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Festival. L'actualité des festivals en France et et à l'international. Tous les billets consacrés à ce thème sur Saisons. Voir aussi l'actualité du festival d'avignon
Tant d’images à la ferme du Buisson
A voir notamment lors du festival 2009, « Moscow » (illus). Le collectif Berlin poursuit son grand œuvre sur les villes du monde et s’attache à la capitale russe après Jérusalem et Bonanza (spectacles présentés ici même, lors de l’édition 2008 de Temps d’images). Dans « Les belles endormies », Kris Defoort et Guy Cassiers, l’un des artistes qui avaient fait sensation lors du festival d’Avignon 2008, adaptent un roman du Japonais Yasunari Kawabata, sous forme d’opéra vidéo. Création estampillée Temps d’images 2009, « L’ultima volta che vidio moi padre » déroule son fil entre dessin animé et musique. François Verret et Sylvie Blum explorent des sentiments mêlés dans « Mixed feelings », installation d’un homme et d’une femme « dos à deux ». On assistera encore à une « Nuit curieuse », parcours de découvertes ludiques et rencontres singulières (le samedi 10 octobre, soit une semaine tout rond après la Nuit blanche parisienne…), à des projections de films, des installations au Centre d’art… Temps d’images 2009, du 2 au 11 octobre, Ferme du Buisson, Marne la Vallée. Lire aussi notre dossier sur le festival Temps d’images 2007.
Festival de la Rhénanie du Nord-Westphalie à la MC93
Il y a les mega-productions à grosses affiches, et il y a les mini-festivals confidentiels... Le festival de Rhénanie du Nord - Westphalie à la MC93, fait partie de cette deuxième catégorie d'événement : tout petit tout petit, mais HYPER important ! On vous en parle d'abord parce qu'on en attend le meilleur, pour ne pas dire qu'on a vraiment hâte d'y être, et aussi pour que vous ayez encore le temps de chopper des places avant que toutes les dates n'affichent complet. La Rhénanie du Nord - Westphalie c'est un Land allemand. C'est-à-dire une sorte de région, mais en beaucoup plus autonome que nos régions de France à nous. Toujours est-il que les villes de Bonn, Cologne et Essen font partie de ce Land et qu'on y fait du très bon théâtre - comme partout ailleurs Allemagne, mais pour la seconde fois, la MC93 a décidé de mettre le focus sur ce petit coin d'Allemagne, parce que c'est comme ça, parce qu'on ne peut pas tout voir de ce qui se joue outre-Rhin depuis Bobigny, parce que le Standard Idéal c'est pas mal de compagnies allemandes mais pas que. Du 3 au 6 octobre, à la MC93, nous verrons donc La nuit des rois (Was ihr wollt), Ces merveilleuses dernières années (Die goldenen letzten Jahre) et La toison d'Or - l'invité, les argonautes, Médée (Das goldene Vlies - der Gastfreund, die Argonauten, Medea), spectacles en allemand surtitrés bien sûr, par de jeunes metteurs en scène aussi inconnus par chez nous que comptant parmi les plus intéressants par chez eux. Bref, il faut absolument y aller.
Festival de la Rhénanie du Nord - Westphalie, du 3 au 6 octobre 2009 à la MC93, Bobigny De jeunes compagnies sous la lumière
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Défendre le principe de la troupe théâtrale dans une société qui prône plus que jamais les aventures individuelles, voilà l’un des objectifs affichés par les organisateurs du festival Premiers Pas, le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine et Taf Théâtre. La septième édition de l’événement, se déploie actuellement sous chapiteau, comme toujours autour de six jeunes compagnies riches de promesses. Au menu des auteurs explorés, classiques (Marivaux ou Molière) et contemporains d’ici (Fabrice Melquiot) et d’ailleurs. Parmi les événements à signaler, l’accueil de deux troupes d’Afghanistan. Invitée à animer un stage à Kaboul en 2005, Ariane Mnouchkine, dont la venue a été suivie de la naissance du Théâtre Aftaab (ilus T.Gacon). Cinq comédiens se sont penchés sur l’histoire de leur pays et ont donné naissance à « Ce jour-là ». A voir du 7 au 13 septembre. Festival Premiers pas, jusqu'au 11 octobre, Cartoucherie de Vincennes. Aurillac : la rue enfin retrouvée ! 24è édition du festival. Moins de jeunes errants dans les rues piétonnes, moins de spectacles Off attachants en centre ville. Et pourtant une rue retrouvée, réinvestie par deux troupes solides, commissionnées par le festival pour « mettre le chaos » : Generik Vapeur et Xarxa. Une affiche également très internationale. Au final : un bon cru.Des Pays-Bas, Tuig et sa scénographie rétroversible, la roue du temps et du karma devenue une sorte de Playmobil. De Pologne, Biuro Podrozy (l’« agence de voyages ») et un Macbeth plus théâtral que jamais, où s’égrennent les images chères à la compagnie : du feu, des échassiers noirs et des échaffaudages mobiles. D’Allemagne, Titanick et ses machines grandioses pour une Odyssée revue, corrigée et largement arrosée d’hémoglobine. Non, décidément, l’hexagone n’a pas l’exclusivité des arts de la rue. L’engagement C’est d’ailleurs du Chili que vient l’une des propositions les plus fortes (à mes yeux) de cette édition 2009. La Patricotico interesante et son Kadogo enfant soldat porte une parole vigoureuse comme savent en développer les troupes de ce pays (le Teatro del Silencio en tête). Ici, tout est fort : le jeu des acteurs, d’une énergie et d’une maîtrise corporelle incroyables, la mise en scène, rapide comme un jeu vidéo, affutée comme une image d’Epinal, et les images précisément, tirées d’une réalité relayée par les photos de presse, les reportages télé. Certains reprocheront à la pièce trop d’évidence, un message trop direct, asséné plus que nuancé. Moi, c’est ce que j’aime : un spectacle qui secoue physiquement le spectateur, parce que les acteurs s’y donnent à fond. Le chaos Ce plaisir immense, de retrouvailles avec le corps, bousculé, tiraillé mais vivant, d’un public foule tanguant sur la place du square après s’être faufilé tant bien que mal dans les rues étroites de la ville, c’est Generik Vapeur et Xarxa qui nous l’ont offert avec G178. Après des années d’interdiction (plus ou moins tacite) des déambulatoires de grand format en centre ville, le spectacle de rue regagne enfin le droit au pavé. Ce n’est pas un hasard si Xarxa, la troupe de Valencia (Espagne) est de la partie : là, les Fallas se brûlent à quelques centimètres des maisons, en plein cœur des quartiers, et la population responsabilisée sait jusqu’où s’approcher pour éviter l’accident. A Aurillac, comme retrouvant ces réflexes, les spectateurs ont suivi le flot lancé par les artistes, plongeant volontairement dans le bouillonnement et n’en sortant la tête qu’une fois les derniers pétards éclatés. On aurait tort de croire pourtant, que seul le mouvement de masse importait aux artistes. L’image d’un Ubu juché sur un caddie et lançant à tour de bras des corn flakes dans le public ne vaut-elle pas cent fois mieux que tous les discours sur la PAC et le gaspillage ? La poésieD’un tout autre style, à l’écart du bruit et de la fureur, le Théâtre du Centaure avait investi le haras où, lors de la première édition du festival, s’était d’ailleurs produit Zingaro. Flux se développe comme un poème, une série de tableaux évoquant la quête, à travers les mers Noire, du Nord et la Méditerrannée, d’un couple de centaures. Peut-on encore parler ici d’écuyers ? Sans doute pas, tant ils font littéralement corps avec leurs chevaux, qu’ils nomment leurs partenaires et avec qui ils travaillent depuis plus de quinze ans. Un tel degré d’intimité, une telle connaissance mutuelle permet aux acteurs de libérer totalement le haut du corps et de ne guider le cheval qu’avec les membres inférieurs, soudés à leur monture, comme l’est le centaure. Cette balade dans la nuit, parsemée de textes murmurés à l’oreille ou d’ambiances entourant les spectateurs, le tout diffusé à travers des casques, est aussi rythmée par des projections de films, tournés aux quatre coins de l’Europe et de ses confins. Odessa, Constanta, Istanbul, Terschelling, Marseille : autant de ports, d’attache et de détachement, de fuite et de retrouvailles, que traverse le couple, au final réuni. De l’engagement, de la fête, de la poésie : une palette assez représentative de ce que développent les arts de la rue aujourd’hui. Ill : La Patriotico interesante Théâtre du Centaure © Frédéric Chehu Belle moisson à la Mousson "Quelle tête ça a un auteur? Est-ce que c'est vieux un auteur? Est-ce que c'est gros, gras, barbu, chauve, édenté? Est-ce que c'est sexy un auteur? Est-ce que c'est vivant?" Quelques-unes des questions essentielles auxquelles ambitionne de répondre la Mousson d'été 2009.
Le théâtre contemporain toujours au cœur de ces rencontres qui célèbrent en douceur la fin de l’été, dans la belle Abbaye des Prémontrés. Sous la houlette du metteur en scène Michel Didym –qui vient par ailleurs d’être nommé directeur du Centre dramatique national de Nancy-Lorraine, La Manufacture-, professionnels du théâtre, acteurs, auteurs et spectateurs se retrouvent, une fois de plus pour un bain de mots. Dense et revigorant. L’Espagne est au cœur de cette quinzième édition qui offre une belle moisson d’invités. Quentin Baillot, Norah Krief, Judith Magre, Julie Pilod notamment côté comédiens, Marion Aubert, Rodrigo Garcia, David Lescot, Fabrice Melquiot, Fausto Paravidino, Lluisa Cunillé et tant d’autres côté auteurs. Le maître des lieux, Michel Didym (illus dr) met en scène Fellag dans « Bashir Lazhar » d’Evelyne de la Chenelière. Quinzième Mousson d'été, du samedi 22 au vendredi 28 août, Pont-à-Mousson. Programme complet ici. Tous à Bussang !![]() C’est dans ce village de 1500 âmes, en plein cœur des Vosges, qu’un beau jour de 1895, Maurice Pottecher, enfant du pays, bâtit de ses mains le Théâtre du Peuple, ancrage d’une utopie toujours vive : créer un répertoire, une pratique théâtrale et des spectacles dédiés à « l’éducation et au divertissement des populations des hautes vallées vosgiennes ». Au fil des décennies on a joué ici des textes de Pottecher et Shakespeare, Hugo et Molière, James Ollivier et Labiche. En 1991, le metteur en scène François Rancillac arrive à Bussang où il souhaite offrir une pièce du répertoire et une création au public. Olivier Py, Jean Giraudoux, puis Heinrich von Kleist et Edmond Rostand se partagent alors la vedette. Après lui, place à Philippe Berling puis Christophe Rauck. Aujourd’hui, Pottecher repose avec son épouse dans le parc du Théâtre, qui voit chaque été affluer une foule dense (plus de 25000 personnes) et hétéroclite pour un bain de théâtre. Auteur et metteur en scène, Pierre Guillois est désormais aux manettes du théâtre. Spécialement conçues pour ce lieu rare, deux créations passionnantes à voir cette année, dans l’écrin de bois dont le fond de scène s’ouvre sur la forêt. Vision étonnante ! Le soir, « Gilles » (très beau texte de Cédric Orain) se retourne sur la vie d’un vieux monsieur paumé qui choisit d’être clown quand tout le monde voulait le calmer. Magnifiques numéros de mât et de roue, contorsions, danses fugaces, ce qui fait la préciosité de ce cabaret poétique orchestré par le très brillant David Bobee c’est notamment les êtres qui l’animent. Gilles Defacque, David Amelot, Pierre Cartonnet, Elza Davidson, Clément Delliaux, Eric Fouchet, Stéphane Hainaut, Caroline Leman, Tanguy Simonneaux. Une troupe composée à la fois d’acteurs, danseurs professionnels et artistes en situation de handicap mental de la compagnie de L’Oiseau-Mouche. Toujours sur le fil, fragile et pudique, poignant et beau. Après Bussang, « Gilles » s’offrira une tournée au long cours de novembre à mai.
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Illus 1 "Un coeur mangé", illus 2 "Gilles cabaret poétique". Victor Tonelli/Artcomart. Théâtre du Peuple, jusqu’au 29 août : Un cœur mangé à 15h, Gilles à 20h30. www.theatredupeuple.fr
Moderne Tartuffe à Grignan
Bienvenue aux « Fêtes nocturnes ». Après Adel Hakim invité à monter Labiche et Shakespeare les années précédentes, c’est la metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman qui s’y colle cette fois. Elle s’empare de « Tartuffe ». Seul élément de décor, une table colossale, au centre du plateau. Cachette pour des espions de passage –Orgon qui tente de démasquer Tartuffe-, couche d’Elmire et Tartuffe, point de rassemblement d’une famille encore heureuse et insouciante au début de la pièce. Dans l’interprétation énergique d’une solide troupe d’acteurs, le texte résonne avec force. Louis Jouvet clamait: « Le jour où l’on rejouera "Tartuffe", il faudra trouver un garçon charmant, inquiétant, très intelligent, et qu’on sente, pendant la scène d’Elmire et de Tartuffe, ce qu’elle a de scandaleux. Il n’y a aucune déclaration d’amour, dans aucun théâtre, qui soit aussi suave, aussi charmante que celle de Tartuffe à Elmire ». La metteuse en scène prend la recommandation au pied de la lettre. Son Tartuffe (excellent Thibault Perrenoud) est jeune, rageur, sensuel, Dorine généreuse et drôle, Valère et Marianne insouciants et pleins d’appétits, Orgon débordé comme il se doit… Sombre et drôle tour à tour, le spectacle suscite une attention rare, des éclats de rire, et souvent des applaudissements entre les scènes. C’est que ce festival-là voit venir à lui un public joyeusement mélangé, des lettrés, d’autres moins, des enfants, des adultes, des familles. Mais tous sont suspendus aux vers de Molière dans une attention rare. C’est intelligent et virevoltant, c’est généreux enfin et populaire. Illus © Mirco Cosimo Festival « Les fêtes nocturnes » de Grignan jusqu’au 22 août. Deneuve sifflée en Italie
Invitée du festival toscan de théâtre Versiliana, à Lucques, l’actrice Catherine Deneuve, qui devait lire « Je me souviens » de Georges Perec a suscité l’ire du public qui a hurlé en rafale des « voleurs, remboursez ! » car elle s’exprimait en français. Pas très bon camarade, son partenaire Michele Placido, Italien lui, a commenté : « Peut-être que Catherine Deneuve devrait faire un effort et jouer en italien ». Il aura fallu l’intervention de la police pour calmer tout ce petit monde… Chalon dans la rue 23è C’est drôle, cette envie, cette année, de prendre (à nouveau) la parole dans la rue, d’y dire des choses directes, liées à la société, aux préoccupations du quidam. Cela semble (presque) bizarre, tant cette portée inhérente à la rue semblait avoir déserté les trottoirs, non que les compagnies aient rechigné à s’emparer de l’espace public pour s’exprimer, mais parce que certains programmateurs, à la solde des décideurs financiers (souvent les politiques), n’osaient tout bonnement pas jouer le jeu de la diffusion. La compagnie Kumulus en a, plus souvent qu’à son tour, fait les frais ; d’autres aussi.Bref, ce vent de prise de parole, qui rend à la rue son véritable sens (qui n’est, faut-il le rappeler, pas de seul divertissement), a soufflé allègrement sur la vingt-troisième édition de Chalon dans la rue. Cet engagement a su pourtant ne pas prendre le masque grimaçant de la dénonciation brutale. Les artistes se sont aguerris dans l’art de faire passer en douce les messages, tout en travaillant la forme. KompleXKapharnaüm a choisi de mélanger street art (graff, collages) et montages vidéo et sonores pour exalter un certain esprit de résistance. Memento s’inspire, en effet, des mois précédant la Libération, et veut rappeler à chacun, documents d’époque (passée et présente) à l’appui, la nécessité de ne pas prendre pour argent comptant ni les préjugés, ni les discours bien pensants qui se veulent rassurants mais au final nous manipulent. La vraie force de ces parcours tient en fait dans les traces laissées sur les murs de la ville, avant et après les soirs de spectacle. Des silhouettes blanches, presque livrées à l’expression populaire (dont bizarrement personne ne semble oser profiter pour s’exprimer), aux textes qui seront recouverts d’autres images, biffés, tagués, c’est comme si le « plastiquage » de ces murs leur rendait enfin leur force de support de l’expression, et donc de résistance, tant il est vrai qu’aujourd’hui poser une affiche est passible d’amende pour peu que l’endroit ne soit pas officiellement prévu pour. C’est une démarche assez semblable qui a poussé Délices Dada, l’une des compagnies pionnières des arts de la rue, à sortir cette année RUSHs, sans fable ni paroles, simplement basé sur des déplacements, des personnages et une composition musicale, mixée en direct, plus expressive que tous les discours du monde. Et si la seule, l’unique solution face à la violence qui sourd à chaque instant dans nos vies (violence des hommes les uns vis-à-vis des autres, des politiciens ivres de pouvoir, des « hommes de l’ordre » qui font tout sauf garder les citoyens en paix), si face à tant d’absurdité dans les rapports urbains, le seul recours était finalement le nez rouge ? Une simple bille de couleur à (se) poser sur le visage, pour défigurer l’ennemi, le rendant ainsi dérisoire, et se protéger, en prenant la distance du clown face à une réalité insupportable. On connaît l’humour, souvent caustique, dont sait faire preuve Délices Dada. Cette fois, la compagnie prend parti, se prononce (de façon muette mais combien éloquente) sur ce qui merde aujourd’hui dans l’hexagone, et si les personnages ne profèrent pas un mot c’est, avouent les acteurs, parce que tout cela les laisse sans voix … Il faisait bon, cette année, être à Chalon pour se rappeler pourquoi on aime les arts de la rue quand ils se font les porte-parole d’une critique qui ailleurs a souvent bien du mal à s’exprimer. KompleXKapharnaüm et Délices Dada sont également programmés au festival d’Aurillac, qui se tiendra du 19 au 22 août prochain. Ill : Memento, © Michel Wiart Ramatuelle, festival des grands succès
Cette année voit le cinquantième anniversaire de la disparition de l'acteur... et les 25 ans du festival de Ramatuelle. Michel Boujenah joue les directeurs artistiques depuis la mort de Brialy et l'événement conserve la même recette. Aux côtés de concerts, une programmation théâtrale basée sur des succès éprouvés: "Mon père avait raison" de Sacha Guitry, avec les Brasseur père et fils samedi, "Le malade imaginaire" avec Michel Bouquet hier. A voir ce soir, la très réjouissante "Divine Miss V" (Illus Brigitte Enguerand), portrait de la très féroce papesse de la mode Diana Vreeland. Egalement à l'affiche, Pierre Palmade et son "Comique", la très moliérisée comédie "Cochons d'inde" et, en baisser de rideau, monsieur le directeur artistique dans "Enfin libre!". Festival de Ramatuelle jusqu'au 11 août. Avignon à l’heure des bilans Le rideau s’est baissé sur le festival In hier, se baissera sur le Off demain. A l’heure de remballer scènes, gradins, affiches, bilan de cette 63e édition. En 2009, Avignon In a rimé avec : Fréquentation. Le In se porte bien, merci, et ne semble pas connaître la crise, en matière de fréquentation. Sur une jauge totale de 133 000 places, 125 000 ont trouvé preneur, soit un taux de remplissage de 94%. Plutôt pas mal. Avant même l’ouverture du festival le 7 juillet dernier, nombre de spectacles affichaient déjà complet. Réveillon. « Littoral », « Incendies », « Forêts » : une odyssée jusqu’au petit matin, en compagnie de l’artiste associé Wajdi Mouawad et de sa vingtaine d’acteurs. Quatre nuits au long cours. Une cour d’honneur qui, malgré les onze heures de spectacle et le mistral glaçant de la première représentation n’a presque pas désempli. Un public ému et heureux à l’heure de saluer la troupe. Trois spectacles inégaux –baisse de régime et abondance confuse du dernier opus- mais un moment qui restera dans les mémoires. En se retournant sur cette expérience, Mouawad a confié : « J’entendais les voix des acteurs, je regardais les spectateurs emmitouflés dans leurs couvertures, c’était saisissant… Même les commentaires négatifs ont été tenus avec humour et intelligence, et douceur… Comme si au festival d’Avignon, on pouvait par la douceur tenir une discussion, critiquer, avancer, pratiquer une relation avec l’autre ». Création. L’une des singularités du rendez-vous avignonnais, c’est la part de risque qu’il prend chaque année en programmant un nombre impressionnant de créations : sur 42 spectacles et 275 représentations, trois quarts de créations cette année. Jeune génération. On a longtemps caricaturé les « vieux croutons », spectateurs de longue date du festival. Mais –et les choix d’un jeune tandem de direction n’y sont bien sûr pas étrangers- le public se renouvelle : 14% des spectateurs avaient moins de 25 ans cette année. Disparition. Le 13 juillet, à l’aube de son soixante-quinzième anniversaire, André Benedetto, poète, engagé fougueux, fondateur du Off et taulier du Théâtre des Carmes a tiré sa révérence en plein cœur du festival. Avec cette disparition, tout un symbole qui s’en allait. Un bel hommage lui a été rendu en son théâtre, quelques jours plus tard. Dissensions. L’édition du 29 juillet du quotidien « La Provence » évoque la polémique qui oppose la revue Mouvement aux deux directeurs du festival. Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication les accuse d’entrave à la liberté de création, d’expression, de la presse et d’abus de position dominante. Appuyé par deux avocats, il prend fait et cause pour la documentariste Sonia Léontieff qui souhaitait tourner des images au festival et qui, malgré l’autorisation de Wajdi Mouawad, s’est vue opposer plusieurs interdictions de tournage par la direction. Adolphe a entrepris la rédaction d’un texte intitulé « Le procès d’Avignon »… Déceptions. Ce festival laisse un goût mitigé. Pas d’enthousiasme absolu et général, mais pas de hauts cris non plus. Non, des réussites et des déceptions. Parmi les attentes non comblées de cette édition 2009, le spectacle d’ouverture, "La guerre des fils" avec Jeanne Moreau mise en scène par Amos Gitaï, "Description d'un combat", la dernière création de Maguy Marin ou « Angelo, tyran de Padoue », adaptation très cinématographique d’ Hugo signée Christophe Honoré. Encore « (A)pollonia » de Warlikovski qui, malgré quelques images choc, une scénographie brillante et des acteurs comme toujours prodigieux n’a pas été à la hauteur de nos espérances.
Ovations. Quelques belles réussites pourtant. L’« Ode Maritime » de Claude Régy, « Une fête pour Boris » de Denis Marleau, « Photo-Romance » encore…
Projections… Nous ne l’avons malheureusement pas vu mais de l’avis général, le spectacle de Christoph Marthaler, « Riesenbutzbach. Eine Dauerkolonie » restera comme l’un des sommets de cette 63e édition. Bonne nouvelle puisque le metteur en scène suisse sera l’artiste associé du festival 2010, aux côtés de l’auteur Olivier Cadiot… Illus 1 « Riesenbutzbach. Eine Dauerkolonie ». Dorothea Wimmer. Illus 2 "(A)pollonia". Magdalena Hueckel. Pierrette Dupoyet - le théâtre pour sacerdoceCela fait 27 ans qu'elle est fidèle au festival d'Avignon. Et attention les yeux, Pierrette Dupoyet ne se contente pas de venir y présenter sa dernière création, seule en scène. Non, la comédienne / metteur en scène auto-produite propose pas moins de trois créations, seule en scène, dans trois théâtres différents ! Figure du festival, elle tourne énormément le reste de l'année. "Je me reposerai quand je serai morte" aime-t-elle à dire. Depuis le début des années 80, elle choisit de grands personnages - Soeur Emmanuelle, George Sand, Dreyfus, Don Quichotte, Sarah Bernhardt et, dernièrement, Boris Vian et Jean Cocteau, et s'empart de leur biographie à coeur perdu afin d'en offrir un pan au public, dans une incarnation habitée. De et par Pierrette DupoyetUne telle énergie méritait qu'on s'y arrête un petit peu. Ce fut une dure journée que de suivre Pierrette Dupoyet. Et encore, je n'ai pas poussé le professionnalisme jusqu'à me lever aux aurores pour aller accrocher des affiches avec elle, ni à me coucher à point d'heure pour l'observer dans ses arcanes administratives. Vian, je t'attends... à 11 heures au Bourg Neuf Cocteau... lettres à une amie chère : ma mère, à 14h30 à l'Albatros L'amour plus fort que la mort ou une Fleur chez les Chiffonniers, à 17h55 à la Luna Video C. Richon Les affiches les plus mystérieuses
Devant certaines, on reste pantois. C'est quoi, c'est où, c'est quand ? C'est bien une affiche annonçant un spectacle au moins ? A ma gauche voici Hsu Yen-Ling x Sylvia Plath, une pièce des Shakespeare's Wild Sisters Group venues de... Taïwan (festival de théâtre INTERNATIONAL, s'il vous plaît). "Le nom de la troupe est inspiré par un personnage d'un livre de Virginia Woolf. Cette troupe met en évidence le talent de femme contraint par le patriarcat. Dans la pièce, le rôle principal est tenu par une actrice, Hsu Yen-Ling, qui interprète la poétesse Sylvia Plath. Incarne-t-elle le moi de Sylvia Path qui se reflète dans ses oeuvres, toutes les facettes du moi profond de la poétesse, tous les personnages qui ont rythmé sa vie ?" Enfin, on vous dit ça parce qu'on a fini par trouver plus de détail dans le (gros) programme du Off, après déchiffrage des toutes petites écritures sur l'affiche... Finalement, malgré l'aspect inquiétant et assez illisible du support de communication, cette pièce fait bien envie. A ma droite, quoi donc ? Il m'a fallu plusieurs jours pour déchiffrer le titre (hum. Après l'avoir lu à haute voix, et enfin compris, je me suis dit que, décidément, le tourbillon d'Avignon boulverse bien les neurones!) Pas ce qu'il y a de plus immédiat, tout de même, d'autant que les gugusses derrière - hommes ou sculptures ? - n'aident guère à percer le mystère. Mais il se dit dans les rues d'Avignon que ce spectacle venu d'Israël serait un des moments forts du festival. Alors...
Hsu Yen-Ling x Sylvia Plath, de Man-Nung Chou, par les Shakespeare's Wild Sisters Group, du 8 au 30 juillet à 22h05 à la Condition des Soies STONES, du Orto-Da Theatre Groupe (Israël), du 8 au 29 juillet à 12h40 au Théâtre Buffon Une scène gratuite ! Courteline opéretteGeorges Courteline a écrit à la fin du XIXème siècle et pourtant, on croise tous les jours des gens qui ressemblent aux personnages qui peuplent ses pièces. C'est même assez étrange de constater combien les ressorts d'une conversation entre un employé et un patron n'ont pas changé, combien les engueulades de couple empruntent éternellement le même chemin... La compagnie Ici et Maintenant propose un univers en noir et blanc et en musique pour donner corps à quatre courtes pièces de l'auteur : La paix chez soi, Monsieur Badin, La peur des coups et Mentons Bleus. Les visages sont peints en blanc pour mieux transformer les sketches naturalistes en saynètes expressionnistes. Un moment très plaisant dont on regrette seulement qu'il soit trop court. Et comme la maison ne recule devant rien, voici une scène gratuite. Courteline opérette, quatre pièces de Georges Courteline, mise en scène Christine Berg Aux Trois Soleils du 8 au 31 juillet à 13h30 Avignon Off Les affiches les plus sexe
Les affiches les plus sexe sont sans conteste celles du Palace. Faites l'amour avec un Belge, Les monologues du pénis, Ma femme me prend pour un sextoy, ou encore Ma voisine ne suce pas que de la glace, (j'en passe et des tout aussi joyeuses), un programme salace à méditer... en suçant sa glace dans les chaudes ruelles d'Avignon. Mhmm...
Le Palace, 38 cours Jean Jaurès, 5 salles climatisées, 30 spectacles : one man show, comédie, chansonnier, stand up, vedette découverte... Autres pistes à la Cité internationale![]() Certains ont la grâce ; d’autres un peu moins. Chez les circassiens, l’apparente facilité cache pourtant souvent un travail énorme, d’autant plus remarquable qu’il ne se voit pas ou se devine à peine. L’artiste alors peut pleinement développer son interprétation, faire corps avec son agrès ou avec son partenaire. Et le public d’oublier le danger, la difficulté, l’apprentissage, la pesanteur même. La transition est aisée, puisque c’est précisément Kitsou Dubois, chorégraphe connue pour ses recherches sur le sujet, qui a concocté le programme de Autres pistes, présenté au Théâtre de la Cité Internationale, en partenariat avec Paris Quartier d’été. Dubois a même fait mieux, puisqu’elle a dirigé les deux interprètes de Contrepoids (Virginie Frémaux et Mika Lafforgue), perchés sur leur trapèze, dont ils démantèlent la forme et la fonction pour se jouer de la hauteur et des rapports entre leurs deux corps, solidaires, en balance ou se détachant un bref instant, pour mieux se rattraper. Une même grâce habite Marie-Anne Michel qui, depuis plusieurs années déjà, promène son solo de mâts chinois, avec l’indifférence souriante de celle qui a totalement maîtrisé l’agrès, le corps et l’image qu’elle souhaite donner, celle d’une jeune femme en Sieste verticale. Le programme souligne utilement sa répartition fine des appuis et son art de « bouger avec l’air de ne pas bouger ». La Cité Internationale a eu l’intelligence de placer son numéro, inaugural de la série de ces Autres pistes, au centre du hall d’accueil. Perdue dans les moulures du plafond, Marie-Anne Michel semble littéralement flotter, somnolente, et son bien-être apparent détend et émerveille le spectateur, parfois surpris dans sa traversée, ses tracas administratifs ou ses élans amoureux. Quelle jolie façon de mettre l’art au cœur de la vie ! Autres pistes se poursuit jusqu’au 9 août, avec différents programmes. Ill : Contrepoids, © Christophe Reynaud de Lage Les affiches les plus basiques
Le titre, le lieu et l'heure, c'est tout ce qu'on demande ! Ah, peut-être juste une petite photo. D'accord, mais alors basique elle aussi s'il vous plaît.
La photo du spectacle La belge et le clochard (!), voir cliché central ci-dessus, illustrant une affiche format géant mais néanmoins ultra-basique, mérite un agrandissement.
Le flyer du spectacle nous en dit beaucoup plus. Par exemple, et je ne résiste pas à l'envie de vous les recopier, il répercute des vrais avis de vrais spectateurs : "J'en suis resté baba" (un patissier) "Les Sullon nous envoient du rire en plein dans la poire" (William) "En tant que reine des fleurs, nous disons de leur spectacle : le beau joli est arrivé" (les 6 roses) Désopilant on vous dit.
La Belge et le Clochard par les Sullon, du 8 au 31 juillet au Théâtre le Forum à 17h45
Quebrada, couleur tango
Sous une déstructuration feinte, la danseuse construit son solo à grands renforts de séquences chorégraphiques fragmentées et de sourires malicieux. Elle s’habille et se déshabille, tour à tour sensuelle créature en robe et hauts talons, gaucho argentin ou Indien du fin fond de la campagne. Elle explore divers genres, tango et danses traditionnelles, jeu burlesque façon films muets des années 30 et pas folkloriques, sans oublier d’en rire. « Je danse de l’orteil à l’oreille ». Elle est drôlissime et sérieuse, fragile et solide, sensible et pleine d’une imagination joliment orchestrée par Karine Monneau. « Quebrada », mis en scène par Karine Monneau. Maison des avocats, 15 heures, jusqu’au 28 juillet.
Diogène Ntarindwa de la guerre au théâtre
Nom : Ntarindwa. Prénom : Diogène. Signes particuliers: d'origine rwandaise, l'homme est né en 1977 au Burundi. Dans son parcours, le Front patriotique rwandais et le conservatoire de Liège. Aujourd'hui comédien, il est face à nous, long corps mince, tenue noire, fines lunettes, pour se raconter. Et dire l'influence de la grande histoire sur des foules de petites histoires. Celui qui « a toujours été curieux et turbulent » interroge encore, et toujours le passé de son pays et le sien. Avec humour et gravité parfois. Les souvenirs d'enfance, d'adolescence, c'est un parfum de nourriture autant que les couleurs d'un marché, les odeurs de cadavres et les terrains minés, l'ombre du génocice qui plane sur tout. Diogène incarne tour à tour les sages de son pays et les instituteurs, les gosses et les jeunes soldats -dont il fut-. Il vibre, il rit, il vit. Et nous avec lui. « Carte d'identité », à la Manufacture, jusqu'au 28 juillet. Relâche le 20. Pierre Ascaride ou le plaisir des mots
Deux énergumènes jonglent avec les mots de Francis Blanche, Pierre Dac, Bobby Lapointe, Alfred de Musset, Georges Perec, François Rabelais, Marcel Proust et bien d'autres encore ! Pierre Ascaride avait imaginé ces jeux de langues il y a plus de dix ans. Aujourd'hui, il a éprouvé le besoin d'en rajouter une couche car, comme l'explique un comédien en introduction au spectacle, la langue française a plus besoin que jamais qu'on se batte pour faire entendre son infinie richesse. Revoici donc Pierre Ascaride avec Jeux de langues, le retour. Le spectacle fait salle comble à Avignon. Un petit plaisir des mots le matin, ça ne peut pas faire de mal au festivalier engourdi ! Pour vous et pour vous seuls, chers lecteurs, Pierre Ascaride a accepté de répondre à quelques questions... du 8 au 31 juillet, Au Petit Louvre (Van Gogh), à 11 heures Avignon Off
De truculents « Délires à deux » Ils ont le même pyjama blanc. Voilà tout. Pour le reste, ces deux-là n’ont pas de point commun, et ne s’entendent sur rien : la différence entre une tortue et un limaçon , la raison pour laquelle ils sont ensemble depuis 17 ans et pourquoi lui l’a arrachée à son matelassier de mari et à ses enfants –même si elle n’en a pas- ? Ils se donnent du « mollusque » et de l’«andouille » en guise de petits noms affectueux, et affichent une triste lucidité sur leur histoire. « Dès le premier jour, j’ai compris qu’on ne se comprendrait pas », lâche-t-il. L’incommunication est grande, l’espace se rétrécit… et dehors c’est la guerre. Décor noir et blanc, mariés de pièce montée enfermés dans une cage à oiseaux, noms d’oiseaux qui volent. « On n’est pas difficiles, on s’amuse partout tant qu’il y a du conflit ! »
Et le public aussi s’amuse, qui assiste, hilare, à cette chronique d’un désastre annoncé. La langue de Eugène Ionesco, comme toujours magnifiquement tricotée, est ici servie par deux acteurs de haut vol : Danièle Lebrun, délicieusement désagréable, Bernard Malaka, merveilleusement odieux, sous la baguette de Christophe Lidon. C’est absurde et cocasse, c’est une truculente récréation , c’est une parenthèse réjouissante pendant que tant d’autres spectacles s’attachent à dire les horreurs du monde… « Délires à deux » de Ionesco, mis en scène par Christophe Lidon. Théâtre du Chien qui fume, 19h15, jusqu’au 31 juillet. Nos fidélités dans le Off - La bataille de WaterlooOn n'oublie pas de si tôt un coup de coeur comme celui que j'avais vécu en 2006. Rappelez-vous, Peepshow dans les Alpes de Markus Köbeli. Tombée immédiatement sous le charme du Théâtre Régional des Pays de Loire, je n'avais pas manqué, plus tard, la troupe de Patrick Pelloquet lorsqu'elle était passée en région parisienne avec un Labiche. En bonne fan, je me devais donc de prendre mon ticket les yeux fermés pour leur dernière production présentée à Avignon.
L'enfer : seule avec quatre kilos de pâte à pain
Pour donner corps à ces images mentales, Babette Masson, férue de théâtre d’objets, pétrit la pâte et donne naissance à des figures animales ou humaines, ou les deux à la fois. L'enfer de Marion aubert, avec Babette Masson, mise en scène Laurent Fraunié. Jusqu'au 28 juillet à 20h30 à La Manufacture, 2 rue des Écoles, Avignon, 04 90 85 12 71. Ill. © : Jef Rabillon Victimes et bourreaux face à face chez Warlikowski
Il explore tour à tour les existences fragmentées et sacrifiées d'Iphigénie, d'Agamemnon ou d'Apolonia Machczynska, juste polonaise... Qu'est-ce que ça donne ? Une longue fresque en deux parties et une quinzaine de scènes, jalonnée de meurtres, de sacrifices et de destins effroyables, où victimes et bourreaux se répondent dans le miroir, les premiers forcés ou consentants, les seconds tentant de justifier leurs actes. On plonge dans les tréfonds de l'espèce humaine, ce qu'elle a de pire, et parfois de meilleur. Ça commence par un conte de Rabindranath Tagore, et se poursuit par un de ces coups de poing dont l'artiste polonais a le secret. Décompte funèbre des victimes de la deuxième guerre mondiale : nombre total, nombre par jour, par minute, et par seconde -un mort toutes les 4,6 secondes-. C'est terrible, et glaçant. Le soir de la première d'ailleurs, il faisait chaud au lever de rideau, et le vent s'est levé à ce moment-là, ne faiblissant pas jusqu'à la fin, vers 2h30 du matin. « La guerre est finie. Et puis on a compris la leçon, ça n'arrivera plus », lance un personnage avant de poursuivre : « D'une certaine manière, la guerre n'est jamais finie. » « Laissons les morts aux morts, occupons-nous des vivants » clame Héraclès. Se retourner sur les morts, une meilleure façon de comprendre, d'accompagner les vivants ? Emmenée par la chanteuse autricienne Renate Jett, une formation musicale live rythme l'ensemble du spectacle, entre tangos, mélodies lancinantes et échappées rock. Des decibels et des notes aux allures de chœur de tragédie grecque. A l'épreuve du plateau, Warlikowski fait souvent merveille. Il s'empare ici de la Cour en majesté, signant une scénographie virtuose, avec boîtes de verre aux différents décors, mur d'images en fond de scène et s'appuie comme toujours sur une troupe d'acteurs prodigieuse à l'engagement total, cette fois accompagnés de trois poupées. Mais l'ensemble souffre d'un cruel manque de rythme. Parfois fort, violent, souvent lent, long, et s'essouflant sur la durée. On est sur le fil entre passion, émotion, et ennui. Illus Christophe Raynaud de Lage. « (A)pollonia », mise en scène de Krzysztof Warlikowski, 22 h, cour d'honneur du Palais des papes, jusqu'au 17 juillet. « L’amour de l’art » ne suffit pas Diastème connaît bien le festival d’Avignon. Il y a écrit et mis en scène plusieurs pièces, « 107 ans » ou « Les justes » d'Albert Camus, l’an dernier. Il en a même fait un joli film, « Le bruit des gens autour », sur la condition d’artiste et les coulisses du plus grand événement théâtral du monde. Alors son « Amour de l’art », on y allait avec appétit. On en ressort le ventre vide. Commençons par le point positif : la distribution féminine. Ces damoiselles, Emma de Caunes et Jeanne Rosa tirent assurément leur épingle du jeu. Celle-là, en Manon, jeune actrice incarnant Marilyn dans sa dernière journée, celle-ci en Sissi, fidèle amie, maquilleuse, costumière et, tout naturellement, éponge des pleurs et des doutes de la vedette qu’elle accompagne. Toutes deux sont fraîches, pétillantes, drôles quand il le faut, touchantes, aussi parfois. Là où ça se gâte, c’est quand Frédéric Andrau, alias Manu, le régisseur lumière fait son entrée, vraiment un cran en dessous.
L’histoire, rencontre amoureuse de l’étoile et de l’homme de l’ombre, est cousue de fil blanc, le texte léger, les clichés véhiculés sur les techniciens de théâtre en province vraiment limite, même sous couvert d’humour, les va-et-vient entre scène et coulisses un peu répétitifs. Enfin, le final sous un ciel étoilé, neu-neu à souhait. L’amour de l’art ne suffit pas. Encore faut-il avoir la manière… « L’amour de l’art », Théâtre du Chêne noir, 21h, jusqu’au 29 juillet.
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