Remix égrène les années, de la naissance de Marina Abramovic en 1946, jusqu’en 2005. Pour chacune, un panneau lumineux va lâcher quelques bribes autobiographiques. Pendant ce temps, des extraits de ses performances sont projetés, ou rejoués par Abramovic et ses étudiants.

Il y a certes un paradoxe à re-présenter aujourd’hui ces « actions » comme des œuvres autonomes, alors que chacune d’elles s’inscrivait pour un espace et un temps singuliers. Mais c’est justement hors de leur contexte que ces performances révèlent véritablement leur inscription temporelle. D’abord dans le temps historique, parce que plusieurs témoignaient de la situation socio-politique de l’ex-Yougoslavie, où est née Marina Abramovic. Dans le temps de l’histoire de l’art ensuite : parmi ces « actions », certaines comme Rest Energy, sont passées à la postérité.

Mais c’est le troisième temps qui est ici le plus riche : le temps biographique, celui de « l’individu Abramovic ». Car pour qui ne connaît pas ou ne s’intéresse pas à cette histoire de l’art, The Biography Remix est loin d’être hermétique. Ayant comme sujets des événements individuels de son existence, la plupart des « actions » d’Abramovic témoignent d’un souci authentique de ne jamais séparer son art et sa vie. Une fois misent en boucle, poussées à l’extrême ou à l’absurde lors de ses performances, les situations cessent d’être individuelles, pour fonctionner comme des paraboles sociales, affectives ou philosophiques.

Le plus bel exemple est la performance Great Wall Walk : en 1987, Marina Abramovic et son compagnon Ulay étaient chacun partis d’une extrémité de la Grande Muraille de Chine, pour se retrouver en son milieu. Mais pour se séparer définitivement en tant que couple. Pendant toute la durée du festival, une rétrospective du travail vidéo de Marina Abramovic est visible, et le 16 juillet elle présente Brutal Education, un projet réalisé avec l’Ecole d’Art d’Avignon.

The Biography Remix de Marina Abramovic et Michael Laub, au 49e Festival d'Avignon
Jusqu’au 14 juillet, Salle Benoît XII, 19h
- Installations vidéos de Marina Abramovic
Jusqu’au 27 juillet, Chapelle Saint Charles, 11h & 18h
- Brutal Education de Marina Abramovic et du groupe IPG, avec l’Ecole d’Art d’Avignon
Le 16 juillet, Ecole d’Art d’Avignon, 15h & 21h [Festival d'Avignon ; Photo © Raynaud Christophe de Lage]


Où sont les barbares ?

Posté par JdF le 12.07.05 à 18:08 | tags : théâtre, festival d'avignon 2005
Anathème de Jacques Deculvellerie, au Cloître des Célestins

Comme son titre l’indique, Anathème rappelle dans une litanie les tueries et massacres perpétués tout au long des pages de l’Ancien Testament. Dieu s’y montre impitoyable, ordonnant inlassablement à son peuple de persécuter les adorateurs d’idoles et autres infidèles. Durant les deux tiers du spectacle, la cour du Cloître des Célestins est désertée, un tableau représentant de grands espaces paradisiaques et vides d’humains est projeté sur le fond de scène. Les acteurs, chanteuse et musiciens sont situés sur des estrades juchées en hauteur, de part et d’autre du plateau. Durant la dernière partie, le fond de scène s’ouvre sur un couloir tapissé d’un papier réfléchissant, un homme en sort, il est noir et sa tête est bandée. Il se dévêt et sort d’un sac en papier un tête d’homme. Qui pourrait être la sienne.
Le processus alors est enclenché : des femmes et des hommes de tout âge suivent ce qui paraît comme une consigne dès qu’ils franchissent le seuil et se trouvent sur scène : ils ôtent leurs montres, bijoux, lunettes, vêtements et viennent rejoindre le groupe. Le tout force le spectateur à assumer le rôle du bourreau.
Tout se passe comme si c’était lui qui ordonnait ce sinistre protocole. Jacques Delcuvellerie (que l'on connait pour avoir mis en scène Rwanda 94 avec le collectif Groupov ndlr) entend-il engager son public à assumer une responsabilité collective ? Au-delà de cette problématique, du reste contestable, quel est le rapport avec les litanies bibliques qui se poursuivent ? La lecture de la plaquette nous apprend que ces hommes et ces femmes sont supposés évoquer le sort des victimes du génocide nazi…
On s’en était douté durant le spectacle en se demandant si Delcuvellerie y voyait une revanche de l’Histoire. On peut lui accorder le bénéfice du doute et penser que l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions. Tout cela démontrant enfin que l’on ne pense pas la barbarie à coup de raccourcis qui l’appréhendent de manière abstraite comme l’émanation d’un Mal qui serait constitutif de l’humain.
Pour en savoir plus, le mieux est encore de venir demain écouter le metteur en scène se confronter à ce vaste champ de réflexion, en compagnie de Françoise Héritier et Annette Wieviorka dans le cadre des Conférences Le Théâtre des idées (info ci dessous).

Anathème de Jacques Delcuvellerie / Groupov, au 59e Festival d'Avignon
Au Cloître des Célestins les 10, 11, 12, 13, 15 juillet 23 € / 19 € [Festival d'Avignon © Lou Hérion]
- Conférence "Pour le meilleur et pour le pire : l'homme entre culture et barbarie"
Gymnase du lycée Saint-Joseph Mercredi 13 juillet 15h Entrée libre
Avec Jacques Delcuvellerie, metteur en scène Françoise Héritier, anthropologue Annette Wieviorka, historienne


B.#03 Berlin de Roméo Castellucci

Posté par Julien le 12.07.05 à 16:26 | tags : théâtre, festival d'avignon 2005
B.#03 Berlin de Roméo CastellucciB.#03 Berlin est le 3e épisode de la Tragédia Endogonidia, cycle de 11 épisodes commencés en 2002, ayant pour nom et lieu de création une grande ville européenne.

Endogonida, signifie « qui se reproduit soit-même par scission ». Le principe de cette série organique est en effet de générer un système dramatique, sur le thème de la tragédie et de ses déclinaisons actuelles, à partir du territoire géographique et symbolique de chacune des villes abordées. B.#03 Berlin est à fois la parabole de la vie d’une femme, confrontée à la violence, la mort et à l’enfantement, et une allégorie de l’Allemagne dans son rapport à la barbarie et la métamorphose.
Un épais rideau de gaze vient partiellement dérober la scène au regard, installant entre eux une distance froide : tous les éléments de la Tragedia, et B.#03 en particulier, sont très cinématographiques et marquants visuellement. Plusieurs plans symboliques se superposent et se croisent constamment, Castellucci jouant en permanence sur l’équivoque des symboles et les frontières entre cauchemar et conte de fée. A l’instar de Lenz Rifrazioni, autre metteur en scène italien venu d’Emilie Romagne, et de son travail remarquable sur Blanche-Neige (Biancaneve) de Grimm en 2001, Castellucci montre la violence sous-jacente aux récits populaires. Dans B.#03 les figures enfantines, arc-en-ciel, lapins en peluches, mobile en forme de lune, deviennent littéralement effrayantes.

Rappelons que Roméo Castellucci a fondé la Societas Raffaello Sanzio en 1981 avec sa compagne Chiara Guidi et sa sœur, Claudia Castellucci. Il y tient les rôles de metteur en scène, de scénographe et de créateur lumière, dans un souci constant de générer ensemble les matériaux plastiques et dramatiques.

La semaine prochaine, c’est le 4e opus, BR. #04 Bruxelles, pièce sur les représentations du vieillissements, qui sera à l’affiche. Par ailleurs, dès le commencement du cycle de la Tragedia Endogonidia, Castellucci et la Societas Raffaello Sanzio avaient conçu des « Crescite », série de « croissances » qui sont autant de variations à partir de chacun des spectacles-étapes. Ils présentent à Avignon Crescita XII et Crescita XIII.

B.#03 Berlin de Roméo Castellucci, 59e festival d’Avignon
Au Théâtre Municipal jusqu’au 16 juillet 2005, 19h

BR.#04 Bruxelles du 20 au 23 juillet, Gymnase du Lycée Réné-Char, 18h
Crescita XII Avignon, les 14,15, 16 juillet au Cloître Saint Louis (studio de l’ISTS)
Crescita XIII Avignon les 18, 19, 20 juillet, navette devant la Grande Poste
[Festival d'Avignon, Photo © Luca del Pia]

Avignon, le public réinventé ?

Posté par Julien le 10.07.05 à 18:22 | tags : festival d'avignon 2005, des planches et des livres

Ouverture du 59e festival d’Avignon, du 8 au 27 juillet


MAJ : Voir aussi l'actualité du festival d'Avignon 2006

Cette année, pour parler du Festival d’Avignon, Flu tente une nouvelle entrée : le public, les spectateurs du festival, dont vous faites peut-être partie pour cette cuvée 2005. À la main, un livre paru il y a un an, sous la direction du sociologue Emmanuel Ethis : Avignon, le public réinventé [1]. Résultat collectif de 5 années d’enquête dans la Cité des Papes, cette série d’analyses et de portraits place le festival sous le regard des sciences sociales, pour l’appréhender à travers son public et toutes ses spécificités.
Il s’agit ainsi de revenir sur un des principes fondateurs du Festival d’Avignon : la volonté de « fabriquer » un public qui soit le plus diversifié possible, au-delà du seul cercle des initiés du théâtre. Plus de cinquante ans après sa fondation, que reste-t-il de ce credo ? À quoi ressemblent les spectateurs du festival d’Avignon en ce début de siècle ? Forment-ils cette « communauté » que Jean Vilar réclamait de ses vœux ?
Une des vertus de ce livre est de démonter les idées reçues à tour de bras. Par exemple, la réalité de la frontière symbolique entre le festival In et le Off. La plupart des festivaliers cherchent en effet à maximiser leur séjour en passant de l’un à l’autre. Ou encore, le supposé "parisianisme" du public d’Avignon : la majorité provient de PACA et de Rhône-Alpes.
Pas vraiment une lecture de vacances me direz-vous ? Au contraire, tout en restant scientifique, l’ouvrage passe comme un roman et regorge d’anecdotes croustillantes sur les us et coutumes des festivaliers, qui eux-mêmes sont bien souvent autant en représentation que ceux qu’ils viennent applaudir. À ce titre, le chapitre 9, petite sociomorphologie des festivaliers ordinaires est une galerie de caractères valant son pesant de cacahuètes : l’expert, la discrète, le fétichiste, l’agrégée, le vétéran, l’ami du festival… Allez, promis, à partir de demain on vous parle des spectacles dans ce blog...

[1] Avignon, le public réinventé : le Festival sous le regard des sciences sociales
Sous la direction d’Emmanuel Ethis, La documentation Française, 2004
www.ladocumentationfrancaise.fr




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