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Musiques et scènes du monde
Trois moments forts au festival Les Orientales Le premier week-end du festival Les Orientales vient de s’achever, sous une chaleur de plomb. Parmi la foule de propositions artistiques, on en retiendra trois, particulièrement marquantes.Le Dewa Ruci, interprété par Ki Enthus, est l’une des versions les plus contemporaines qu’il ait été donné de voir, en France du moins, du Mahabararata à la sauce javanaise. Non seulement la fable de Bima, envoyé quérir l’eau sacrée, est mâtinée d’éléments locaux, imprégnés de soufisme, mais la réalisation qui en est donnée par le dalang (l’acteur manipulateur) est diablement moderne. Sans comprendre le texte, où les éléments du mythe se mêlent à l’actualité, on peut admirer la facture des ombres colorées, découpées dans du cuir, et rendues vivantes, à bout de bâton, par Ki Enthus. Pas de joliesse fleurant une quelconque nostalgie ou un simili respect de la tradition ; les figures suivent les règles du genre mais avec une griffe résolument d’aujourd’hui. Et l’art du manipulateur n’est pas des moindres quand il s’agit, en virtuose, d’entremêler les figures, que Bima déracine les arbres, ou que son double rayonnant lui apparaisse au fond des eaux. Entre les actes en ombres, l’intermède des marionnettes rappelant notre guignol (wayang golek) ajoute une touche de comédie populaire et permet au spectateur, par des allusions au monde d’aujourd’hui, de faire corps avec la légende, sans que l’enseignement qu’elle véhicule soit trop pompeusement édifiant. On avait apprécié le wayang kulit présenté à la Cité de la musique il y a quelques mois. C’est une forme plus moderne, y compris dans son interprétation de la musique (chant et gamelang) aux accents parfois carrément bollywoodiens, qui a enchanté Saint Florent. La proximité, sous la tente du café oriental, n’était pas un mince atout pour acceuillir cette proposition. C’est dans l’Abbatiale que la seconde surprise du festival s’est déployée. Les ethno-musicologues avaient beau vanter le caractère d’exception du launeddas, cette triple flûte datée du VIè siècle avant Jésus-Christ et dont la Sardaigne semble avoir l’exclusivité puisque les autres instruments antiques, de l’Egypte à l’Asie Centrale, ne comportent que deux tuyaux. Il fallait le voir pour le comprendre. Orlando Mascia, expert en la matière, à déployé à Saint Florent tout son art, proprement incroyable. En souffle continu, l’artiste développe des harmonies qui font immanquablement penser à la présence de plusieurs instrumentistes. Mais non, il est bien seul, mais sa musique semble celle d’un orchestre. Mascia est l’un des rares lauddenaro et il contribue, en Sardaigne, à perpétuer cet art au sein de l’Orchestra popolare sarda. A Saint Florent, il était accompagné par les tenores d’Urzulei, dignes représentants des chœurs de bergers de l’île, dont les chants, issus de rites curatifs, savent alterner avec sensibilité les airs profanes et religieux. Le troisème moment fort de ce premier week-end aux Orientales a été, sans conteste, la projection de Tibet libre : Kalachakra, réalisé par Jeanne Mascolo. Mêlant habilement les images documentaires, d’archives et de films hollywoodiens consacrés au Tibet, ce film qui date d’une dizaine d’années reste précieux pour comprendre le destin de ce pays, dont 2009 marque le cinquantenaire de l’occupation par la Chine. Sans pathos, Tibet libre énonce les faits, éclairés implacablement par la discussion qui a suivi la projection et les interventions de Claude Levinson, l’une des porte parole les plus ferventes du peuple tibétain. Moment salutaire, car les medias ont un peu trop passé sous silence ce sinistre anniversaire, focalisés sur la crise financière et économique et les difficultés nationales. Mais si les choses peuvent changer, et les boudhistes le savent bien, il n’est sans doute pas superflu d’aider les hommes à mettre en branle la roue du temps. Le deuxième week-end du festival débute ce soir avec un concert inédit de flûte bansuri et de veena. On retrouvera, pendant les trois jours, la musique indienne avec la double flûte et la double clarinette, puis à nouveau la venna et les musiques du Rajasthan. Egalement au programme : Lo Cor de la Plana et ses polyphonies du pays occitan, des danses khmères et roms, une rencontre entre l’ensemble Barbara Furtuna et Constantinople (Corse et Asie), et un final endiablé avec des musiques tsiganes de Hongrie. Renseignements au 02 41 72 62 02 Ill : Wayang Kulit, © Albert Finestres Les Orientales 2009: c'est parti ! Comme chaque année, depuis onze éditions, le festival Les Orientales va enchanter, pour deux week-ends, Saint-Florent-le-Vieil, niché au creux de la Loire. C’est sous le signe de l’image que se place le cru 2009 : affiches et photos à profusion, réparties en plusieurs expositions, théâtre d’ombres et d’images indonésien, pléthore de films indiens … Mais le spectacle vivant n’est pas absent, loin de là. Comme toujours à l’honneur, l’Inde le dispute cette année au Tibet, auquel un focus est consacré, le premier week-end, le second étant placé sous le signe de Claude Lévi-Strauss qui a soufflé, au printemps dernier, ses cent bougies. Musique klezmer, chants sardes, rituels de Mayotte, danses hongroises …, l’Orient, à Saint Florent, est décliné du plus proche au plus lointain, dans le plaisir de la découverte de ces ailleurs qui sont parfois à notre porte. On ne redira jamais assez combien importants sont ces moments de contact avec les cultures autres, dont l’ignorance engendre encore trop de malentendus et de dérives.Ce week-end et le week-end prochain ; renseignements au 02 41 72 62 02 Sterijino Pozorje : 54è édition Novi Sad, à une petite heure au Nord de Belgrade, en plein cœur de la Voïvodine aux ethnies multiples et aux champs de blé à perte de vue : qui ne connaît son festival EXIT ? Un conte de fées, semble-t-il. Après la guerre des Balkans et les bombardements de l’OTAN sur la ville, un groupe de jeunes décide de s’emparer de la forteresse du XVIIIè siècle pour y installer les podiums qui accueilleront des groupes de musique actuelle ; la Serbie a besoin de miser sur sa jeunesse. L’opération dépasse tous les espoirs puisque, l’an dernier, EXIT a été désigné comme le meilleur festival d’Europe. L’un de ses inventeurs, Ivan Lalic, a récemment pris la direction artistique de l’un des piliers de la culture en Serbie : Sterijino Pozorje, le festival de théâtre (à l’origine national) qui connaissait cette année sa cinquante-quatrième édition. Et bien sûr, il n’a pas pu s’empêcher de traîner son public … dans la forteresse. Coup de maître : par sept degrés et sous une pluie grincheuse, sept cents spectateurs ont suivi, pendant quatre heures, un Roi Lear interprété par l’une des vedettes de l’ex-Yougoslavie : Rade Serbedzija. L’endroit, incontestablement, offre des potentialités de mise en scène, que la troupe aguerrie a su exploiter. Depuis 2001, Ulysses Theatre a développé son travail in situ sur l’île de Brijuni (Croatie), créant le Roi Lear dans la forteresse et explorant la plage, entre autres lieux de spectacles. L’affiche de Sterijino Pozorje, aujourd’hui internationale, proposait fin mai une vaste programmation, systématiquement surtitrée, en serbe ou en anglais. A l’opposé de l’aventure « learesque », confiné dans un petit théâtre, étranglé (à juste titre) dans une scénographie en angle fermé, un grand classique national, La Mort et le derviche, a recueilli tous les suffrages. Montée par le Théâtre National de Belgrade, la pièce a le mérite de la simplicité et de l’efficacité. Un jeu intériorisé, pas d’effet inutile de mise en scène, un thème assez universel : la compromission par le pouvoir, il n’en faut pas plus pour que l’œuvre de Mesa Selimovic, adaptée par Borislav Mihaljovic Mihiz et mise en scène par Egon Savin, touche les spectateurs. Ramenée dans les années cinquante, l’intrigue éveille des échos chez les ex-yougoslaves « non alignés », mais elle peut sans aucun doute faire mouche auprès d’un plus vaste public, et pourquoi pas français ? Il suffirait qu’un programmateur fasse preuve d’un peu d’audace. Illust : La Mort et le derviche, DR Ramayana thai Après un Ramayana indonésien, la Cité de la Musique présente ce week-end, une version thaie de la célèbre épopée, en attendant, fin avril, la version indienne en kathali. Pour l’heure, c’est de théâtre khon qu’il s’agira. Art de cour, codifié comme il se doit, le khon est également lié aux croyances fondatrices de la communauté et peut être donné lors de cérémonies. Les danseurs, aux gestes codifiés en fonction de leur personnage (princes, singes, ogre, etc), sont accompagnés de musiciens et d’un chœur qui rythment et soutiennent leurs apparitions. Le Ramakien thai, adaptation locale du Ramayana, narre la lutte entre Rama, avatar de Vishnou, et l’ogre qui a enlevé sa femme, Sita. Une histoire somme tout assez simple à suivre, rehaussée de costumes et de maquillages somptueux.Le 31 janvier à la 20h à la Cité de la Musique. Mythes aztèques et mayas Il est toujours compliqué, quand une culture a été niée par des décennies, voire des siècles d’occupation, de définir et de présenter ce qui la caractérise. Difficile également d’exporter cette culture et de l’afficher sur une scène occidentale où la notion de spectacle, impliquant un rapport codifié entre les acteurs et le public, est fortement ancrée. Ces deux questions posées, voilà que la perplexité s’installe, face au programme présenté, ce week-end, à la Cité de la Musique. Aztèques et Mayas, en effet, ont subi la colonisation espagnole et leurs cultures ont eu les pires difficultés à traverser les époques, se teintant fortement de christianisme et s’hispanisant dans les instruments, les coutumes, voire les mythes. L’histoire de l’humanité n’est faite que de ces hybridations. Le pari était donc risqué, de chercher à présenter des traces de ces cultures enfouies, telles que les habitants de ces pays tentent de les conserver ou de les reconstituer. Le Théâtre Claude Lévi-Strauss avait rencontré les mêmes difficultés, l’an dernier, dans le cadre du cycle consacré au chamanisme en Sibérie. Mais là, au moins, la mise en scène se voulait discrète et c’était le vécu des natifs qui était mis en valeur. Ce week-end, les spectateurs ont eu droit à une démonstration, parfois surprenante, de rites manifestement spectacularisés pour la scène. Si dans la rue musicale, la proximité avec les artistes pouvait rappeler le rapport d’origine de la communauté ; dans la grande salle, l’éloignement et les moyens techniques mis en œuvre niaient totalement cette dernière. Il est toujours très délicat de présenter les musiques et les spectacles « du monde » hors de leur contexte ; à moins d’annoncer clairement qu’il s’agit d’une interprétation, par un groupe d’artistes contemporains, s’inspirant de plus ou moins loin de ces cultures traditionnelles, comme le fait Pleyel cette année, par exemple. Ce n’était pas le cas ce week-end ; dommage.Le prochain rendez-vous à la Cité de la Musique est en janvier, le 31, pour un Ramayana à la sauce thaïe. Ill : compagnie Sotzil de Solola, DR La traversée des apparences Plongée en Indonésie, le 22 novembre dernier, à la Cité de la Musique ! Plus précisément, au cœur du Ramayana, dont l’établissement présente, au cours de la saison, trois versions (celles de Thaïlande et d’Inde suivront). L’après-midi, un forum passionnant donnait quelques clés indispensables à l’appréhension de l’épopée et de ses différentes versions scéniques. Eternelle lutte de l’ordre et du désordre, le Ramayana prend ses racines dans l’hindouisme mais se colore des influences culturelles locales (islam et fonds javanais en Indonésie, boudhisme en Thaïlande). La version présentée ce samedi, par un ensemble javanais rejoint par les professeurs de gamelan de la Cité de la Musique, s’appuie sur la dextérité puissante du dalang. On nomme ainsi le manipulateur des formes colorées découpées dans du cuir (wayang kulit), qui accompagne vocalement sa prestation visuelle. Seul face à l’écran pendant deux heures trente, Sri Joko Raharjo ne faillit pas un instant ; il jongle avec les voix, manie les figurines avec précision et humour. Parfois Guignol n’est pas loin : les batailles entre les bons et les méchants, ponctuées de coups sur le nez, sont universelles. La Cité de la Musique a eu l’heureuse idée de créer un dispositif permettant aux spectateurs installés dans la salle de bénéficier à la fois de la vision de l’orchestre et du manipulateur placés derrière l’écran, et des ombres qui en résultent. Ces dernières, filmées et projetées sur un écran surplombant le castelet, ne sont en effet qu’apparences (traduction littérale de wayang). Spectacle ou leçon de vie ? Les deux à la fois pour qui sait prêter attention aux valeurs sous-jacentes à l’histoire. On attend avec intérêt les deux autres versions du Ramayana (thaïe en janvier et indienne en avril). Mais pour l’heure, c’est aux pays maya et aztèque que la Cité de la Musique nous convie, le week-end du 12 au 14 décembre.A l’année prochaine, Saint Florent
© Nadine Delpech Moments rares aux Orientales
Le festival Les Orientales creuse cette année le sillon du soufisme (deux groupes de Mayotte en donnant un écho de l’Océan Indien) et de l’Inde (sous toutes ses latitudes), y piquant quelques touches balkaniques. Ce week-end, ce seront les moines danseurs de Majuli qui se produiront, en grande première, hors de leur île du Nord de l’Inde. Un moment rare, accompagné par le film déjà diffusé sur Arte, « Dans les brumes de Majuli ». Le Duo Balkany (Bulgarie) et les polyphonies de Dalmatie (Croatie) apporteront la touche balkanique à un programme qui, chaque année, réussit à faire redécouvrir l’Orient dans toutes ses senteurs.
© Denis Gontard Amiens côté rue - la Fête dans la Ville édition 2008
Le week-end dernier, comme nous vous l'annoncions, la ville d'Amiens a respiré au rythme de la Fête dans la Ville, festival des arts de la rue qui porte beau ses 31 ans. Autour de la rue des trois-cailloux, artère principale du centre-ville, des animations quasi non stop, de l'après-midi jusqu'au soir. Ici, un jardinier barbu et à sandales purifie les arbres de la ville au moyen d'étranges cataplasmes (Le balayeur de vent / V.O. Compagnie); là des moutons paissent de manière si réelle sous leur costume que les enfants se pressent pour les caresser ou leur tendre des brindilles d'herbe (Les moutons / Corpus) ; là-bas encore, Madame Lejaune sème le trouble aux feux tricolores. Cette drôle de dame aux allures de reine d'Angleterre en goguette, franchit la ligne jaune dès qu'elle le peut, abat des canards au beau milieu de la chaussée, circule en voiturette électrique sans grand souci du code la route, colle des affiches narcissico-féministes et entreprend tout ce qu'elle peut pour refleurir l'air de la ville. Tout un programme en finesse et en jaune signé Princesses Peluches (illus.).
La Fête dans la Ville d'Amiens
La Fête dans la Ville d'Amiens, 31ème édition, du 19 au 22 juin 2008 (www) Fin de cycle à BranlyLe cycle « Le corps miroir du féminin » s’est terminé, au Théâtre Claude Lévi-Strauss, avec City Number de la Body Dance Company de Taiwan. Parfaitement dans la thématique, cette pièce tresse les différentes réincarnations d’une prêtresse taoïste, perpétuellement à la recherche de son amant. Le théâtre asiatique est friand du travestissement. Dans certains cas, les rôles de femmes sont exclusivement joués par des hommes. C’est sur ce registre que le metteur en scène Lee Ming-Cheng a voulu jouer et, surprise pour les spectateurs qui avaient suivi le spectacle birman des Nat-kadaws quelques jours auparavant : les Nats étaient de retour ! Autrement dit, le comédien taiwanais porteur de l’une des réincarnations d’une âme de femme dans un corps d’homme avait l’allure, à s’y méprendre, des mediums birmans présents sur la même scène la semaine précédente. Jolie boucle pour ce cycle dont la problématique soulève bien des interrogations, en matière de société, s’entend.
Entre la Birmanie et Taiwan, les spectacles avaient fait un détour par la République de Touva, célèbre pour ses chants diphoniques. Fidèles au poste, trois musiciens et chanteurs accompagnaient un défilé de mode ethnique se donnant des airs de chorégraphie rituelle. Viacheslav Dongak, le styliste, sait lui jouer, dans ses broderies et ses accessoires, des symboles ancestraux, voire rituels. Une jolie combinaison de tradition et de modernité. Le prochain (et dernier) cycle de la saison sera consacré, du 17 au 28 juin, au « corps acrobatique ». Burmawood à BranlyLe cycle « Le corps, miroir du féminin » vient de débuter, au Théâtre Claude Levi-Strauss, par un très joli programme, consacré à la Birmanie. Affirmer que les mouvements des marionnettes sont à l’origine de la danse n’est pas un vain mot dans ce cas. Le décrochage des articulations des danseurs (poignets, coudes, épaules, chevilles, genoux) font irrémédiablement penser aux membres tirés par des fils. La démonstration est flagrante lorsque, dans un « défi » un petit personnage de bois et un enfant se lancent dans une joute.
D’ailleurs, les interprètes des danses de cour comme les marionnettes sont vêtues de strass et de paillettes à faire pâlir tout Bollywood, et certains déhanchés, décrochés d’épaules ou quelques portés audacieux ne sont pas en reste. Etonnante culture, où la majorité boudhiste ne sourcille pas à pratiquer le culte des nats, ces esprits protecteurs, dont le destin terrestre fut immanquablement tragique. Deux films documentaires et une cérémonie énergique ont permis aux Parisiens de se familiariser avec ces rituels bon enfant et festifs qui, là-bas, rendent bien des services à ceux qui y prennent part. Il est bien vivifiant, en Occident, de vivre de tels moments où la foi se décline aux couleurs de la fête, de la musique et de la danse. On le sait, tout est dans la croyance, et celle-ci n’en prend que plus de force quand le spectaculaire est au rendez-vous. Merci, nat jouisseur, d’avoir illuminé notre week-end pluvieux ! Rituels et travestis à Branly ! Quand diable le musée du Quai Branly (www) cessera-t-il de produire des supports de communication hideux et racoleurs pour annoncer les spectacles présentés au Théâtre Claude Lévi-Strauss ? Une fois de plus, l’affiche du cycle « Le corps miroir du féminin » ne fait pas honneur au programme exceptionnel concocté par la direction artistique. Et c’est dommage. Le dernier cycle proposé, durant les fêtes, avait fait naître la polémique, soulevée en son temps par l’organisation de certaines soirées, à la Maison des Cultures du monde. A quoi peut bien rimer de présenter, sur une scène parisienne, un rituel venu d’ailleurs ? On comprend mal cette vision étroite qui revient à nier la véritable valeur esthétique que revêtent la plupart des cérémonies et rituels. Même les messes chrétiennes ont une certaine valeur spectaculaire ; mais si le curé demande à ses fidèles d’ « y croire », les simples spectateurs, mécréants, ne sont pas pour autant privés de la magnificence des costumes, des éclairages, des chants et de la musique qui font les bons spectacles. Assister à un rituel au musée Branly revient à en apprécier la valeur artistique ; tout comme regarder dans les vitrines les objets, profanes ou sacrés, exposés. Où est le mal ? Bref, du 13 au 23 mars, le cycle intitulé « Le corps miroir du féminin » offrira l’occasion d’une plongée dans la culture birmane, des médiums Nat-kadaw aux danses de cour, en passant par les marionnettes et la musique. Ce panorama birman sera complété, pour rester dans la thématique, par un défilé de vêtements ethniques de Touva accompagné de chants diphoniques, et par un spectacle de danse-théâtre de Taiwan intitulé « City Number ». Bouder son plaisir et rater une occasion unique de découverte pour quelques critiques d’esprits chagrins et une affiche impossible n’est pas digne du public parisien, ouvert, curieux et respectueux de ce qu’on lui propose. On peut souhaiter, en tout cas, qu’il en soit ainsi. Les Francophonies à l’affiche Il est bien loin, le temps où ceux qui faisaient le voyage à Limoges en revenaient parfois avec l’amer sentiment que la coopération avec l’Afrique, en matière théâtrale, se limitait à faire interpréter tant bien que mal à des autochtones les œuvres du grand répertoire français. Sans doute, ces pionniers n’avaient-ils pourtant pas tout à fait tort, puisque 24 ans après sa création, le festival Francophonies en Limousin propose une affiche résolument versée sur la création contemporaine, outre frontières.D’Afrique, bien sûr, mais aussi et surtout d’Europe, les créateurs de l’édition 2007 abordent résolument les questions qui agitent notre vivre ensemble, de l’échelle locale à l’aspect intercontinental. Car, enfin, qu’est-ce qui nous constitue si ce n’est une histoire, pas toujours commune, qu’elle soit ancienne ou contemporaine ? Théâtre, danse, musique, expositions, rencontres : le programme fourmille d’occasions de faire le point sur notre rapport à l’autre. Et le déplacement en vaut la peine : le Limousin, en début d’automne, est l’une des régions les plus charmantes de l’hexagone. Francophonies en Limousin jusqu’au 7 octobre, à Limoges et aux alentours (www) Théâtre de rue : 1er festival Miraklis à Vilnius Le bleu du ciel est tombé dans les yeux des Lithuaniens. Jeunes ou vieux, tous se pressent sur l’avenue rendue piétonne, parsemée de baraques à saucisses, qui jouxtent allègrement les stands d’animation pour gamins et les galeries (pas les pires !) de la capitale. Deux estrades émaillent le parcours, sans compter la grande scène qui trône sur la place de la cathédrale. Pendant trois jours, Vilnius pulse au rythme des Capital Days qui égaille la rentrée depuis 1993. Groupes musicaux bien sûr, sessions de danse en couple, pantomime, capoeira, chorales … tout cela se succède dans une ambiance bon enfant qui mêle les générations.Etonnante Vilnius, qui fêtera en 2009 ses 1000 ans et sera la capitale culturelle de l’Europe. A quelques encâblures du centre ville, les plus aisés barbotent dans « le plus grand parc aquatique couvert d’Europe centrale » : Vichy Vandens Parkas où les danseurs du groupe Tahiti Nui donnent un peu de couleur locale au décor de résine. Au milieu des gratte-ciel aux façades de verre, quelques maisons de bois subsistent, contraste saisissant, avant de replonger au cœur de la vieille ville. Dans le cadre de ces « Jours Capitale », le théâtre d’Oskaras Korsunovas tente, avec l’aide du théâtre de la vielle ville, de renouer avec la tradition du théâtre de rue. Débuts un peu timides pour cette première édition de Miraklis, mais preuve irréfutable que le public est loin d’être frileux et que les événements en plein air sont l’un des leviers majeurs pour les villes actives. Et l’art dans tout cela ? Andrius Rugevicius (illus.) peut en témoigner. Son projet de « DJ instrument collectif » est né dans les galeries d’art et les festivals multi media. Il pose ici en pleine foire ses trois ronds armés de capteurs, où les spectateurs sont invités à piétiner tandis qu’il mixe en direct. Certes le public ne se rend peut-être pas tout à fait compte du processus, mais quel bonheur de voir tout le monde, vraiment tout le monde, s’amuser à s’emparer de l’art contemporain ! Vive la foi aux Orientales !Posté par Floriane le 07.07.07 à 10:05 | tags : festival, ici et là, international, musique, sur la route
Fin de matinée, dimanche, à Saint Florent le Vieil. A l’église, les ouailles recueillies digèrent le sermon. Au Palais Briau, le public tape dans les mains et scande « Djaï Guru » avec les Bauls, venus du Bengale, pour chanter leur foi en l’homme. Contraste saisissant et vivifiant. Il est des civilisations, en effet, où la religion n’est pas que sévère mais où elle s’exalte en rassemblements quasi festifs ou en tout cas pleins de ferveur communicative. Ainsi, les soufis d’Egypte, représentés au festival par Sheikh Taha, jamais sorti de sa congrégation de Louxor, contrastent-ils avec ceux de Turquie. Süleyman Erguner, digne joueur de flûte ney, avait plutôt plongé l’assistance de l’Abbatiale dans l’apaisement d’un retour sur soi-même.C’est cela, les Orientales, un petit goût d’ailleurs au cœur de la douceur angevine, un savant et joyeux mélange de guimbardes chinoises, touva ou rajasthanaises; un art de présenter, à côté de pointures reconnues, de tout jeunes artistes en devenir. Impossible de les nommer tous ; impossible et inutile, car ils sont avant tout les porte-parole de l’un des langages les plus universels qui soient : la musique. Toutes les infos sur le site des Orientales. Les Orientales : du rêve à portée de TGV![]() Programme complet sur le site Les Orientales. Voix d’Orient à la Cité de la musique La troisième biennale d'art vocal se déroule du 22 mai au 3 juin, à la Cité de la Musique. Le week-end central y est consacré aux femmes d'Orient et Dieu sait que ce n'est pas un statut facile à porter en ces temps de misère intellectuelle. Quand en plus, ces femmes se permettent de chanter, soit elles sont proscrites, menacées, au mieux méprisées, soit elles atteignent au statut de « divas », égales donc protégées des dieux. L'enjeu de réunir ces femmes chanteuses orientales n'est donc pas seulement culturel au sens artistique, mais également au sens politique. Elles viennent d'Ouzbékistan, d'Algérie, du Maroc, d'Iran, du Pakistan, de Taiwan, et portent en elles des traditions millénaires, à la fois mystiques et populaires. Paris a la chance extrême de pouvoir les accueillir, toutes ensemble, ce week-end des 26 et 27 mai, d'abord et avant tout en tant qu'artistes.Tous les renseignements sur le site de la Cité de la Musique. Côté mag, lire la présentation des spectacles d'ailleurs à la Cité de la musique. MAJ : lire le compte-rendu du cycle Femmes d'Orient. Diverses facettes de l'Inde au Théâtre de la Ville Décidément, l'Inde est à l'honneur, en cette fin de saison, dans la capitale française, après un hommage remarqué au dernier Salon du Livre. C'est pourtant avec un artiste iranien, Kayhan Kalhor, que le programme de mai débute, les 12 et 14. Ce joueur de kamantche invite, le samedi, le Turc Erdal Erzincan, au baglama, pour un duo de cordes contrasté. Le lundi, c'est le chanteur iranien Hamid Reza Nourbakhsh qui l'acompagne.Et puis, c'est la plongée dans l'Inde, sous ses facettes les plus inattendues. Duo de mandoline et de guitare, le 26 mai, avec U. Shrinivas et Debashish Bhattacharya ! Non, ce ne sont pas des instruments " locaux " mais les couleurs sonores ont su charmer les deux interprètes depuis fort longtemps. Le 14 juin, les cousins Daga (Wasifuddin au chant dhrupad et Bahauddin au rudra vina, instrument de la famille du sitar) finissent en beauté l'année des musiques du monde dans le théâtre parisien. Dans la foulée, du 12 au 16 juin, Maria-Kiran et Shantala Shivalingappa, du 19 au 23, clôturent la programmation de danse. La première présenta l'an dernier un Bharata/Bach remarqué, basé sur le rapprochement entre le rituel des temples indiens et la messe. Elle revient avec La Face cachée où elle revisite le bharata natyam pour relater les transports amoureux des divinités indiennes. Enfin, c'est au kichipudi, une danse apparue au XVè siècle, que la seconde se consacre, quand elle ne danse pas chez Pina Bausch. Gaieté et pirouettes garanties ! Au Théâtre de la Ville à Paris (www).Sur le mag : présentation de la programmation "spectacles d'ailleurs" au Théâtre de la Ville. L'Inde (encore) et la Mongolie à Guimet Fin de saison chargée pour l'auditorium du Musée Guimet. Tandis que le cycle de films et de conférences sur la Mongolie se poursuit jusqu'au 20 juin, quelques soirées consacrées à la danse et à la musique indienne rassemblent des plateaux de choix.Surbahar (sitar basse) et tabla (percussions) le 11 mai, avec Kusha Das et Biplab Bhattacharya : tout un monde de nuances, enregistré chez Ocora Radio France sous le titre Raga Marwa. Santour et tabla le 12, avec Sandip Chatterjee et Apurba Mukherjee. Un instrument étonnant, le santour : il remonterait aux Assyriens ou aux Babyloniens, et serait arrivé de Perse en Inde au XVè siècle ... Le 25 mai, c'est le Pakistanais Sharafat Ali Khan qui, accompagné de ses musiciens (au tabla, à l'harmonium et au tanpura, l'instrument qui pose la base harmonique), égrènera des chants indo-pakistanais. Dans sa famille, la tradition musicale remonte au XVIè siècle et à la cour moghole de Fateh Pur Sikri. Danse enfin, avec le récital de Mohini attam (danse féminine du Kerala) de Brigitte Chataigner, les 8 et 9 juin. Le 7, le film La danse de l'enchanteresse donnera quelques clés de cette forme d'art, peu connue en Occident, qui rappelle, paraît-il, que Vishnu prit à plusieurs reprises la forme de Mohini l'enchanteresse ... Et le cycle " Mongolie " se termine le 22 juin avec les chants et les danses du groupe Khan Bodg, incomparables au chant diphonique et dans aux divers instruments pratiqués sous les yourtes. Pour couronner le tout, en fin de concert, les musiciens se masquent et interprètent des danses Tsam, afin de chasser les mauvais esprits ... Une façon originale de s'assurer des vacances réussies ! Côté mag, lisez la présentation de la programmation de l'Auditorium du Musée Guimet. Parfums d'Arménie à l'Olympia L'Arménie est (aujourd'hui) un petit pays coincé au cœur du Caucase. On en connaît la triste actualité récente, mais on ignore souvent la grandeur des civilisations qui ont traversé l'histoire de ce bout de terre qui (quasi seul) a conservé son nom depuis l'antiquité. Lieu de passage inévitable pour tous les flux et reflux de migrations, l'Arménie se voit aujourd'hui réduite à peau de chagrin sur les cartes dressées par les hommes et son peuple, plus qu'aucun autre, dispersé aux quatre coins du globe. Dans les années 70, les chorégraphes se sont lancés à la redécouverte des richesses inouïes de leur patrimoine, qu'il était grand temps de penser à préserver. Parfums d'Arménie est, en quelque sorte, le fruit heureux de tout ce travail, allié à la création contemporaine de la chorégraphe Christina Galstian-Agoudjian, formée à Yerevan et installée aujourd'hui à Alfortville à la tête de la compagnie Yeraz. L'histoire, les traditions, les joies et les souffrances de ce peuple millénaire seront présentées dans cette grande fresque, à l'affiche de l'Olympia le 8 mai prochain. La séance du soir affichant complet, une autre a été programmée à 16 heures. Frisson et émotion garantis !Impro poétique à Branly Venus de Cuba, les agriculteurs-poètes improvisateurs se relaient, du 28 mars au 1er avril, sur la scène du Théâtre Claude Lévi-Strauss. C'est carrément tout un pan de société et d'histoire qui sera présenté là. La poésie improvisée est, en effet, arrivée sur l'île avec l'immigration des Iles Canaries, du XVIIIème siècle. Et c'est dans la poésie savante espagnole, puis dans sa forme populaire andalouse, que ces mélodies et ces joutes orales plongent leurs racines. Les Repentistas (c'est le nom de ces improvisations) enflamment la période pré-révolutionnaire cubaine, radio et télévision s'en faisant le relais. Accompagné par le Punto (le genre musical dédié), le cadre métrique (10 vers de 8 syllabes) est scrupuleusement respecté par ces slameurs avant l'heure, mastiquant la langue et les thèmes chers à l'imaginaire populaire. Et dire que ces artistes ont tous une double vie de cultivateurs le jour et de poètes la nuit. Seul le haut degré d'alphabétisation réservé à l'ensemble de la population cubaine a pu rendre possible la persistance de cette pratique. Espérons que l'esprit de Fidel persistera, lui aussi, au-delà de son régime, pour que le peuple de l'île puisse continuer de s'exprimer, en vers et contre tous ! Sur le mag : présentation de la programmaton du Théâtre Claude Lévi-Strauss Le site du Musée du quai Branly : www. Discographie : Repentistas ! chez Accords croisés/Harmonia Mundi Photo d'illustration : © Emmanuel Honorin L'Inde à Guimet
Les mille rives d’IstanbulRetour sur Istanbul, programmation du week-end dernier (23 au 27 février) à la Cité de la Musique (cf. programmation musiques d'ailleurs).
![]() Présenter une ville sous ses multiples facettes musicales est le pari tenté par la Cité de la Musique, cette saison. Avec Istanbul, aux mille influences au travers des siècles et de l'histoire, la tâche est de taille ! D'autant plus que les traditions se muent aujourd'hui en scènes « branchées », pas toujours digestes. La parabole du riz Le marais mésopotamien Sons et couleurs d'Arménie![]() Une petite église au détour d'un chemin de campagne, le mont Ararat en toile de fond, la joie, la plainte, le liturgique, le profane : tout y est passé, samedi, au Théâtre des Abbesses. Les artistes réunis autour de Levon Minassian (photo) et Roselyne Minassian ont littéralement fait vibrer la communauté arménienne largement représentée dans la salle comble. Ils sont si nombreux, il est vrai ; une diaspora répandue dans le monde entier, mais accueillie en France comme nulle part ailleurs. Les Minassian et Gaguik Mouradian, au kamantche y sont installés ; les deux autres joueurs de doudoune et le chanteur arrivent directement de Yerevan. Tous sont incroyablement doués et inventifs. Roselyne Minassian, sait feutrer sa voix grave pour épouser le son du doudouk ou mettre en valeur les accents éclatants de Hamlet Gevorgian, qui excelle aussi bien dans le répertoire traditionnel que dans les hymnes religieux. Gaguik Mouradian fait comme nul autre chanter sa kamantche (vièle à pique), tantôt claire et agile comme un violon ; le plus souvent feutrée, voilée, chuchotante ; mais parfois aussi au parfait unisson avec le doudouk. L'instrument roi de la soirée a su faire la part belle aux voix et à la vièle, mais les trios Minassian, Ghazarian, Ghasabian sont incroyables de couleurs et d'espaces. Un bourdon rappelant les orgues d'église, des mélodies parfois sautillantes, le plus souvent plaintives, c'est un répertoire revisité que nous ont présenté les artistes. Diable d'homme, ce Levon Minassian, qui travaille inlassablement son instrument pour en étendre les possibilités, et qui y réussit ! Sa notion de la spatialisation est étonnante, et l'équilibre qu'il sait faire naître entre les voix renforce ces voyages. A écouter absolument : les disques de Levon Minassian (chez Longdistance cities) et de Gaguik Mouradian, (chez Buda Musique et Abeille musique production/Emouvance). Côté mag : présentation des "Spectacles d'ailleurs" au Théâtre de la Ville |
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