Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.
Fil d'actu : Festival d'Avignon archives (page 4)Fil Rss Festival d'Avignon
Toute l'actu du festival d'Avignon 2007. 

Les petites perles du Off - Système Castafiore

Posté par Catherine le 14.07.07 à 16:16 | tags : festival d'avignon

castafioreEncyclopédie des tendances souterraines, spectacle de danse proposé par Système Castafiore, se joue sur une bande-son pour le moins inhabituelle : très peu de musique, mais un enchevêtrement de bribes de causeries philosophiques ou de débats d'experts, d'extraits de bande-son de film ou de série télé, de cling, de bang, de dring... Loin de toute illustration réaliste, loin aussi du mime, les comédiens-danseurs se saisissent de ce patchwork sonore et le font résonner avec leur corps au plus près du sens premier de chaque mot et dans l'instinct éveillé par chaque syllabe, chaque bruit, chaque souffle. Les échanges n'en sont pas simplement amplifiés, ils passent carrément dans une autre dimension.
Imaginez l'un de vos rêves les plus farfelus où une femme aux cheveux violets serait poursuivie par un ours au ralenti tandis que Louis de Funès ferait la grimace à un danseur grec au long nez. Un flot de tableaux colorés dont l'enchaînement obéit à la logique abstraite de l'inconscient, c'est à cela que ressemble Encyclopédie des tendances souterraines. Un de ces rêves fascinants dont la signification en appelle à Lacan et dont on se souvient très longtemps.

Encyclopédie des tendances souterraines par Système Castafiore (compagnie conventionnée, Provence-Alpes-Côte d'Azur)
Un petit bijou du Off présenté au Studio des Hivernales (www) tous les jours à 20h30
Avignon Festival Off
Photo @Karl Biscuit




Etat de marche - balade franco-belge

Posté par Catherine le 14.07.07 à 15:38 | tags : festival d'avignon
etat de marcheA Avignon, le théâtre des Doms est un lieu à fréquenter, et pas seulement pour son si agréable jardin à brumisateurs intégrés, ni seulement pour ses bières belges ou sa limonade / sirop de gambetta, boisson excellemment rafraîchissante. Non bien sûr, ce qui nous intéresse, c'est ce qu'on peut y voir (si si, je vous assure). Et si les bières sont belges, c'est que la programmation l'est également. Et les Belges sont sympas, c'est bien connu. Bref. Très sympa, la proposition de Laurence Vielle et Jean-Michel Agius l'est assurément.
Elle habite à Bruxelles, lui à Paris. Elle a le goût des mots, il a le goût du mouvement et des images. Las du TGV, ils ont décidé de relier leurs deux lieux de vie à pied via Boulogne-sur-mer. Soit 600 kilomètres de marche. Leur périple s'est terminé en juillet 2006 et tout naturellement, ils en ont fait un spectacle. Aussi concrets que poétiques, les mots de Laurence Vielle touchent, amusent, captivent. Faussement naïfs, ils nous emmènent directement de la sandale de marche à la lune mais racontent sans candeur les rencontres nouées au fil du voyages. Même les moins agréables, comme ce soldat qui explique pourquoi il est préférable de tirer sur les civils. Jean-Michel Agius, quant à lui, propose des images captées lors de leur périple franco-belge et une évocation dansée de leur expérience. Le couple de marcheurs est accompagné d'Elie Rabinovitch à la batterie, toute en délicatesse, et de Catherine Graindorge au violon, dans une utilisation aussi personnelle qu'envoûtante de l'instrument. Bien sûr, le tout n'est qu'échange et interactivité, dans une constante bonne humeur et dans un rythme aussi tranquille que celui d'une promenade.
Le randonneur trouvera dans Etat de marche son saoul de détails relatifs à la pratique de la marche, le Parisien son lot de références bobos, et le Bruxellois se retrouvera sur la carte de la Belgique dépliée sur le plateau. Et pour poursuivre la rencontre avec ce couple si attachant, on peut encore consulter leur blog : http://www.etatdemarche.net/

Etat de marche, de Laurence Vielle et Jean-Michel Agius, au théâtre des Doms, tous les jours à 16 heures
Avignon Festival Off







Les Murgeros déconcertent le public du In

Posté par JdF le 14.07.07 à 13:41 | tags : festival d'avignon

Je ne comprends pas : dehors une foule qui fait la queue des heures durant et parmi laquelle certains deviennent hystériques lorsqu'ils comprennent qu'ils n'auront pas de place ce soir pour Bleue. Saigante. À point. Carbonisée de Rodrigo Garcia, et dedans, une foule de spectateurs qui font la fine bouche devant un spectacle qui, s'il n'a pas la cruauté poigante de Jardinage humain, se situe quand même haut par rapport à la moyenne de la production théâtrale. Qu'est-ce que les gens s'attendent donc à voir ? C'est connu maintenat que Garcia aiement faire exploser les poulets, pisser les acteurs sur scène et leur faire faire s'enfoncer des spagetthi (cuites) dans l'anus. À côté des réjouissances de Jardinage humain ou de J'ai acheté une pelle chez Ikéa pour creuser ma tombe, Rodrigo Garcia, avec Bleue. Saigante. À point. Carbonisée paraît bien assagi. Rien de décevant pourtant. Garcia ne tient pas un discours misérabiliste et ne cherche pas à que les spectateurs s'appitoient sur ses personnnages. Ce que le programme explique est bien ce qu'on voit Garcia fait jouer des Murgeros, gamins de la rue, ceux qui ont déserté le toît familial, ou qui en ont été chassé, ou qui n'en ont jamais eu et qui inventent une socialbiiité qui leur est propre (toute masculine pour ce que le spectacle donne à en voir).

Alors quoi ? Ils emploient des codes que l'on retrouve dans toutes les cités des pays riches, dans tous les bidonsvilles des pays pauvres : une gestuelle expressive et très tactile, des interjections, une manière d'occuper l'espace par leur corps et par leur voix qui témoigne que sa possession est crucial pour ceux qui n'ont pas de refuge hors de la rue. Ces codes culturels internes sont internes à chaque communauté de Murgeros, mais renvoient tous à un modèle dominant : une culture transmise par la télé, consumériste, celle dont toutes les sociétés du monde abreuvent leurs pauvres. Eh pourtant, s'y greffe une autre forme de culture populaire : celle du carnaval, de la fête durant laquellela collectivité se réappropprie la rue, qui, pendant quelques heures, n'est plus le théâtre et l'enjeux d'affrontements entre des groupes d'enfants, de traficants, de policiers, mais est rendue à sa vocation d'espace communautaire.

La seconde partie aborde l'idée d'un lien problématique entre la mémoire et le langage. Déjà, au début du spectacle, l'écran avait présenté l'assertion suivante : "L'histoire est une répétition qui a juste à voir avec les hormones". Bon, à méditer... Ensuite, l'acteur Juan Loriente raconte l'histoire d'une vache rendue folle par la disparition de son veau qui se conduit comme une enragée, démolit la porte de son étable ("comme Tex Avery lorsqu'il laisse sa silhouette parfaite dans un mur de brique au travers duquel il est passé"), et terrorrise le village. À la question de savoir combien de temps dure un tel état,la fermière répond "Deux jours"; Et à Loriente de se demander si une telle propension à se remettre d'un désespoir aussi violent ne pouvait être appliquer à l'homme. Est-ce une question d'hormones comme le suggère la phrase citée plus haut, et que le stimuli chimique de la sensation de perte peut être maîtrisé ? Sauf qu'il y a le langage, dont Garcia dit que ce n'est pas nous qui l'avons en nous, mais lui qui nous a en lui. Novarina dit aussi cela mais en tire d'autres conclusions. Car si la vache se souvient durant deux jours et nous, durant toute notre vie, c'est peut-être parce que nous verbalisons et donc archivons nos affects. Et si c'est ainsi, où est le remède ?

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Le monde enchanté d'Éléonore Weber

Posté par JdF le 14.07.07 à 10:53 | tags : festival d'avignon

C'est une blague, bien sûr : le monde d'Éléonore Weber n'a rien d'enchanté. Mais ça, on pouvait s'en douter dès le titre : Rendre une vie vivable n'a rien d'une question vaine. Pour elle, la vie telle qu'elle est n'est pas totalement vivable. On peut la comprendre. En revanche, ce à quoi on peut ne pas adhérer, c'est la façon qu'elle a d'y répondre. Et je vous avoue que c'est mon cas. Cette fois, j'étais seule, sans Catherine qui aurait pu aimer (enfin, ça m'étonnerait) et vous faire un billet sur le thème "Éléonore Weber, j'adore !" Comme je l'ai fait pour Fiat. Donc là vous aurez le jugement négatif. Pas que négatif, d'ailleurs. Il a de beau passages : le monologue final est remarquable, et les propos des jeunes "a", pour "asexuels" qu'Éléonore Weber n'a pas écrits, mais qu'elle a retranscrit des témoignages lus sur un forum.

Il est d'ailleurs curieux que dans ce spectacle qui pose d'emblée la sexualité comme centrale dans la construction de l'individu, ce soit les passages consacrés à l'asexualité qui sont empreints de la plus grande sensualité. Alors que le discours d'ouverture sur l'orgasme ou le rapport sexuel mimé de manière parodique sont glacés, déreangeants et même franchement exaspérants, les acteurs torses nus, qui s'effleurent et exposent les raisons et les modalités de laur asexualité offrent les moments les plus incarnés du spectacle.

 Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Novarina dans la cour d'honneur

Posté par JdF le 13.07.07 à 19:16 | tags : festival d'avignon

Hier avait lieu la dernière de L'Acte inconnu, de et mis en scène par Valère Novarina. On se souvient qu'il y a un an, le même auteur avait mis en scène son Espace furieux, à la Comédie française, que Catherine avait décliné sous forme de pastiche. Moi, je ne l'avais pas vu, mais j'étais sceptique. Alors là, je me suis lancée : "Novarina dans la cours d'honneur, j'y vais !". Eh bien, j'ai été à peu près convaincue. Pourtant, sa fascination pour la langue, qui serait comme une entité organique autonome que nous croyons posséder, mais qui, en réalité, nous posséderait, je n'y adhère pas totalement. Bon, je sais que c'est métaphorique et que cela rejoint le "ça parle" de Lacan. Mais, les pièces de Novarina que j'avais vues ne m'avaient pas enthousiasmée comme elle enthousiasment certains. Je trouvais son écriture virtuose, mais je n'arrivais pas à en tirer grand-chose. C'est donc sur ces présupposés que je me dirigeais hier vers le Palais des Papes.

Eh bien, deux bonnes heures et demie sous le mistral plus tard (il ne fallait pas se fier au programme, qui indiquait 2H12 - il faut dire que ce 12 avait l'air d'un canular), je me disais que Novarina avait quand même réussi son coup : il a investi ce lieu non seulement d'une parole qui lui est propre, mais aussi de sons. Les accordéons, je sais qu'ils apparaissent souvent dans ses spectacles, mais, en l'occurrence, il trouvaient leur place, on pouvait même regretter qu'ils ne soient pas plus présents, surtout qu'à un moment 22 accordéonistes arrivent, jouent une ritournelle et repartent pour ne revenir qu'au salut, c'est pas du gâchis, ça ? Mais je reprends : de sons, et puis surtout d'images qui demeurent rtrès fortes une fois le spectacle terminé. Ainsi Novarina utilise le mur du Palais en plaçant ses personnages au fenêtre et sur le toît. C'est très beau, et on peut regretter qu'il ne l'utilise pas plus. Là encore, je sais bien qu'il n'est pas le premier, que ces fenêtres servent sans doute depuis le permier festival, mais en ce qui concerne L'Acte inconnu, cela s'intègre dans cette grande cosmogonie de l'humanité, parlante, souffrante et riante aussi : le spectacle a cela de bienvenu qu'il se situe du côté de l'autodérision (c'est du moins comme ça que je l'ai perçu) et que tous ces acteurs semblent heureux d'être là. Qu'ils jouent des animaux, des hommes/femmes politiques, qu'ils chantent, se lamentent, ils jouent à "hommer".

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage 




Christophe Fiat, j'adore !

Posté par JdF le 13.07.07 à 18:37 | tags : festival d'avignon

Bon, je sais, tout le monde n'avait pas l'air de mon avis dans le public rassemblé salle Benoît XII, pour voir La jeune fille à la bombe. Il faut dire que Fiat et sa bande ânonaient leur texte dos aux spectateurs, chacun devant son micro, avec à certains moments, Christophe Fiat qui s'empare de sa guitare pour jouer un truc, une phrase, toutjours la même (Catherine m'a dit que ça s'appellait une boucle et qu'il y avait des machine pour les répéter automatiquement, mais bon, apparemment Fiat, il préfère l'artisanat), une boucle, donc, et puis les danseurs qui se contorsionnent quelque peu et la soprano, tournée cette fois vers le public qui chante un morceau de musqiue baroque. Je comprend les critiques qu'on peut faire à cette mise en scène ou mise en espace. C'est vrai que les chanteurs-danseurs-acteurs ne bougent pas beaucoup, qu'ils lisent avec l'application d'élèves de CE1 qui récitent leur leçon. Bon, à l'argument : "mais c'est exprès", je comprends que d'aucun réponde " Et alors ?", mais moi, cela ne m'a pas gênée. Pourquoi ? Parce que Christophe Fiat, j'adore ! Eh oui, c'est aussi simple que cela.

D'abord, il est beau. Alors, pour ça, Catherine n'est pas d'accord. Mais elle n'y comprend rien. Bon, et puis quoi encore ? Eh bien, j'ai été captivée par son histoire : il s'agit d'une mère et sa petite fille en vacances en Franche-Comté (d'ailleurs, la Franche-Comté, j'adore aussi, mais je ne vous en parlerai pas cette fois-ci,ça serait trop long). Et l'on passe à un récit fantastique : la voiture se transforme (sans que cela ne gêne vraiment les personnages), devient une Buick (hommage au cinéma hollywoodien), et puis, on explique à Nathalie l'héroïne, qu'a cause de Tchernobyl, les alarmes des voitures se déclenchent tout seules, qu'on entend parfois des explosions etc. Nathalie au début n'y fait pas attention, surtout que son problème n°1, c'est sa sœur, Louise, qui a disparu en Afghanistan. Et puis l'hitoire se complique, je vous passe les détails, mais sachez que l'affaire se termine par un combat sanguinaire qui laisssera un survivant, mais aucune survivante.

Car l'histoire imaginée par Christophe Fiat mêle les événement de notre histoire récente à tout un univers qui le hante, un univers qu'on ne sait pas bien comment nommer sans employer une appellation péjorative telle que "culture populaire", "culture de masse", voire "sous-culture". Pour Fiat, je pense que cette culture n'a pas de nom en particulier, que les films de série B, que les best-sellers de Stephen King font partie de la culture. Un point, c'est tout. D'ailleurs, je lui poserai la question cet après-midi, puisque je dois le voir. Je vous retranscrirai l'interview dans un prochain billet.

D'ailleurs Stephen King, il lui a consacré une performance, appellée "Stephen King's stories" durant laquelle il évoquait le processus qui avait conduit S.K. à devenir écrivain, ainsi que les éléments récurrents de son œuvre. Vêtu d'une veste blanche flashy (que j'ai adorée aussi), avec sa guitare sur laquelle il jouait ce que Catherine appelle donc "une boucle". Et il s'arrêtait de jouer, à chaque fois qu'il devait tourner une page de son texte, autant dire souvent, Et puis ça reprenait ainsi que la lescture, qu'il faisait avec cette même application d'élève de CE1. J'en ai déjà parlé. Mais là, le public suivait plus. Je pense que c'est parce qu'il avait une telle conviction Fiat dans sa défense et illustration de Stéphen King, et qu'au fond, l'effet répétitif, la boucle, la page qu'on tourne, l'inexpressivité volontaire de l'élocution, renforce la sensation que Fiat rend un vrai hommage à l'écrivain américain. Il reste en retrait et pourtant touche le public. Et sa performance atteind son but.

Crédit photo : © Christophe Raynaud de Lage




Avignon - considérations pratiques

Posté par Catherine le 13.07.07 à 11:53 | tags : festival d'avignon

Ces dernières années, c'était embêtant : plusieurs associations revendiquaient la représentation des compagnies présentes à Avignon hors le circuit officiel, le festivalier se retrouvait pris au milieu de querelles intestines et il n'aimait pas trop ça.
Cette année tout va mieux - semble-t-il. Une seule association pour le Off : "Avignon Festival & Cies", une seule carte d'abonnement au tarif unique de 13 euros et surtout, un beau programme bien lourd et bien pratique : les spectacles détaillés lieu par lieu (dans l'ordre alphabétique), et tout un sommaire qui permet de choisir un spectacle selon le titre, l'auteur, l'horaire, la compagnie, le genre, et même la région d'où nous arrive le spectacle ! Seul bémol à la satisfaction du festivalier Avignon catégorie Off : le tarif réduit auquel lui donne droit sa carte d'abonnement s'élève rarement à 5 ou 8 euros, mais bien plus souvent à 10, 16 et même parfois 20 euros.
Une augmentation des prix observée également aux terrasses des restaurants, où il bien difficile de trouver un plat du jour à moins de 10 euros. Ah, ma bonne dame, c'est pas encore demain qu'on estampillera Avignon "festival populaire".

Site internet d'Avignon Festival & Cies: www
Lire la présentation du programme par Nedjma Van Egmond dans le magazine : www




Les Paravents - dialogue avec Frédéric Fisbach

Posté par Catherine le 13.07.07 à 10:36 | tags : festival d'avignon

fisbach

La magie d'Avignon, c'est aussi d'être au plus proche des artistes : non seulement il est très facile de les croiser dans la rue ou à la terrasse des cafés, mais en plus, pour peu qu'on suive attentivement le programme des événements, il est possible d'assister à toute une ribambelle de rencontres, d'échanges, de dialogues, de conférences... C'est ainsi que les spectateurs des Paravents de Jean Genet (lire notre billet), ont pu rencontrer le 11 juillet, dans la cour de l'école d'Art d'Avignon le metteur en scène, Frédéric Fisbach, accompagné d'une partie de son équipe. Pour une fois, le public était invité à s'exprimer sur le mode du "moi je".
"Moi j'ai beaucoup aimé même si j'ai eu du mal à rentrer dans le spectacle, moi j'ai énormément apprécié cette oeuvre poétique extraordinaire mais j'ai trouvé que c'était trop long, moi j'ai été gêné par le fait que les voix soient sonorisées, moi j'ai apprécié les belles trouvailles de mise en scène mais je n'ai pas compris le sens et surtout, j'ai été perturbé de ne pas retrouver la mise en scène de George Blin en 1966..."
Frédéric Fisbach, sereinement, écoute et explique. Oui, la pièce de Jean Genet est très longue. S'il donne la première partie dans son intégralité, il a beaucoup charcuté la seconde et au final, sa version des Paravents est amputée de deux ou trois bonnes heures. Il explique également les circonstances dans lesquelles l'auteur a écrit cette pièce, comment elle était finalement plus un prétexte à l'écriture, et donc une matière littéraire, qu'une oeuvre dramatique destinée à la scène. Il rappelle que Les Paravents, telle quelle, est impossible à monter, avec ses 96 personnages et ses didascalies irréalisables. Il justifie l'utilisation de marionnettes japonaises, éléments totalement étrangers au contexte algérien, par le souhait de tendre vers l'universel plutôt que de chercher à coller à l'actualité. Selon lui, le prisme de l'actualité réduit la portée de cette oeuvre si complexe. Christophe Brault, l'un des "vociférateurs", rappelle par ailleurs que Jean Genet parle lui-même du décalage qu'il faut accentuer lors de la mise en scène des Paravents, et de la "déconnade" que conseillait l'auteur...
Concernant la sonorisation des voix, Benoît Résillot, le comédien qui joue Leïla, explique que le micro placé dans la capuche sous laquelle son visage d'épouse laide est caché, permet un jeu plus intime. Il doute que la poésie de Genet arrive aujourd'hui au spectateur dans toute sa modernité, sans ce filtre technique qui évite la projection de la voix. Après avoir rappelé que les différents médias (vidéo, sonorisation, marionnettes, etc) ne sont que des techniques qu'il faut bien sûr utiliser comme autant d'outils possibles et non comme une fin en soi, Frédéric Fisbach reconnaît qu'on ne peut entrer dans son spectacle instantanément. Le texte de Genet, par sa forme, bouscule de toute façon les codes connus de l'écriture dramatique. Il a essayé d'inventer un système de lecture compatible. Le spectateur doit donc attendre d'avoir reçu les codes de la représentation et ce n'est qu'une fois les conventions posées qu'il pourra se laisser transporter et devenir lui-même acteur de la représentation. Une participation active du public chère au metteur en scène.
De toute façon, pour Frédéric Fisbach, "ce qui est important dans la représentation, c'est ce qui se passe après". Effectivement, un tel échange décontracté sous un beau soleil, dans une cour tranquille, c'est ce qui peut arriver de mieux à un spectacle aussi complexe que Les Paravents.

Photo @Christophe Raynaud de Lage




Un Échange bien décevant

Posté par JdF le 12.07.07 à 16:34 | tags : festival d'avignon

Il faut dire... je me méfiais un peu. J'avais tenu un quart d'heure à Oncle Vania par Julie Brochen, quart d'heure qui m'avait déjà paru bien long et bien compassé avec ses Russes barbus à l'âme toute slave et ses samovars fumants. Mais, bon, je ne pensais pas qu'elle referrai le même coup avec Claudel, parce que Tchekhov, d'accord, ça peut encore passer au premier degré (l'échec personnel, la désillusion, le désastre des vies gâchés et tutti quanti), et on peut toujours justifier (par des arguments que je ne partage pas) de monter Tchékhov en habillant ses acteurs de costumes belle époque, et les faire contempler le lointain, le regard perdu dans le vague, en tournant leur cuillère dans une éternelle tasse de thé brûlant. D'accord pour Tchekhov, Mais pour ce qui est de Claudel et de son Échange, alors là je m'insurge contre le choix de livrer en pâture au spectateur une œuvre dégoulinante de morale, d'un sexisme éhontée et foncièrement réactionaire, sans la probématiser aucunement. Bien que cela n'ait semblé poser problème à personne, j'ai médité sur cette affaire et vous aurez très bientôt mon point de vue circonstancié.




Les paravents - Genet par Fisbach

Posté par Catherine le 12.07.07 à 14:41 | tags : festival d'avignon

paraventsChaque année à Avignon, un artiste associé. Et cette année, Frédéric Fisbach. Parmi les oeuvres qu'il a choisi de présenter, Les Paravents de Jean Genet, reprise d'un spectacle qu'il avait créé en 2002.
"Les Paravents, c'est comment ?" demandait un de nos lecteurs impatients.
Les Paravents, c'est étrange. C'est inhabituel, c'est long et ça bouscule. A l'entrée, distribution de jumelles, comme à l'opéra. Premier tableau : une mère conduit son fils à ses noces. Il est pauvre et doit se contenter d'une fille moche. Suit une scène dans un bordel jouée par des marionnettes japonaises (d'où l'utilité des jumelles), dont les voix émanent d'un homme et d'une femme en costumes gris qui lisent le texte depuis un côté du plateau. Une lecture non pas plate et sérieuse, mais vive et habitée, avec ce qu'il faut d'accents, de hauteurs de ton et de défauts d'élocution pour caractériser clairement les différents protagonistes. Les deux comédiens chargés des voix sont appelés des "vociférateurs", du terme correspondant à la tradition des marionnettes japonaises. Mais cela ne veut pas dire qu'ils hurlent dans leur micro (car oui, toutes les voix, mêmes celles des comédiens sur scène, sont reprises au micro). Ils jouent, ils s'amusent, tout simplement, avec modulation...
Suivent ensuite différents tableaux où personnages de chair et d'os - la mère, le fils (Saïd) et la brue (Leïla), succèdent ou rencontrent pléthore de personnages de bois, mus par des fils qu'actionnent des marionnettistes japonais, silhouettes invisibles, quoique pas toujours hors action. Des images vidéos prolongent également l'espace, que traversent parfois des ombres...
Les Paravents démarre avec une traditionnelle histoire de dot, mais la pièce emprunte rapidement des chemins aussi divers qu'imprécis, où les morts ne sont pas nécessairement inertes et muets et où l'amour faillit même jaillir entre Saïd et Leïla, les époux maudits. Le spectateur sait que le soufre de la guerre d'Algérie empeste par dessous tout ça. Au bout des quatre heures de spectacle (entracte comprise), il n'a pas forcément tout compris - ou il n'a forcément rien compris - mais il a l'impression d'avoir suivi. Et c'est tout le mérite de la mise en scène de Frédéric Fisbach que de réussir à rendre concret le long poème délirant de Jean Genet.

Les Paravents de Jean Genet, mise en scène Frédéric Fisbach, au Théâtre Municipal d'Avignon
Avignon In 2007
Photo @D.R.




Nous revoici en Avignon

Posté par JdF le 11.07.07 à 10:05 | tags : festival d'avignon
nousA y est ! Nous voici de nouveau en Avignon. Un petit point sur les conditions climatiques : temps frais par rapport aux dernières années, et hier soir, devant L'Échange mis en scène par Julie Brochen, après avoir craint de devoir y assiter sous la pluie, je me suis littéralement gelée. Et aujourd'hui, rhume, naturellement. Le séjour s'annonce donc bien, surtout que l'Échange, à mon sens, cela ne valait pas la peine qu'on attrappe la crève pour le voir, mais j'en parlerai dans un futur billet. En attendant, je précise que Catherine, cette petite maline, elle était bien au chaud au théâtre municipal devant Les Paravents, mis en scène par Frédéric Fisbach, (patience, elle vous en parlera le moment venu...). Enfin, nous n'étions pas encore arrivées quand Jeanne Moreau et Samy Frey ont fait, dans la Cour d'Honneur, leur lecture de Quartett de Heiner Müller. Nous n'avons donc pas eu la chance de d'entendre ce texte que j'adore (voir les chroniques à ce sujet), mais j'ai su que ceux qui y étaient s'étaient pelés, eux aussi (bien fait !).
  



Maria Tanase à Avignon

Posté par Floriane le 29.05.07 à 17:59 | tags : festival d'avignon, musique, théâtre
Les Roumains, qui ont adulé cette chanteuse à la voix si prenante, s’étrangleront sans doute à la lecture de ce titre. L’artiste, hélas, s'en est allée il y a plus de quarante ans mais il n’est pas mensonger de souligner l’émotion que suscite encore, ne fut-ce que le nom de cette diva populaire. « J’ai les poils des bras qui se dressent rien qu’à y penser », me confiait un ami roumain exilé.
C’est dire si s’attaquer à ce répertoire trop peu connu hélas en France, n’est pas une mince affaire, surtout si l’on n’est pas issu de l’autre côté des Carpathes … C’est pourtant le défi que s’est donné Nathalie Joly, déjà remarquée dans d’autres spectacles de chant en solo. Et pari tenu, serait-on tenté d’écrire. Après une tournée au Maroc, dans le cadre de Francofffonies !, elle reviendra tout juste de Roumanie lorsqu’elle passera, le 29 mai à Orly, puis à Avignon, du 18 au 28 juillet à la Mirande, avec Paris-Bukarest. Emotion garantie !



Avignon nouveau

Posté par Nedjma le 13.03.07 à 17:29 | tags : colline, festival, festival d'avignon

Après Avignon hier, c'est au théâtre parisien de la Colline que Vincent Baudriller et Hortense Archambault ont présenté le programme du 61e festival d'Avignon, ce matin même. Dernière édition de leur premier mandat de quatre ans, qui a été renouvelé voilà quelques mois. Et un cru 2007 qui s'annonce prometteur. Etonnamment, Frédéric Fisbach, artiste associé (après Thomas Ostermeier, Jan Fabre et Josef Nadj) ne présentera que deux pièces. Il reprendra Les Paravents de Genet, montés en 2003 et portera à la scène les Feuillets d'Hypnos de René Char, poète dont on célèbre le centième anniversaire de la naissance et qui fut notamment à l'origine du festival. Ce, dans une Cour d'honneur que Fisbach habitera également avec ses interprètes et où il proposera des rencontres publiques et des ateliers de pratique théâtrale. Une première.
Sur la trentaine de spectacles annoncés, 20 sont des créations. Toujours dans la Cour, on retiendra l'inaugural Acte Inconnu de Novarina et le Roi Lear revisité par Jean-François Sivadier avec le grand Nicolas Bouchaud dans le rôle titre. Parmi les coutumiers du rendez-vous, Krysztof Warlikowski, Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci, qui reprend Hey Girl et Jean-Pierre Vincent pour Le silence des communistes. Le théâtre du Soleil déploiera ses magnifiques Ephémères, à Chateaublanc après la Cartoucherie. Egalement invités, Robert Cantarella, Frank Castorf, qui met en scène Nord de Céline et Ludovic Lagarde. On y reviendra...

Festival In d'Avignon du 6 au 27 juillet.




Avignon : l'heure des bilans

Posté par Nedjma le 28.07.06 à 11:30 | tags : festival d'avignon, festival d'avignon 2006, théâtre
chaise videTraditionnel exercice du bilan, mardi matin, au Cloître Saint-Louis. Le festival n'était pas encore terminé, mais déjà, les directeurs du In dressaient quelques lignes fortes d'une édition très attendue après les polémiques qui ont secoué Avignon l'an dernier.

Donc, côté comptable d'abord: 152 000 places à la location, 134 000 vendues. Soit un taux d'occupation de 88%, satisfaisant. Et des jeunes spectateurs présents en nombre: 12% du public. De quoi rendre les directeurs "heureux d'une participation fidèle et active du public". Côté artistique, Vincent Baudriller évoquait "la maîtrise du geste, la puissance créatrice des artistes invités et le dialogue". Dialogue entre les arts, dont Paso Doble, création signée Nadj et Barcelo, est le témoignage le plus marquant, dialogue entre les cultures aussi.

On retiendra aussi l'émotion de Josef Nadj, son coup de bec amusant contre la presse féminine (!), son coup de colère contre certains medias, qui a donné lieu à un règlement de comptes un peu mesquin entre artistes, spectateurs et plumes critiques, comme Armelle Heliot - du Figaro - ou Jean-Pierre Léonardini -de l'Huma-. Enfin, cette jolie phrase de Georges Banu, qui l'aura lui-même empruntée à Jean Vilar - à l'honneur dans la cour avec Olivier Py en clôture : "Si on a réussi quelque chose, on a réussi le public".
D'ailleurs, il reste quelques heures pour découvrir l'exposition de la Maison Jean Vilar qui rend précisément hommage au public. Un hommage intelligent, acéré, drolatique aussi parfois.






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