Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.
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Les pérégrination mentales de Joseph Nadj - Deuxième partie

Posté par JdF le 19.07.06 à 10:34 | tags : festival d'avignon 2006, josef nadj
Après avoir laissé derrière moi la Place des corps Saints et l'Église des Célestins, c'est vers l'École d'Art que mes pas me dirigent. Sise boulevard Raspail, dans un ancien hôtel, bâti au XVIIe siècle, l'école abrite trois expositions.
Entrant dans l'école, par la rue adjacente, on peut voir les "Miniatures", les dessins de Joseph Nadj : hommes occuper à des rituels étranges, accompagnés ou nom d'animaux, souvent enfermés dans d'étroites pièces. Le dessin est précis, le fond est crayonné de façon à donner un relief à l'espace de la feuille, qui s'il est réduit, n'en est pas moins très élaboré : le cadre de la scène, la disposition des êtres et des objets font que ces miniatures sont des lucarnes ouvertes sur un univers où il se passe des choses extraordinaires.
Entrant par le jardin, on accède à "La maison du petit-sable" qui regroupe les photographies que Joseph Nadj a prises d'une maison occupée et décorée par des Roms, puis délabrée par le temps. Superpositions de tentes : peinture, papier peint, fissures, orifices, Nadj cadre un détail et l'image qui en surgit raconte cette histoire à travers les states et les sédiments qui s'y sont déposés.
Dans les pièces suivantes, "Le Chemin des arbres" rassemble des dessins, des fusains, des encres d'Alexandre Holan dont l'œuvre a marqué Nadj : troncs massifs, feuillage qu’on imagine bruissant, à mi-chemin entre le ciel et la terre, l’arbre fascine ceux qui voient en lui une métaphore, voire un modèle de l’humaine condition.
Or, contrairement à Alexandre Hollan qui a quitté la Hongrie en 1956, ou à Joseph Nadj qui, vivant en France depuis 1980, retourne fréquemment dans sa ville natale Kanizsa, en Voïvodine, l’arbre, en principe, est lié à la terre qui l'a vu naître.

Les deux parties de l’exposition renvoient donc à un sème commun : attachées au sol comme l’est l’arbre, ou en constante migration comme le sont les Roms du Petit-Sable, les photographies de Joseph Nadj et les dessins d’Alexandre Hollan racontent le rapport problématique de l’artiste à une origine.

L’origine, qu'elle soit réelle ou mythique, est aussi au cœur de « Dernier paysage », film dans lequel Nadj esquisse un traité de géographie personnelle : en son centre Kanizsa, autour, des tumuli, érigés par ses occupants il y a quelques millénaires, qui fascinent Nadj, un ruisseau d’argile dans lequel il s’immerge, s’en couvre le corps, se transformant ainsi en sculpture vivante. Et des prairies, aux herbes mollement couchées par le vent, qui plongent, durant un instant, le paysage dans un état de grâce. Ainsi, pour Nadj, le sol n’est pas inerte : il est meuble, il est fluide, il est vivant.

Les pérégrinations mentales de Joseph Nadj - Première partie

Posté par JdF le 14.07.06 à 12:26 | tags : théâtre, festival d'avignon 2006, josef nadj, danse, pâques, loufoque
Pas plus tard qu'hier, j'écrivais tout le bien que je pensais d'Asobu, de Joseph Nadj. Il est temps, aujourd'hui de décrire le parcours que, de l'église des Célestins, à l'Ecole d'Art, jusqu'à la Maison Jean Vilar, j'ai effectué afin de m'immerger dans l'univers mental de ma nouvelle idole.

Commençons par l'église des Célestins, où sont disposées quelques sculptures et céramiques de Miquel Barcelò. Le lieu est impresionnant et donne aux pièces exposées un petit quelque chose d'archaïque, comme si elles avaient été exhumées de fonds marins ou de sépultures millénaires. L'église, quelque peu délabrée, est plongée dans la pénombre, le sol est poussiéreux, la présence d'un moniteur video, devant lequel personne, du reste, n'a pensé à disposer des sièges, est parfaitement incongrue. Voilà une première étape qui commence déjà à faire vaciller mes repères spacio-temporels : un lieu d'expostition ou une crypte ? Des œuvres d'un artiste vivant ou des vestiges d'époques disparues ? Vases ornés de poisson en bas-relief, tête de cheval dit "crucifié". Tout se passe comme si j'étais confrontée à une représentation du monde originelle. C'est pourquoi, je ne fus pas dépaysée, lorsqu'au Musée Calvet, visitant l'exposition, "Figures de l'acteur, la paradoxe du comédien", je fus frappée par deux toiles grand format du même Barcelò. L'une "papier journal" est une tranformation de ce matériau par le plissage, le grattage, la peinture que Barcelò lui a appliquée. L'autre "fond marin", évoque tout à fait un sol sablonneux couvert d'algues. Dans les deux cas, la toile sert à matérialiser un imaginaire : l'inconnu des profondeurs marines à l'artefact de notre banalité quotidienne.

Cela ira pour ce matin, ce soir, je vous raconte la suite...

Église des Célestins Place des Corps Saints
Ouverte tous les jours de 11h à 16h

Le musée Calvet
Hôtel Villeneuve-Martignan
65, rue Joseph Vernet T. 04 90 86 33 84 Mail : musee.calvet@mairie-avignon.com
Ouvert tous les jours sauf mardi de 10h à 13h et de 14h à 18h

Ma passion naissante pour Joseph Nadj

Posté par JdF le 13.07.06 à 20:57 | tags : théâtre, josef nadj, festival d'avignon 2006

Ce festival aura été pour moi l'occasion de découvrir Joseph Nadj, en l'occurrence, l'artiste associé à la programmation du festival pour cette édition 2006. Eh oui, je sais bien que certains en sont des inconditionnels depuis des années (son premier spectacle date de 1987), mais voilà, je fais partie de ceux pour qui le monde de la danse a longtemps été étranger et qui le découvre à la faveur de ce glissement vers l'hybridité des genres, glissement qui s'opère actuellement, à Avignon comme ailleurs.
Cette découverte, donc, a été une révélation : contrairement à Jan Lauwers, Nadj n'a pas été indigne de sa réputation. Je dirais même : au contraire.

D'une échappée vers l'Orient-Extrême sur les traces de Michaux et du Barbare en Asie, Nadj nourrit son imaginaire, riche déjà toute sortes d'univers. Les fragments filmés de ses précédents spectacles, présentés à la maison Jean Vilar en attestent : une mittel-europa peuplé d'hommes en costume sombres de Comedia Tempo, des faces terreuses et les décors ocres de Woyzeck ou l'ébauche du vertige, les fantaisies acrobatiuqes du Cri du Caméléon ou le mystérieux cérémonail de Petit Psaume du matin.

Asobu mêle à des images qui lui sont chères (des hommes en noir, assis, immobiles face au public, devant une longue table), d'autres d'inspiration nippones (des costumes qui évoquent ceux des samouraïs, des faux rituels de décapitation font voler les hautes coiffes des danseurs). Il fait aussi la part belle à ses danseuses, dont une, japonaise, offre un solo d'une éblouissante beauté, tandis qu'une autre se livre avec Nadj à un corps à corps très érotisé, tout à fait surprenant de la part d'un être qui me semblait, de prime abord, descendre tout droit des sphères célestes.
Asobu - hommage à Henri Michaux 
Chorégraphie Josef Nadj

Joseph Nadj - Exposition
Maison Jean Vilar Ouvert tous les jours (sauf le 14 juillet) de 10h30 à 18h Entrée libre


Josef Nadj, l’oiseau au regard halluciné

Posté par Floriane le 16.03.06 à 16:08 | tags : la ville/châtelet, josef nadj, danse

Le poil grisonne mais la silhouette demeure la même : haute, épaules carrées, et cet incomparable air de « là-bas », d’un ailleurs lointain, de l’Est, de toute une histoire. Et cette façon qu’il a de saluer, sans un sourire, main dessinée, d’une aristocrate ironie …
Ah Nadj, dont le passé de mime, les passions graphiques et une époustouflante maîtrise corporelle rejaillissent à chacun des instants de ce Last Landscape, présenté pour quelques jours au Théâtre de la Ville. C’est de sa Voïvodine natale que lui viennent ces sons de grelots, bruits de carillons lointains, et les chants d’oiseaux qui les accompagnent tout au long de ce spectacle ébouriffé. Les percussions complices et inventives de Vladimir Tarasov, prétextes et prolongements de la gestuelle, tendent le dialogue entre le corps, la musique et le mouvement plastique. Ah Nadj, cet Artiste, n’a pas fini de nous étonner !

Festival 2006 : L'Avignon nouveau est arrivé

Posté par JdF le 05.03.06 à 16:30 | tags : josef nadj, festival d'avignon 2006

MAJ : à suivre, l'actualité du festival d'Avignon 2006 sur Saisons + entretien avec Vincent Baudriller

Ca y est : l'avant-programme du Festival est disponible (contrairement à ce que j'avais avancé dans mon billet précédent, l'avant-programme ne comporte pas les horaires des spectacles, mais bien leurs dates). Pour cette 60e édition, un très beau visuel représente une sorte de carte de géographie d'un territoire imaginaire, où les spectacles sont disséminés.
Ainsi, on sait que le premier spectacle présenté dans la Cour d'honneur du Palais des Papes est Asobu, qui sera un hommage de Joseph Nadj à Henri Michaux. Jospeh Nadj est, après Thomas Ostermeyer en 2004 et Jan Fabre en 2005 (cf. tous les posts consacrés à cette édition sur Saisons), le nouvel artiste invité par les directeurs du Festival à décliner son propre univers ; il présentera deux spectacles, Asobu et Paso Doble, et une exposition de ses photographies. Il est supposé avoir inspiré les codirecteurs dans la programmation, mais en parcourant ses propositions, l'impression qui domine est qu'il s'est agi avant tout de satisfaire un peu tous les goûts, ce qui ne préjuge pas, au reste, de la qualité des spectacles programmés.
En effet, hormis la perspective de voir un enième Edward Bond mis en scène par Françon (d'ailleurs, c'est décidé, je n'irai pas !), l'ensemble donne envie. On prie pour que Eric Lacascade soit, avec Les Barbares de Gorki, dans de meilleures dispositions que lorsqu'il avait mis en scène Hedda Gabler. On peut espérer que le retour vers la Russie lui donnera l'occasion de proposer un spectacle digne de ses admirables mises en scène de Tchékhov.
Marcial di Fonzo Bo sera présent avec la compagie des Lucioles avec quatre pièces de Copi, présentées en deux représentations. Les titres sont évocateurs : Sale crise pour les putes et Loretta Strong pour le premier, Les poules n'ont pas de chaise et La Tour de la Défense, pour le second, (Eva Peron se joue en ce moment au Théâtre de la Bastille et donne la mesure de leur aptitude à monter le théâtre de Copi).
Il y a encore plein de choses : de Jan Lauwers à François Verret, en passant par Bartabas, jusqu'à Marguerite Duras mise en scène par Eric Vigner et l'Orient Extrême par Frédéric Fisbach. Mais nous en reparlerons. (illus. Création Joseph Nadj (détail), photo Christophe Renaud de Lage, pour le 60e Festival d'Avignon)




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