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Toute l'actu du festival d'Avignon : couverture des spectacles in et off, photos, vidéos, news et entretiens autour du festival. Voir aussi : le diaporama du Festival d'Avignon 2009 Berlin, capitale théâtrale
Pour en savoir plus sur la scène berlinoise, lire et relire encore le passionnant numéro d’Alternatives théârales, publié en 2004 en collaboration avec le festival d’Avignon et dirigé par Barbara Engelhardt. Castorf, Ostermeier , Marthaler mais aussi René Pollesch y sont notamment évoqués comme autant d'acteurs majeurs. Théâtre à Berlin, l'engagement dans le réel. 2e trimestre 2004. 104 pages 17 euros. Lire aussi Fluctuat twitte à Berlin Voir Diaporama / Berlin-Est, la rebelle
Casimir et Caroline à Nanterre-amandiers
Après sa création dans la cour d'honneur, lors du dernier festival d'Avignon, le spectacle est à Nanterre. La mise en scène très clinquante, ainsi que les pauses musicales rock, dues à une bande de musiciens vêtus d’étranges costumes rayés à paillettes, alourdissent le spectacle, qui tend à s’étirer en longueur. C’est dommage car la pièce d’Ödön von Horváth, une histoire d’autant plus sinistre qu’elle a pour cadre un lugubre parc d’attractions, est très bien servie par ses acteurs.
Illust. © Phile Deprez Avignon à l’heure des bilans Le rideau s’est baissé sur le festival In hier, se baissera sur le Off demain. A l’heure de remballer scènes, gradins, affiches, bilan de cette 63e édition. En 2009, Avignon In a rimé avec : Fréquentation. Le In se porte bien, merci, et ne semble pas connaître la crise, en matière de fréquentation. Sur une jauge totale de 133 000 places, 125 000 ont trouvé preneur, soit un taux de remplissage de 94%. Plutôt pas mal. Avant même l’ouverture du festival le 7 juillet dernier, nombre de spectacles affichaient déjà complet. Réveillon. « Littoral », « Incendies », « Forêts » : une odyssée jusqu’au petit matin, en compagnie de l’artiste associé Wajdi Mouawad et de sa vingtaine d’acteurs. Quatre nuits au long cours. Une cour d’honneur qui, malgré les onze heures de spectacle et le mistral glaçant de la première représentation n’a presque pas désempli. Un public ému et heureux à l’heure de saluer la troupe. Trois spectacles inégaux –baisse de régime et abondance confuse du dernier opus- mais un moment qui restera dans les mémoires. En se retournant sur cette expérience, Mouawad a confié : « J’entendais les voix des acteurs, je regardais les spectateurs emmitouflés dans leurs couvertures, c’était saisissant… Même les commentaires négatifs ont été tenus avec humour et intelligence, et douceur… Comme si au festival d’Avignon, on pouvait par la douceur tenir une discussion, critiquer, avancer, pratiquer une relation avec l’autre ». Création. L’une des singularités du rendez-vous avignonnais, c’est la part de risque qu’il prend chaque année en programmant un nombre impressionnant de créations : sur 42 spectacles et 275 représentations, trois quarts de créations cette année. Jeune génération. On a longtemps caricaturé les « vieux croutons », spectateurs de longue date du festival. Mais –et les choix d’un jeune tandem de direction n’y sont bien sûr pas étrangers- le public se renouvelle : 14% des spectateurs avaient moins de 25 ans cette année. Disparition. Le 13 juillet, à l’aube de son soixante-quinzième anniversaire, André Benedetto, poète, engagé fougueux, fondateur du Off et taulier du Théâtre des Carmes a tiré sa révérence en plein cœur du festival. Avec cette disparition, tout un symbole qui s’en allait. Un bel hommage lui a été rendu en son théâtre, quelques jours plus tard. Dissensions. L’édition du 29 juillet du quotidien « La Provence » évoque la polémique qui oppose la revue Mouvement aux deux directeurs du festival. Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication les accuse d’entrave à la liberté de création, d’expression, de la presse et d’abus de position dominante. Appuyé par deux avocats, il prend fait et cause pour la documentariste Sonia Léontieff qui souhaitait tourner des images au festival et qui, malgré l’autorisation de Wajdi Mouawad, s’est vue opposer plusieurs interdictions de tournage par la direction. Adolphe a entrepris la rédaction d’un texte intitulé « Le procès d’Avignon »… Déceptions. Ce festival laisse un goût mitigé. Pas d’enthousiasme absolu et général, mais pas de hauts cris non plus. Non, des réussites et des déceptions. Parmi les attentes non comblées de cette édition 2009, le spectacle d’ouverture, "La guerre des fils" avec Jeanne Moreau mise en scène par Amos Gitaï, "Description d'un combat", la dernière création de Maguy Marin ou « Angelo, tyran de Padoue », adaptation très cinématographique d’ Hugo signée Christophe Honoré. Encore « (A)pollonia » de Warlikovski qui, malgré quelques images choc, une scénographie brillante et des acteurs comme toujours prodigieux n’a pas été à la hauteur de nos espérances.
Ovations. Quelques belles réussites pourtant. L’« Ode Maritime » de Claude Régy, « Une fête pour Boris » de Denis Marleau, « Photo-Romance » encore…
Projections… Nous ne l’avons malheureusement pas vu mais de l’avis général, le spectacle de Christoph Marthaler, « Riesenbutzbach. Eine Dauerkolonie » restera comme l’un des sommets de cette 63e édition. Bonne nouvelle puisque le metteur en scène suisse sera l’artiste associé du festival 2010, aux côtés de l’auteur Olivier Cadiot… Illus 1 « Riesenbutzbach. Eine Dauerkolonie ». Dorothea Wimmer. Illus 2 "(A)pollonia". Magdalena Hueckel. Pierrette Dupoyet - le théâtre pour sacerdoceCela fait 27 ans qu'elle est fidèle au festival d'Avignon. Et attention les yeux, Pierrette Dupoyet ne se contente pas de venir y présenter sa dernière création, seule en scène. Non, la comédienne / metteur en scène auto-produite propose pas moins de trois créations, seule en scène, dans trois théâtres différents ! Figure du festival, elle tourne énormément le reste de l'année. "Je me reposerai quand je serai morte" aime-t-elle à dire. Depuis le début des années 80, elle choisit de grands personnages - Soeur Emmanuelle, George Sand, Dreyfus, Don Quichotte, Sarah Bernhardt et, dernièrement, Boris Vian et Jean Cocteau, et s'empart de leur biographie à coeur perdu afin d'en offrir un pan au public, dans une incarnation habitée. De et par Pierrette DupoyetUne telle énergie méritait qu'on s'y arrête un petit peu. Ce fut une dure journée que de suivre Pierrette Dupoyet. Et encore, je n'ai pas poussé le professionnalisme jusqu'à me lever aux aurores pour aller accrocher des affiches avec elle, ni à me coucher à point d'heure pour l'observer dans ses arcanes administratives. Vian, je t'attends... à 11 heures au Bourg Neuf Cocteau... lettres à une amie chère : ma mère, à 14h30 à l'Albatros L'amour plus fort que la mort ou une Fleur chez les Chiffonniers, à 17h55 à la Luna Video C. Richon Les affiches les plus mystérieuses
Devant certaines, on reste pantois. C'est quoi, c'est où, c'est quand ? C'est bien une affiche annonçant un spectacle au moins ? A ma gauche voici Hsu Yen-Ling x Sylvia Plath, une pièce des Shakespeare's Wild Sisters Group venues de... Taïwan (festival de théâtre INTERNATIONAL, s'il vous plaît). "Le nom de la troupe est inspiré par un personnage d'un livre de Virginia Woolf. Cette troupe met en évidence le talent de femme contraint par le patriarcat. Dans la pièce, le rôle principal est tenu par une actrice, Hsu Yen-Ling, qui interprète la poétesse Sylvia Plath. Incarne-t-elle le moi de Sylvia Path qui se reflète dans ses oeuvres, toutes les facettes du moi profond de la poétesse, tous les personnages qui ont rythmé sa vie ?" Enfin, on vous dit ça parce qu'on a fini par trouver plus de détail dans le (gros) programme du Off, après déchiffrage des toutes petites écritures sur l'affiche... Finalement, malgré l'aspect inquiétant et assez illisible du support de communication, cette pièce fait bien envie. A ma droite, quoi donc ? Il m'a fallu plusieurs jours pour déchiffrer le titre (hum. Après l'avoir lu à haute voix, et enfin compris, je me suis dit que, décidément, le tourbillon d'Avignon boulverse bien les neurones!) Pas ce qu'il y a de plus immédiat, tout de même, d'autant que les gugusses derrière - hommes ou sculptures ? - n'aident guère à percer le mystère. Mais il se dit dans les rues d'Avignon que ce spectacle venu d'Israël serait un des moments forts du festival. Alors...
Hsu Yen-Ling x Sylvia Plath, de Man-Nung Chou, par les Shakespeare's Wild Sisters Group, du 8 au 30 juillet à 22h05 à la Condition des Soies STONES, du Orto-Da Theatre Groupe (Israël), du 8 au 29 juillet à 12h40 au Théâtre Buffon Une scène gratuite ! Courteline opéretteGeorges Courteline a écrit à la fin du XIXème siècle et pourtant, on croise tous les jours des gens qui ressemblent aux personnages qui peuplent ses pièces. C'est même assez étrange de constater combien les ressorts d'une conversation entre un employé et un patron n'ont pas changé, combien les engueulades de couple empruntent éternellement le même chemin... La compagnie Ici et Maintenant propose un univers en noir et blanc et en musique pour donner corps à quatre courtes pièces de l'auteur : La paix chez soi, Monsieur Badin, La peur des coups et Mentons Bleus. Les visages sont peints en blanc pour mieux transformer les sketches naturalistes en saynètes expressionnistes. Un moment très plaisant dont on regrette seulement qu'il soit trop court. Et comme la maison ne recule devant rien, voici une scène gratuite. Courteline opérette, quatre pièces de Georges Courteline, mise en scène Christine Berg Aux Trois Soleils du 8 au 31 juillet à 13h30 Avignon Off Les affiches les plus sexe
Les affiches les plus sexe sont sans conteste celles du Palace. Faites l'amour avec un Belge, Les monologues du pénis, Ma femme me prend pour un sextoy, ou encore Ma voisine ne suce pas que de la glace, (j'en passe et des tout aussi joyeuses), un programme salace à méditer... en suçant sa glace dans les chaudes ruelles d'Avignon. Mhmm...
Le Palace, 38 cours Jean Jaurès, 5 salles climatisées, 30 spectacles : one man show, comédie, chansonnier, stand up, vedette découverte... Les affiches les plus basiques
Le titre, le lieu et l'heure, c'est tout ce qu'on demande ! Ah, peut-être juste une petite photo. D'accord, mais alors basique elle aussi s'il vous plaît.
La photo du spectacle La belge et le clochard (!), voir cliché central ci-dessus, illustrant une affiche format géant mais néanmoins ultra-basique, mérite un agrandissement.
Le flyer du spectacle nous en dit beaucoup plus. Par exemple, et je ne résiste pas à l'envie de vous les recopier, il répercute des vrais avis de vrais spectateurs : "J'en suis resté baba" (un patissier) "Les Sullon nous envoient du rire en plein dans la poire" (William) "En tant que reine des fleurs, nous disons de leur spectacle : le beau joli est arrivé" (les 6 roses) Désopilant on vous dit.
La Belge et le Clochard par les Sullon, du 8 au 31 juillet au Théâtre le Forum à 17h45
Quebrada, couleur tango
Sous une déstructuration feinte, la danseuse construit son solo à grands renforts de séquences chorégraphiques fragmentées et de sourires malicieux. Elle s’habille et se déshabille, tour à tour sensuelle créature en robe et hauts talons, gaucho argentin ou Indien du fin fond de la campagne. Elle explore divers genres, tango et danses traditionnelles, jeu burlesque façon films muets des années 30 et pas folkloriques, sans oublier d’en rire. « Je danse de l’orteil à l’oreille ». Elle est drôlissime et sérieuse, fragile et solide, sensible et pleine d’une imagination joliment orchestrée par Karine Monneau. « Quebrada », mis en scène par Karine Monneau. Maison des avocats, 15 heures, jusqu’au 28 juillet.
Diogène Ntarindwa de la guerre au théâtre
Nom : Ntarindwa. Prénom : Diogène. Signes particuliers: d'origine rwandaise, l'homme est né en 1977 au Burundi. Dans son parcours, le Front patriotique rwandais et le conservatoire de Liège. Aujourd'hui comédien, il est face à nous, long corps mince, tenue noire, fines lunettes, pour se raconter. Et dire l'influence de la grande histoire sur des foules de petites histoires. Celui qui « a toujours été curieux et turbulent » interroge encore, et toujours le passé de son pays et le sien. Avec humour et gravité parfois. Les souvenirs d'enfance, d'adolescence, c'est un parfum de nourriture autant que les couleurs d'un marché, les odeurs de cadavres et les terrains minés, l'ombre du génocice qui plane sur tout. Diogène incarne tour à tour les sages de son pays et les instituteurs, les gosses et les jeunes soldats -dont il fut-. Il vibre, il rit, il vit. Et nous avec lui. « Carte d'identité », à la Manufacture, jusqu'au 28 juillet. Relâche le 20. Pierre Ascaride ou le plaisir des mots
Deux énergumènes jonglent avec les mots de Francis Blanche, Pierre Dac, Bobby Lapointe, Alfred de Musset, Georges Perec, François Rabelais, Marcel Proust et bien d'autres encore ! Pierre Ascaride avait imaginé ces jeux de langues il y a plus de dix ans. Aujourd'hui, il a éprouvé le besoin d'en rajouter une couche car, comme l'explique un comédien en introduction au spectacle, la langue française a plus besoin que jamais qu'on se batte pour faire entendre son infinie richesse. Revoici donc Pierre Ascaride avec Jeux de langues, le retour. Le spectacle fait salle comble à Avignon. Un petit plaisir des mots le matin, ça ne peut pas faire de mal au festivalier engourdi ! Pour vous et pour vous seuls, chers lecteurs, Pierre Ascaride a accepté de répondre à quelques questions... du 8 au 31 juillet, Au Petit Louvre (Van Gogh), à 11 heures Avignon Off
De truculents « Délires à deux » Ils ont le même pyjama blanc. Voilà tout. Pour le reste, ces deux-là n’ont pas de point commun, et ne s’entendent sur rien : la différence entre une tortue et un limaçon , la raison pour laquelle ils sont ensemble depuis 17 ans et pourquoi lui l’a arrachée à son matelassier de mari et à ses enfants –même si elle n’en a pas- ? Ils se donnent du « mollusque » et de l’«andouille » en guise de petits noms affectueux, et affichent une triste lucidité sur leur histoire. « Dès le premier jour, j’ai compris qu’on ne se comprendrait pas », lâche-t-il. L’incommunication est grande, l’espace se rétrécit… et dehors c’est la guerre. Décor noir et blanc, mariés de pièce montée enfermés dans une cage à oiseaux, noms d’oiseaux qui volent. « On n’est pas difficiles, on s’amuse partout tant qu’il y a du conflit ! »
Et le public aussi s’amuse, qui assiste, hilare, à cette chronique d’un désastre annoncé. La langue de Eugène Ionesco, comme toujours magnifiquement tricotée, est ici servie par deux acteurs de haut vol : Danièle Lebrun, délicieusement désagréable, Bernard Malaka, merveilleusement odieux, sous la baguette de Christophe Lidon. C’est absurde et cocasse, c’est une truculente récréation , c’est une parenthèse réjouissante pendant que tant d’autres spectacles s’attachent à dire les horreurs du monde… « Délires à deux » de Ionesco, mis en scène par Christophe Lidon. Théâtre du Chien qui fume, 19h15, jusqu’au 31 juillet. Nos fidélités dans le Off - La bataille de WaterlooOn n'oublie pas de si tôt un coup de coeur comme celui que j'avais vécu en 2006. Rappelez-vous, Peepshow dans les Alpes de Markus Köbeli. Tombée immédiatement sous le charme du Théâtre Régional des Pays de Loire, je n'avais pas manqué, plus tard, la troupe de Patrick Pelloquet lorsqu'elle était passée en région parisienne avec un Labiche. En bonne fan, je me devais donc de prendre mon ticket les yeux fermés pour leur dernière production présentée à Avignon.
L'enfer : seule avec quatre kilos de pâte à pain
Pour donner corps à ces images mentales, Babette Masson, férue de théâtre d’objets, pétrit la pâte et donne naissance à des figures animales ou humaines, ou les deux à la fois. L'enfer de Marion aubert, avec Babette Masson, mise en scène Laurent Fraunié. Jusqu'au 28 juillet à 20h30 à La Manufacture, 2 rue des Écoles, Avignon, 04 90 85 12 71. Ill. © : Jef Rabillon Victimes et bourreaux face à face chez Warlikowski
Il explore tour à tour les existences fragmentées et sacrifiées d'Iphigénie, d'Agamemnon ou d'Apolonia Machczynska, juste polonaise... Qu'est-ce que ça donne ? Une longue fresque en deux parties et une quinzaine de scènes, jalonnée de meurtres, de sacrifices et de destins effroyables, où victimes et bourreaux se répondent dans le miroir, les premiers forcés ou consentants, les seconds tentant de justifier leurs actes. On plonge dans les tréfonds de l'espèce humaine, ce qu'elle a de pire, et parfois de meilleur. Ça commence par un conte de Rabindranath Tagore, et se poursuit par un de ces coups de poing dont l'artiste polonais a le secret. Décompte funèbre des victimes de la deuxième guerre mondiale : nombre total, nombre par jour, par minute, et par seconde -un mort toutes les 4,6 secondes-. C'est terrible, et glaçant. Le soir de la première d'ailleurs, il faisait chaud au lever de rideau, et le vent s'est levé à ce moment-là, ne faiblissant pas jusqu'à la fin, vers 2h30 du matin. « La guerre est finie. Et puis on a compris la leçon, ça n'arrivera plus », lance un personnage avant de poursuivre : « D'une certaine manière, la guerre n'est jamais finie. » « Laissons les morts aux morts, occupons-nous des vivants » clame Héraclès. Se retourner sur les morts, une meilleure façon de comprendre, d'accompagner les vivants ? Emmenée par la chanteuse autricienne Renate Jett, une formation musicale live rythme l'ensemble du spectacle, entre tangos, mélodies lancinantes et échappées rock. Des decibels et des notes aux allures de chœur de tragédie grecque. A l'épreuve du plateau, Warlikowski fait souvent merveille. Il s'empare ici de la Cour en majesté, signant une scénographie virtuose, avec boîtes de verre aux différents décors, mur d'images en fond de scène et s'appuie comme toujours sur une troupe d'acteurs prodigieuse à l'engagement total, cette fois accompagnés de trois poupées. Mais l'ensemble souffre d'un cruel manque de rythme. Parfois fort, violent, souvent lent, long, et s'essouflant sur la durée. On est sur le fil entre passion, émotion, et ennui. Illus Christophe Raynaud de Lage. « (A)pollonia », mise en scène de Krzysztof Warlikowski, 22 h, cour d'honneur du Palais des papes, jusqu'au 17 juillet. « L’amour de l’art » ne suffit pas Diastème connaît bien le festival d’Avignon. Il y a écrit et mis en scène plusieurs pièces, « 107 ans » ou « Les justes » d'Albert Camus, l’an dernier. Il en a même fait un joli film, « Le bruit des gens autour », sur la condition d’artiste et les coulisses du plus grand événement théâtral du monde. Alors son « Amour de l’art », on y allait avec appétit. On en ressort le ventre vide. Commençons par le point positif : la distribution féminine. Ces damoiselles, Emma de Caunes et Jeanne Rosa tirent assurément leur épingle du jeu. Celle-là, en Manon, jeune actrice incarnant Marilyn dans sa dernière journée, celle-ci en Sissi, fidèle amie, maquilleuse, costumière et, tout naturellement, éponge des pleurs et des doutes de la vedette qu’elle accompagne. Toutes deux sont fraîches, pétillantes, drôles quand il le faut, touchantes, aussi parfois. Là où ça se gâte, c’est quand Frédéric Andrau, alias Manu, le régisseur lumière fait son entrée, vraiment un cran en dessous.
L’histoire, rencontre amoureuse de l’étoile et de l’homme de l’ombre, est cousue de fil blanc, le texte léger, les clichés véhiculés sur les techniciens de théâtre en province vraiment limite, même sous couvert d’humour, les va-et-vient entre scène et coulisses un peu répétitifs. Enfin, le final sous un ciel étoilé, neu-neu à souhait. L’amour de l’art ne suffit pas. Encore faut-il avoir la manière… « L’amour de l’art », Théâtre du Chêne noir, 21h, jusqu’au 29 juillet.
Titres de spectacles: le Top 3 du pireLe moins qu'on puisse dire c'est que le mot "festival d'Avignon" ne rime pas toujours avec bon goût. Au petit jeu des spectacles à l'humour au ras des pâquerettes, on peut évoquer les spectacles eux mêmes, les parades ou les affiches. Mais aussi les titres. Parfois quelques mots suffisent pour donner le ton...Au sommet du top 3 des pires titres, pas de doute, la pièce à l'affiche du Palace à 22 h15 décroche le pompon: "Ma voisine ne suce pas que de la glace". Pas sûr d'avoir envie de savoir ce qu'elle suce d'autre... Dans le même goût... et dans le même théâtre, à 18h20 cette fois "Ma femme me prend pour un sextoy (Las Vegas Libido)". On est un peu sceptiques sur l'humour inhérent à "Buchenwald, concentrons-nous", aux Ateliers d'Amphoux, qui raconte "la rencontre insolite entre un philoosophe aveugle et un simple d'esprit unijambiste". Hmmm...
Karl Valentin et rien d'autre : démonstration !Ils sont sympas : ils nous offrent une petite démonstration en vidéo de leur spectacle ! Nul doute que ces quelques images rapides aiguiseront le besoin de nos lecteurs d'aller voir ces deux charmants garçons en chair et en os - et en slip. Ceux qui aiment en avoir pour leur argent côté costumes flamboyants, décors fantasmagoriques, bandes-son délirantes, devront réviser un chouillat leurs attentes. Ceux qui aiment une certaine radicalité seront servis. Avec la compagnie Obrigado, la radicalité est de celles qui misent avant tout sur le jeu du comédien. Et ça change au passage de ces spectacles où radical rime avec lecture sur ton monocorde par exemple. Suivez mon regard. Karl Valentin donc. Ils avaient envie de jouer Karl Valentin. Mais Karl Valentin, c'est la liberté absolue. Alors ils ont pris la liberté de digresser. D'aller au bout, et plus loin encore, du délire de l'auteur. Quand ils disent Karl Valentin et rien d'autre, ils mentent bien sûr, d'une mauvaise foi fascinante. Il y a Karl Valentin, à la lettre, et il y a aussi beaucoup beaucoup d'autres choses. Les jeux de lumière les plus osés de la terre par exemple. Des questionnements métaphysiques graves. De la schizophrénie alarmante. De l'action, de la réflexion, de la déconstruction ! Clown, burlesque, absurde, Karl Valentin et rien d'autre est tout ça à la fois, dans ce que chacun de ces termes a de plus beau. Vous l'aurez compris : ce spectacle est un bijou à voir et puis c'est tout. Karl Valentin et rien d'autre - une comédie burlesque, textes de Karl Valentin et de la compagnie Obrigado A l'Alibi, du 8 au 31 juillet à 17h15 Avignon Off Un Pourceaugnac haut en couleur(s)
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Isabelle Starkier, reine du Off ? La metteuse en scène a rien moins que six spectacles à l'affiche cette année, dont deux destinés au jeune public. Parmi les quatre autres, « Monsieur de Pourceaugnac », qui revient à Avignon après un franc succès l'an dernier et une programmation au long cours au Théâtre Silvia Monfort, à Paris. Ce Pourceaugnac-là vaut largement le détour... D'abord parce que le texte de Molière, pas si souvent monté, est d'une acuité et d'une actualité féroces. Ensuite, parce que pour dénoncer l'intolérance criante et la mesquinerie, elle confie le rôle de la victime du Limousin, de « l'étranger » à un acteur noir, ici tout de blanc vêtu et perruqué. Enfin, parce qu'elle mène cette comédie-ballet tambour battant et que ses cinq acteurs font merveille. Julie et Eraste, tourtereaux contrariés dans leur amour par la volonté de la mère qui entend marier sa fille à un môssieu de Limoges, multiplient les stratagèmes pour bouter l'indésirable hors de chez eux en l'accusant de tous les maux. Ils sont aidés en cela par un valet napolitain. A grand renfort de costumes et de masques, voilà les trois odieux tour à tour médecins et infirmiers, avocats et soldats, créancier belge, épouses tombées du ciel et nourrissons. Là, seul Pourceaugnac avance à découvert avant de repartir chez lui, nu, menotté dans un bruit de charter ! Rien de tel que l'humour débridé et les trouvailles originales et cocasses qui jalonnent cette pièce pour dire la cruauté sans bornes de l'humain. « Monsieur de Pourceaugnac », jusqu'au 31 juillet, Fabrik Théâtre.
Bruits de palaisAvignon n'est pas Cannes, on l'a dit et redit, pourtant, ça n'empêche pas qu'un certain nombre de personnalités du théâtre, du cinéma et de la télé y traînent leurs basques. Premier d'entre eux, Frédéric Mitterrand. Le festival est un passage obligé pour chaque ministre de la culture, à plus forte raison s'il vient d'être nommé. Mais celui-là n'a pas fait escale à la Cour d'honneur, comme le veut la tradition. Il a évité les onze heures de spectacle de Wajdi Mouawad ou la première de "(A)pollonia", hier soir, préférant découvrir "Angelo, tyran de Padoue" mis en scène par Christophe Honoré au Théâtre municipal. Ode maritime : Régy monte Pessoa![]() Car le dernier spectacle de Claude Régy est une récitation (ou profération, disons) par Jean-Quentin Châtelain d’Ode maritime, texte où Pessoa, rivé au rivage, fantasme sur les mers, les îles et les lointains littoraux. Comme dans tous les spectacle de Régy, la scène est plongée dans une semi-obscurité, l’acteur sur un ponton d’acier, devant un fond de scène incurvé, est éclairé de manière minimaliste et extrêmement précise : la lumière tantôt le noie dans un halo blanchâtre, tantôt entoure son visage d’un cadre blanc. Jean-Quentin Châtelain a travaillé sa diction, déjà particulière, pour donner corps au texte, le faire sortir comme un souffle, un râle, un hoquet : il ne parle pas, il inhale, mugit, halète, toute gestuelle lui étant interdite, son corps vit tout entier dans une effarante performance vocale. Ode maritime de Fernado Pessoa, mise en scène de Claude Régy, avec Jean-Quentin Châtelain, jusqu’au 25 juillet, à 22h, salle Montfavet. Gérard Philipe 50 ans après... Ah ! Gérard Philipe... Philippe Caubère l'évoquait dans son « Roman d'un acteur » de façon drolatique. Son ombre héroïque flotte encore sur Avignon, comme celle de Jean Vilar, metteur en scène, fondateur du festival, statue du commandeur. En novembre prochain, cela fera tout juste 50 ans que l'acteur est mort. 50 ans que Vilar lui rendait ce vibrant hommage : « La mort a frappé haut, elle a fauché celui là même qui exprimait la vie». Dans un questionnaire du TNP adressé aux spectateurs, Vilar glissait son avis sur l'acteur : « Pourquoi n'êtes-vous pas plus tendre ? Ce qu'on aime en vous, Gérard Philipe, c'est le cœur ». Ces documents sont à l'affiche de l'exposition dédiée à celui qui porta le costume du « Prince de Hombourg », un prince de théâtre. Et de cinéma. On y retrouve également des images signées Agnès Varda, fidèle glaneuse d'instants du festival, puis d'autres, où l'acteur est assailli par une horde de fans, devant le Palais de Chaillot. Son évocation, et celle de Roger Planchon, récemment disparu, se poursuit avec la projection de documentaires et tout un cycle de rencontres, joliment baptisé « Un jardin pour Gérard Philipe ».
Le 16 juillet, à 17h, Michel Bataillon ; le 17 juillet à 17h Claude Confortès ; le 18 juillet à 17h, Jacques Frantz.
Exposition "Gérard Philipe 50 ans après..." maison Jean Vilar jusqu'au 29 juillet. Qu'est-ce qu'on court voir dans le Off ? DéBaTailles Si l'esthétique est moins flamboyante que celle du spectacle phare du Studio des Hivernales, DéBaTailles, côté Théâtre des Hivernales, part d'une thématique tout aussi binaire : quand les Delgado Fuchs pariaient sur un rose contre bleu, Denis Plassard, lui, oppose... les blonds aux bruns ! Il est donc question ici de joutes, de défis, de batailles entre mâles sûrs de leur puissance et de leur supériorité. Les alliances se font et se défont au gré des changements de perruques. La musique, jouée en direct, alterne accordéons folkloriques, jazz-rock dynamiques, solos de guitare électrique déchaînée et même, percussions asiatiques. Seize défis en tout. Avec chacun un thème : "défi prise de tête (lentement et grossièrement)", "défi mutants" ou encore "défi kung Fu"- mon préféré... Ces gars-là sont très forts en portés et en "enchevêtrés" (le terme doit bien exister. En tout cas, pour la compagnie Propos, il faudrait l'inventer..) Assez rare dans un spectacle de danse contemporaine, les applaudissements éclatent de ci de là, saluant des performances qui relèvent souvent de l'acrobatie. Décidément, rien que pour pouvoir assister à ce genre de spectacle qui tourne habituellement en régions, les Parisiens ne regretteront pas d'être descendus à Avignon !
DéBaTailles, Cie Propos, Denis Plassard Illus © C. Ganet Joël Jouanneau livre son Oedipe
Sous l'œil d'Oedipe, de et par Joël Jouanneau, d'après Sophocle et Euripide Illus © C. Raynaud de Lage L'affiche la plus discrète
Il se trouve qu'on a déjà vu le spectacle, et deux fois même. Et qu'on vous en a déjà parlé (une fois, deux fois). On a dit que c'était vraiment très bien (surtout la partie Carmelle), et on le redit maintenant. Voilà ce que c'est, Carmelle, de vouloir faire la modeste ! |
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