Fil d'actu : MC93  L'actualité de la Maison de la Culture Bobigny (MC93, Bobigny). Tous les billets consacrés à ses programmations sur Saisons.
Ils se sont mis à plusieurs pour analyser, disséquer, digérer le Livre de Job, pour en adapter les références afin qu'elles puissent toucher les auditeurs actuels, pour inventer une façon nouvelle de dire ce grand poème issu d'une lointaine tradition orale. C'est Dgiz, slammeur hors normes, qui prête ses mots et sa voix à Job, Stéphane Pelliccia qui les habille d'électronique, Jean-Luc Therminarias qui les développe en musique et Jérôme Thomas qui les illustre d'une envolée de sacs plastique. Frédéric Révérend a oeuvré en amont à l'étude et la traduction du texte biblique. Jean-Lambert Wild a supervisé le tout. Le livre de Job, devenu Malheur de Job par l'intercession de la Comédie de Caen, c'est une heure de poésie profonde, précise, précieuse.
Le Malheur de Job, enfouissement sous quelques extraits du Livre de Job pour voix, jongle, musique, sms et nuée de sacs en plastique Un spectacle de Jean-Lambert Wild, Jean-Luc Therminarias, Dgiz et Jérôme Thomas A la MC93 de Bobingy, du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30, relâche le jeudi Illus © Tristan Valles


L'an passé, le Standard Idéal avait permis de découvrir Dimiter Gotscheff. Allemand d'adoption, ce Bulgare d'origine présentait à la MC93 en 2007 un Ivanov de toute beauté. Un plateau habillé de brouillard, une interprétation toute en finesse, son Tchekov était un pur moment de théâtre. Autant dire que cette année, le metteur en scène était attendu au tournant. Pour cette nouvelle édition du festival, Dimiter Gotscheff a choisi de présenter le Tartuffe. Comme il l'avait fait avec le brouillard pour Ivanov, il reprend un principe unique de scénographie: ce seront des confettis et des serpentins propulsés sur la scène au tout début de la pièce en un grand feu d'artifice multicolore. Dimiter Gotscheff soumet la pièce de Molière à un petit traitement de choc en l'amputant de quelques scènes, en lui adjoignant pas mal de citations bibliques, et en y injectant une bonne dose de textes de Heiner Müller. Et aussi quelques ajouts de son cru, dont pas mal de commentaires sur l'actualité... française bien sûr. Assez marrant d'entendre Dorine râler comme nous, mais en allemand et avec l'accent bulgare par dessus le marché ! Mais sous la caricature à gros trait - Dorine en travailleuse immigrée à forte gueule, Orgon en doux illuminé tendance sectaire, Marianne en petite fille gâtée et boudinée dans un mini-short rouge, Damis en fils dégénéré à pull jaune, Madame Pernelle en martyre hystérique - sous l'apparente comédie, Gotscheff propose la vision noire d'une société des apparences, totalement dépourvue d'humanité et, heureusement, en décomposition. Au milieu de toute cette vanité, son Tartuffe, seul lucide, est loin d'être totalement antipathique. Juste un peu roublard, juste suffisamment malin pour prendre aux riches ce que lui pauvre n'a pas. Du théâtre engagé, du théâtre décomplexé, du théâtre allemand comme on l'aime !
C'était les 8, 9 et 10 février, à la MC93, dans le cadre du Standard Idéal Der Tartuffe, d'après Molière, mise en scène Dimiter Gotscheff Illus ©Arno Declair


Samedi 24 février, 23h30, grande salle de la MC93 à Bobigny. Ultimes minutes du Standard Idéal 2007. Sur scène deux hommes luttent au corps à corps. Le sol est glissant, les peaux sont nues, rouges et visqueuses. Un troisième homme, nu également, égrène délicatement un doux air de guitare. Le combat est ardu, acharné, et pourtant aérien, tranquille. L'un des deux corps s'arrête de bouger. L'autre glisse en tentant de le relever. Macbeth est mort. La guitare se tait. En silence, les comédiens viennent saluer. Le public est abasourdi. Il commence à applaudir, puis frappe de plus en plus fort dans ses mains, puis se lève et continue d'applaudir, et continue, continue. Ovation longue et émue aux comédiens allemands de la Düsseldorfer Schauspielhaus qui, sous la direction de Jürgen Gosch, viennent d'offrir un Macbeth aussi osé qu'intelligent et drôle. Osé car tous les rôles sont tenus par des hommes dont l'accoutrement par défaut est la nudité. Seuls quelques éléments de costumes - une couronne, un pantalon ou une jupe, une perruque, un bonnet... - marquent les différents personnages que les sept comédiens interprètent tour à tour. Osé car dépourvu de tout jeu de lumière : l'éclairage est blanc et cru et la salle reste allumée pendant toute la durée du spectacle. De même, peu d'éléments de décor, et pas des plus attendus : des tables de bureau, des chaises en plastique rouge. Tout comme un enfant s'invente un monde avec un carton, les comédiens se serviront de ces seuls éléments pour créer l'univers désolé de Macbeth. Un minimum d'accessoires : quelques récipients d'eau, quelques canettes de bière, et surtout, quelques couteaux accompagnés d'un nombre suffisant de bouteilles de faux sang... C'est que la tragédie de Macbeth regorge de meurtres en tous genres. Avant de venir jouer le personnage qui relate de la tuerie dont il vient d'être le témoin, le comédien se déverse sur la tête une bonne dose de liquide rouge. Simplicité élémentaire qui, en faisant couler le sang et en laissant les comédiens s'y vautrer, plonge au coeur du texte.
La presse a beaucoup parlé des corps nus, du sang et aussi du caca, celui des sorcières. Bien sûr ces images occasionnent quelques sorties de spectateurs - à moins que ce ne soit la difficulté de suivre Shakespeare en allemand. C'est qu'elles vont très loin dans l'expression de leur diarrhée, les trois sorcières dans leurs latrines. Elles goûtent avec délectation à leurs déjections, elles se promènent les fesses barbouillées... mais qu'est-ce qu'on rigole ! Car nous assistons à des scènes de pure farce comme on n'a plus guère l'occasion d'en voir. En effet, la mise en scène laisse la dimension tragique s'exprimer d'elle-même et revêt une forme très minimale, très en retrait, et qui fait la part belle à la comédie inhérente aux situations. On rit aux éclats, on est épaté de la virtuosité des comédiens, on est frappé par la force des images. On adore !
Macbeth de William Shakespeare, mise en scène Jürgen Gosch, Düsseldorfer Schauspielhaus (photos © Sonja Rothweiler) Présenté à la MC93 les 24 et 25 février seulement, dans le cadre du Standard Idéal (www). Désigné meilleur travail de mise en scène de l'année aux Theatertreffen de Berlin 2006


Je me souviens d'un voyage scolaire en Allemagne au cours duquel nos correspondants nous avaient présenté un spectacle de leur composition : Blanche-neige et les sept nains version déjantée, avec des filles en mini-jupes, des hommes à perruques, des hurlements, de la grosse musique, du ketchup qui gicle... Depuis, j'ai eu l'occasion de voir Outre-Rhin de nombreuses productions dont j'ai souvent apprécié la qualité, et notamment la maîtrise exceptionnelle du jeu des comédiens - un superbe exemple de ce dernier point étant le fantatisque Ivanov qu'a présenté Dimiter Gotscheff au Standard Idéal. Mais je n'ai jamais oublié le vent de subversion toute teutonne que ce Blanche-Neige de lycée avait soufflé sur mes jeunes années. Et je dois dire que j'y ai beaucoup pensé en voyant le spectacle que Frank Castorf présentait cette année à Bobigny : même énergie provocatrice, même veine pseudo-subversive. Que j'essaie de vous raconter : un grand lit où se vautrent les personnages, un porte qui s'ouvre sur un vacarme infernal, des pastèques qui éclatent, des vêtements qui s'amoncèlent, des guitares électriques, des lumières rouges, des cris, vous voyez le genre ? Disons un joyeux bazar, une épopée folle et furieuse sur un texte en allemand qui, bien que surtitré, ne finit jamais par raconter quoi que ce soit. Qui est qui, qu'est-ce qui passe ? Impossible à dire.
La seule question que se pose le spectateur est : "mais qu'est-ce qu'ils vont nous inventer maintenant ?" Entrer avec un carton sur la tête ? Faire des claquettes ? Jeter les papiers qui jonchent le plateau sur les spectateurs qui quittent la salle ? Ah oui, car nombreux sont ceux qui estiment avant la fin des 2h45 de ce délire foutraque qu'ils en ont assez vu et qu'une heure de plus ou de moins ne changera pas grand-chose. Cette réaction bien compréhensible et même, on n'en doute pas, attendue par le metteur en scène, ne perturbe aucunement les comédiens : très à l'aise, ils s'amusent comme des petits fous sur le plateau, ils improvisent en allemand et en rigolent, Bref, encore une fois, ils prouvent qu'ils savent comme personne illuminer les scènes de théâtre, même les plus barrées...
Im Dickicht der Städte / Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht dans une mise en scène de Frank Castorf (www). Dans le cadre du Standard Idéal, sur trois jours seulement (© Thomas Aurin). Mais le Standard Idéal, c'est pas fini. Encore un Macbeth euh... prometteur ?
Côté mag : hamlet ws d'Arpad Shilling + Vie et destin de Vassili Grossman (dans le cadre du Standard idéal)


L'édition 2006 était particulièrement réussie, au point de figurer dans le Best of de la rédaction Scènes. Mais la programmation 2007 est tout aussi alléchante, avec quelques pièces qui devraient figurer parmi les grands événements de cette année théâtrale ! Merci donc à la MC 93 d'ouvrir la scène française aux plus grands metteurs en scène allemands et russes. Tout d'abord, on pourra retrouver des valeurs sûres du festival : Árpád Schilling qui poursuit son exploration d'un théâtre de plus en plus dépouillé, minimaliste, délesté de tout artifice, et qui réduit la théâtralité au travail sur le texte lui-même. La Mouette l'an dernier refusait ainsi tout décor, tout accessoire. Cette année c'est Hamlet qui nous est présenté avec en tout et pour tout trois comédiens. A voir assurément (du 7 au 15 février). Toujours dans les habitués, on retrouvera avec plaisir Frank Castorf, qui nous avait proposé en 2004 un torride Forever Young, et qui s'empare cette année d'une des premières pièces de Brecht, Dans la Jungle des villes (1923). Attention, seulement 3 dates (du 16 au 18 février). Mais le standard nous apporte aussi son lot de nouveautés. Avec en ouverture du festival, le roman fleuve de Vassili Grossman, Vie et Destin, véritable chef d'oeuvre littéraire, saisi par le KGB, qui place en son coeur les expériences totalitaires. C'est le célèbre metteur en scène russe Lev Dodine qui en assure la transposition théâtrale avec ses élèves de l'Académie théâtrale de St-Pétersbourg. Création mondiale à Bobigny (à partir de dimanche et jusqu'au 7 février). Ensuite on pourra découvrir pour la première fois en France Dimiter Gotscheff, grand metteur en scène de la Volksbühne, qui présente Ivanov de Tchekhov, spectacle plusieurs fois primé en Allemagne, au parti-pris anti naturaliste. (Deux dates seulement, les 10 et 11 février). Last but not least, tout aussi peu connu en France, Jürgen Gosch met en scène un Macbeth ultra-violent sans aucune concession, chaque corps devenant un véritable champ de bataille. Les photos disponibles sur le site de la MC sont impressionnantes. Ame sensible s'abstenir. Expérience radicale en perspective. (A voir les 24 et 25 février). Un grand cru donc ! Mais il faut se dépêcher pour avoir des places. On vous en reparle très vite sur ce blog et sur la rubrique Scènes ! Tous les renseignements ici, ou au 01-41-60-72-72. Nota : Fluctuat.net avait été partenaire de la première édition (voir le mini-site ; lire les chroniques).


La MC93 programme en ce moment un spectacle adapté du poème de Shakespeare, Le Viol de Lucrèce, dans une mise en scène de Marie-Louise Bishofberger. À cette occassion, un débat est organisé sur le thème des violences sexuelles et, en l'occurrence, de leur représentation scénique. Outre la metteuse en scène, Sihem Habchi (NPNS) et la chercheuse Marcella Iacub seront à la tribune. Le débats sera animé par Maïa Bouteillet. Le débat aura lieu le jeudi 27 avril à 20h, à la MC 93, 1 boulevard Lénine, M° Bobigny Pablo Picasso. (illus. © Pascal Victor)


Surtout, n'allez pas voir Silures, à la MC 93, tel est le conseil que je peux donner une fois sortie de ce spectacle indescriptible d'ennui. La configuration scénique, avec ses grandes citernes d'eau scintillant sous le reflet des spots, est engageante et ne saurait laisser présager de cette morne pièce où l'on voit des personnages sans relief qui hurlent et gesticulent pour tenter de compenser leur absence totale d'intériorité. Le poème de Coleridge dont Jean-Yves Ruf s'est inspiré raconte l'histoire d'un vieux marin prisonnier d'un bateau immobile. L'auteur du spectacle a imaginé de la transposer dans un bar où, pour lui "se créent de nouveaux codes, de nouveaux rapports dus à l'immobilisation volontaire ou forcée, à la proximité, à la promiscuité, à l'impossibilité de s'en échapper". Peut-être, mais en l'occurrence, le spectateur est lui même dans l'impossibilité d'échapper à cette manifestation affligeante de prétention, puisque la sortie se trouve, à dessein, sans doute, à l'arrière de la scène. Et de prendre son mal en patience. En revanche, toujours à la MC 93, Nicolas Bigards met en scène Nothing hurts, où dispositif video, et musique composée pour l'occasion par Abstrakt Keal Agram démultiplient les formes d'expression, tandis qu'Aurélia Petit et Sophie Rodrigues donnent chair à la pièce de Falk Richter. Elles sont formidables et si on voir mêler le "cool" au "tragique", c'est ce que dit le programme, il faut y aller.


Le Standard idéal, festival européen de la MC 93, a très bien débuté le week-end dernier avec le texte de Werner Schwab Les Présidentes, monté par le jeune metteur en scène allemand Jon Bosse, dont on pouvait apprécier pour la première fois le travail en France. On risque toujours le pire avec les mises en scène de Schwab. Ses textes trouvent leur matériau dans toutes les bassesses, grossièretés et déjections humaines, sur fond d’une histoire autrichienne aux relents nazis non digérés, engoncée dans son hypocrisie catholique. Evidemment, cette plongée par les mots dans les bas-fonds n’a pas forcément besoin d’être redoublée par un jeu outrancier, où se succèdent provocations et transgressions - ce que Jon Bosse a parfaitement compris. Les Présidentes, c’est d’abord l’histoire de trois femmes, Erna, Grete et Marie, la demeurée. Trois femmes paumées, parfois ignobles, souvent stupides. Jon Bosse refuse d’en faire des caricatures, des pantins grossiers que le spectateur laisserait bien aisément à distance. Et elles sont terriblement convaincantes, ces trois comédiennes, dans leur personnage ! Erna, obsédée par son charcutier polonais Wottila et désespérée par son alcoolique de fils ; Grete, que sa fille a fuie, et qui se retrouve seule avec ses rêves de nymphomane ; enfin la petite Marie spécialisée dans le débouchage manuel des toilettes (sans utiliser de gants !). Alors, vous me direz, difficile de ne pas sombrer dans la caricature à partir d’un tel tableau ! Mais justement, toutes trois, pétries de frustrations, à la vie ratée, dégagent une énergie inouïe et ne renoncent jamais à leur increvable désir. La deuxième partie du spectacle est la mise en scène de ces machines à fantasmer qui, envers et contre tout, continuent à produire des rêves et des histoires. C’est troublant et entraînant. Le programme complet du Standard Idéal, c’est ici. Jusqu’à ce soir, on peut voir Drames de Princesses d’Elfriede Jelinek, m.e.s. par Michael Simon. Encore des histoires de femmes… On vous en reparle bientôt !


 La 3e édition du Festival Le Standard idéal débute dès ce soir à la MC93, avec trois représentations de Die Präsidentinnen de Werner Schab mis en scène par Jan Bosse. Cette année encore, ce festival volontiers est-européen (il donne l'occasion de voir en France les créations de la Volskbühne de Berlin ou de la cie Krétakör du metteur en scène hongrois Arpad Schilling) s'intéresse aux multiples formes de l'expression théatrale en Europe. "Tchekhov, Shakespeare, Pirandello, Strindberg, Brecht, Ibsen, Molnár, Molière, Büchner, Horváth, Lorca, le théâtre est une culture commune." En affichant un crédo à la fois historique et résolument contemporain. Deux jeunes metteurs en scène - dont Michael Simon qui monte une pièce d' Elfriede Jelinek du 14 et 16 - remplacent Franck Castrof ( itw, 2004) qui présentera Crimes et Châtiments aux mêmes dates à Chaillot. On retrouvera cependant avec plaisir le tour de cabaret poétique de Meret Becker, et surtout la troupe de comédiens d'Arpad Shilling qui cette année jouent La Mouette du 20 au 29 janvier (illus. © Matyas Erdély). Programme complet ici. Nota : Fluctuat.net avait été partenaire de la première édition (voir le mini-site ; lire les chroniques).


  Pas le temps de vous déplacer jusqu'à Las Vegas ? Point trop d'argent à perdre ? Et pourtant envie de goûter à l'ambiance casino ? Un bon Ersatz : la petite salle de la MC93. Pour les yeux, le vert des tapis de la Roulette, le rouge d'un énorme lustre, les couleurs vives des néons clignotants, les costards blancs, les robes à paillettes. Pour les oreilles, les jingles, le vrai fond sonore de salle de jeu sur bande, la musique d'ambiance jouée en direct par un orchestre. Certains s'y trompent et croient pouvoir commander au barman un whisky quand celui-ci ne propose que Kro ou Heineken. Plusieurs éléments se répondent dans ce décor : des textes d'auteurs (pour une étude plus approfondie du sujet, il est cependant recommandé de relire tranquillement chez soi Le Joueur de Dostoïevski ou Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Zweig), un film-maison, des plays-back, des pas de danse. Les moments les plus fabuleux restent les riffs effrénés de la guitare électrique dans les morceaux (eux aussi maison et en direct) qui évoquent la folie du jeu. Rien ne va plus, par les Sentimental Bourreau, c'est jusqu'au 26 juin 2005 à Bobigny.


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