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L'actualité du théâtre de l'Europe Odéon à Paris. Tous les billets consacrés à ces manifestations sur Saisons.
Et pourtant ! Elle tourne...
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Métathéâtralité, quand tu nous tiens ! Le spectacle ne se prive pas non plus de faire retour sur l'histoire de la pièce de Brecht, ses différentes versions écrites et interprétations scéniques. Jeanne Balibar (que l'on voit sur la photo aux prises avec Bibi, la truie, dans une séquence inoubliable) cherchant ainsi à retrouver la diagonale parcourue par Valérie Dreville dans la mise en scène d'Antoine Vitez à la Comédie française. Belle est la scène plongée dans une lumineuse obscurité ("Comment est la nuit ?" demandait le Galilée de Brecht, "Claire", lui répondait Andrea), comme sont belles l'actrice et les danseuses (par contre les hommes sont laids et ont tous de vieux pervers, mais bon...). Le spectacle souffre de quelques temps morts, de moments où Jean-François Peyret, dont le spectacle est comme écrit au fil de la plume, semble chercher l'inspiration. Laquelle vient parfois au gré des errements de Bibi, la truie qui arpente le plateau en trottinant avec un plaisir manifeste.
Tournant autour de Galilée Un spectaccle de Jean-François Peyret avec Jeanne Balibar, Freddy Kunze, Olivier Perrier L'électrochoc Pinocchio de Joël Pommerat
Pinocchio, d'après Carlo Collodi, texte et mise en scène de Joël Pommerat Texte ou pas texte ? Parfois, l’on bénit le surtitrage qui permet de jouir, de façon plus aisée, d’un spectacle donné en langue étrangère. Parfois, au contraire, l’on préférerait être sourd ou ne pas comprendre la langue de certaines représentations au texte affligeant. Deux spectacles à l’affiche parisienne cette semaine illustrent parfaitement ce contraste. Moby Dick, revisité par Antonio Latella à l’Odéon n’est pas formellement d’une nouveauté absolue. Décor en arêtes de poisson ; clavecin, violon et haute contre sur scène ; ballet d’assiettes et de verres visant sans doute à mimer le tangage : tout cela fonctionne proprement. Le jeu, à l’unisson, harmonise les soli et les scènes de groupe, la jeunesse de la distribution et l’expérience matoise du grand aîné, Giorgio Albertazzi, quasi une légende vivante en Italie. Les spectateurs se tordent le cou pendant plus de deux heures, pour capter quelques bribes du texte dense, œuvre de libre adaptation de Federico Bellini. Tout cela roule, malgré la barrière du langage.Au Théâtre de la Ville, le flamand Wayn Traub expose le fruit de plusieurs mois de travail et de recherches menées avec des scientifiques et des artistes de tous bords. NQZC (prononcer : Inquisitie) se veut l’archéologie du mental d’un astronaute en difficulté avec sa femme. Passé les effets lumineux et sonores dignes des séries télévisées et de certaines boîtes à la mode il y a plusieurs années déjà, le spectateur se trouve aux prises avec le texte de Paul Pourveur. Et là, toute la magie des ambiances, des postures, de certains éléments de costume rappelant l’ère médiévale et tirant l’écriture scénique vers une certaine forme de rituel, tout cela s’effondre ou plutôt se heurte douloureusement à un humour au quatorzième degré qu’il faut sans doute être Belge (comme la troupe) pour en apprécier toute la saveur. A moins qu’il ne s’agisse de platitude stylistique assumée, en vue d’une improbable mise en perspective de la vacuité de notre monde … Bref, on a, face à ce spectacle, envie de couper le son, de s’envoler sur les images et de se dire : « Quelle poésie visuelle, ces … Coréens ! ».Illus N.Q.Z.C. Wayn Traub © Koen Broos La Cena de le ceneri, mis en scène par Antonio Latella au Théâtre de L'Odéon, du 14 au 18 novembre. N.Q.Z.C., mis en scène par Wayn Traub
Garder l'oeil ouvert - Lygre / Régy à Berthier Inlassable découvreur d'auteurs contemporains, Claude Régy s'attaque aujourd'hui à l'écriture de Arne Lygre, jeune écrivain Norvégien encore presque inconnu en France. Homme sans but, c'est l'histoire de Peter, homme d'affaires tout puissant autour duquel gravitent un frère, un assistant, une ex-femme, une fille... Tout puissant, et pourtant il meurt. Tout puissant mais incapable de susciter de vrais sentiments : les autres sont payés pour jouer leur rôle. Le brouillard des fjords norvégiens de Lygre pourrait bien dire le flou terrible dans lequel se démène notre monde actuel. Sans jamais apporter de réponses, l'auteur questionne et questionne encore notre humanité abandonnée au pouvoir de l'argent. La rencontre est plus que réussie entre ce texte fort d'étrangeté, de philosophie et de poésie, et la mise en scène de Claude Régy, exempte de tout spectaculaire. Chaque mot est décortiqué jusque dans ses moindres syllabes. Forcément très lent et par conséquent, très long. L'homme sans but vu par Claude Régy demande une attention soutenue de la part du spectateur, sur une durée de 2h30. Garder l'oeil ouvert malgré la pesanteur : métaphore de la difficulté à ne pas céder à l'abrutissement général ? Homme sans but, d'Arne Lygre, mise en scène Claude Régy La Tempête - Shakespeare version cérébrale![]() Un jeune homme blond à grande collerette et à la mine mélancolique est traîné hardiment sur le sable par une silhouette blanche et alerte: au détour des couloirs de métro, l'affiche du spectacle accroche le regard. D'autres très belles photos du spectacle laissent présager du meilleur. En effet, ces personnages qui portent de larges fraises, en réalité des marionnettes, sont très photogéniques. Les visages semblent tellement humains que leur expression grave et figée fascine, tout comme la disproportion de leurs corps. La Tempête de William Shakespeare, mise en scène et scénographie Dominique Pitoiset Ronconi / Goldoni à l'Odéon (L'Eventail) L'Odéon, Théâtre de l'Europe, se doit d'après son titre, de présenter au public parisien des productions internationales majeures. Ronconi, aujourd'hui directeur du Piccolo Teatro de Milan, est l'un des phares de la scène artistique italienne du XXè siècle. C'est au plus français des auteurs italiens qu'il s'attache, dans cette nouvelle production de L'Eventail, créée en janvier dernier à Milan. L'occasion était trop belle : on fête cette année le tricentenaire de la naissance de Goldoni. Mais cette pièce, composée à Paris puis envoyée à Venise pour y être jouée (en milanais ...) est, d'après le metteur en scène, atypique pour le dramaturge. Davantage comédie d'intrigues, moins basée sur le typisme des personnages (même s'ils sont sérieusement dessinés), L'Eventail dévoile une palette inconnue de son écriture qui, selon Ronconi, est digne des plus grands. On aurait tort, en effet, de ne voir en celui qui rénova la comédie, qu'un adversaire acharné du masque et de la commedia. Il peut y avoir énormément de finesse dans son observation des hommes et le prétexte d'un éventail malencontreusement brisé peut s'avérer terriblement contemporain. C'est en tout cas le pari de Ronconi, grand maître du théâtre transalpin qu'il fait bon revoir sur une scène parisienne. (du 10 au 20 mai, infos sur le www de l'Odéon)Georges Lavaudant : l'adieu à l'Odéon
Merci, Jo, d'avoir forgé le goût et le regard de générations de spectateurs; merci d'avoir su garder toujours vif votre esprit de défricheur, jamais frileux face aux technologies et aux modes, pourvu qu'elles aient du sens. Vos fidèles vous suivront à la trace et d'autres générations vous découvriront, où que vous soyez. Les créateurs de votre trempe sont au-dessus des changements de strapontin. Respect, Monsieur Lavaudant !
Le comble de Labiche, Deschamps et Makeïff
L'affaire de la rue de Lourcine, de Eugène Labiche Olivier Py prend l’OdéonTelex : On l’attendait à la Colline, il vient d’être nommé à l’Odéon, et il en est le premier surpris !
Olivier Py, après huit ans de bons et loyaux services à la tête du CDN d’Orléans avait annoncé son souhait de quitter la structure pour diriger un théâtre à Paris. Renaud Donnedieu de Vabres aurait manifestement préféré lui confier le festival d’Avignon, où il a finalement confirmé le tandem Archambault/ Baudriller. Il lui a en fait donné l’Odéon, et a écarté Georges Lavaudant, en poste depuis 1996 et candidat à sa propre succession. Auteur-poète foisonnant, metteur en scène, acteur de théâtre et de cinéma, chanteur, homme de troupe, Olivier Py a 41 ans. En poste à partir de mars prochain, il assure qu’il n’abandonnera pas sa lyre et ouvrira sa programmation à toute une jeune génération d’auteurs et metteurs en scène. Lire aussi notre entretien avec Olivier Py (mai 2006). Corps otages marque les mémoires
[Illustrations dr. Théâtre de l'Odéon] Corps otages à l'Odéon Rares sont les spectacles venus du monde arabe que l'on peut voir à Paris, dans des lieux institutionnels. Saluons le Théâtre de l'Odéon de présenter, jusqu'à samedi 10 juin, Corps Otage de Jalila Baccar, mise en scène par Fadhel Jaïbi.Grand nom de l'art théâtral tunisien arabophone, Fadhel Jaïbi s'est forgé une stature unique. Elle lui garantit une liberté de parole et de création qui, sans jamais être définitivement acquise, lui permet néanmoins de travailler sans avoir à transiger ni avec le pouvoir, ni avec le marché. Son théâtre a été applaudi à Beyrouth, à Damas, au Caire. En Europe, il s'est d'abord fait connaître comme pédagogue et formateur, mais ses derniers spectacles – Comedia, Familia, Les Amoureux du café désert, pour ne citer que ceux-là – ont tourné en Italie, en Espagne, en Hollande, en Suède, au Portugal, en Belgique et en France. En 2002, Junun (Démences), joué au Cloître des Célestins, est l'une des révélations du Festival d'Avignon. Mais depuis 1998, le public parisien n'a plus eu l'occasion de suivre son travail. Dans Corps otages, une jeune professeure de physique se fait exploser dans la cour de son établissement de la capitale, au pied du drapeau tunisien – autrement dit, comme le note Jaïbi avec une froide ironie, «si loin des lieux où l'on se fait habituellement exploser». Le thème de recherche choisi par Jaïbi rejoint ainsi son style théâtral et sa matière de prédilection : depuis toujours animé par la violence qui traverse les corps, son théâtre s'attaque ici à l'une de ses formes les plus effrayantes, pour essayer de reconstituer le «puzzle éclaté» (Jaïbi ne dédaigne pas un certain humour noir) qu'a laissé la jeune femme. Comment une fille de famille aisée, d'éducation laïque, dont le père, ancien militant communiste, a passé dix ans dans les geôles de Bourguiba, dont la mère, haut fonctionnaire à la retraite, milite pour les Droits de l'Homme, comment donc une telle femme en vient-elle à basculer dans l'islamisme radical ? Point n'est besoin d'insister sur les résonnances contemporaines d'une telle interrogation. Le fait qu'elle vienne d'un lieu hybride, à la lisière de l'Europe (la Tunisie étant le pays le plus laïc du Magreb) n'est pas anodin, dans un contexte où l'on oppose à l'envie le Bien au Mal, la tradition à la modernité, l'Islam à l'Occident... CORPS OTAGES de JALILA BACCAR Berthier'06, un festival pour les jeunes acteurs Cette année encore, le Théâtre de l'Odéon, en partenariat avec le Jeune Théâtre National, présente une sélection de spectacles, montés avec de jeunes acteurs. Le metteur en scène est le plus souvent issu de leurs rangs, à l'exception de Stuart Seide qui monte Paysage Pinter. Au programme : des classiques, parfois revisités (une adaptation de Romeo et Juliette), des textes contemporains (Laurent Gaudé, Jon Fosse), des écrits collectifs. Personnellement, ma préférence va à Robert Walser, écrivain suisse génial, contemporain de Kafka et bien trop méconnu, dont Émilie Rousset met en scène L'Étang.Du 9 au 18 juin à l'Odéon - ateliers Berthier. L'Odéon réouvre... une histoire à recommencer ?![]() Viol de Botho Strauss à l'Odéon - Derniers jours
Ce fut l’un des événements marquants de la rentrée théâtrale. Ceux qui n’ont pas encore vu la pièce (attention, il ne reste plus que quelques jours !) auront certainement entendu parlé des images fortes que constituent notamment une scène de viol dans toute sa durée et surtout, la figure, émergeant d’une poubelle, de la victime, nue, ensanglantée, choquée, mutilée. Images insupportables pour certains qui quittent la salle. Car c’est bien l’acte violent qui intéresse l’auteur. Et il ne se contente pas de représenter cet acte, il l’expérimente, le teste, le questionne. Parfois, sa pièce suit l’intrigue shakespearienne. Parfois, elle la dépasse : Lavinia s’exprime après le viol et la mutilation et veut continuer à vivre. Parfois, le dépassement va très loin : Lavinia en arrive à désirer son violeur et à tenter de faire l’amour avec lui. Constamment, la pièce invite le spectateur à questionner ce qu’il voit : dès le tableau n°2 : les comédiens, dans une fausse "rencontre avec le public", viennent parler de leur façon d'aborder leur personnage. Et pendant toute la durée de la pièce, Lukas, un enfant laissé là par sa mère avec pour recommandation de rester tranquille, assiste à une débauche de barbarie. Mise en abyme aux contours flous puisque le gamin prend régulièrement part à l’action, d’abord fils cadet de Titus puis compagnon de jeu de Lavinia. Et Luc Bondy de prendre parti dans le débat engagé par Botho Strauss sur les effets de la représentation de la violence, en ajoutant une prise de pouvoir finale par l’enfant-spectateur.
Viol de Botho Strauss, d'après Titus Andronicus de William Shakespeare Mise en scène Luc Bondy, traduction Michel Vinaver et Barbara Grinberg Théâtre de l'Odéon, Ateliers Berthier, jusqu'au 19 novembre 2005 [illus. photo Ruth Walz] Théâtres : fermés pour travauxPosté par fluctuat.net le 05.09.05 à 19:09 | tags : odéon
Avant de reprendre l'actualité des spectacles vus ou à venir, commençons cette rentrée par les salles de théâtre ... en travaux. Tandis qu'il est prévu que ceux de l'Odéon-théâtre de l'Europe s'achêvent cet automne (illus.), signalons ici la fermeture importante de l'année : Le Théâtre des Bouffes du Nord, pour réfection complète de ses équipements techniques et électriques, n'accueillera aucune de ses superbes créations cette saison. Ses portes rouvriront à la rentrée de septembre 2006, comme le signale l'avertissement de page d'accueil. |
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