Fil d'actu : standard idéal  Toute l'actualité du festival Standard idéal 2007, organisé à la MC93 du 4 au 25 février 2007 (4e édition).
Dernier spectacle du standard idéal, Le Songe d'une nuit d'été, adapté et mis en scène par Maja Kleczewska, qui s'est achevé hier, a pris au dépourvu quelques spectateurs de la MC 93 qui ont quitté les lieux, manifestement perplexes devant cette débauche disco kitsch et hystérique qui leur semblait sans doute bien loin de William Shakespeare. Pas si sûr... Ici, la féérie se réalise dans un décor de boîte de nuit où les transformations des personnages en ânes et autres créatures laisse place à des séances de strip-tease masculin, où la vulgarité est transfigurée par un sentiment de tristesse infinie, portée par des acteurs et actrices blafards et, pour certaines, sublimes de beauté. L'espace, fragmenté par l'usage de parois transparentes qui permettent un jeu de voyeur, vit sa propre vie selon les éclairages qui irisent ou opacifient la scène. Rêve ou cauchemar ? La pièce de Shakespeare explore les terres angoissantes de la réalisation des fantasmes. Le spectacle de Maja Kleczewska est une transposition audacieuse où la violence des sentiments de désir et de haine qui se substituent les uns aux autres au gré des philtres et autres formules magiques, est poussée à son paroxysme. Illus dr

L'an passé, le Standard Idéal avait permis de découvrir Dimiter Gotscheff. Allemand d'adoption, ce Bulgare d'origine présentait à la MC93 en 2007 un Ivanov de toute beauté. Un plateau habillé de brouillard, une interprétation toute en finesse, son Tchekov était un pur moment de théâtre. Autant dire que cette année, le metteur en scène était attendu au tournant. Pour cette nouvelle édition du festival, Dimiter Gotscheff a choisi de présenter le Tartuffe. Comme il l'avait fait avec le brouillard pour Ivanov, il reprend un principe unique de scénographie: ce seront des confettis et des serpentins propulsés sur la scène au tout début de la pièce en un grand feu d'artifice multicolore. Dimiter Gotscheff soumet la pièce de Molière à un petit traitement de choc en l'amputant de quelques scènes, en lui adjoignant pas mal de citations bibliques, et en y injectant une bonne dose de textes de Heiner Müller. Et aussi quelques ajouts de son cru, dont pas mal de commentaires sur l'actualité... française bien sûr. Assez marrant d'entendre Dorine râler comme nous, mais en allemand et avec l'accent bulgare par dessus le marché ! Mais sous la caricature à gros trait - Dorine en travailleuse immigrée à forte gueule, Orgon en doux illuminé tendance sectaire, Marianne en petite fille gâtée et boudinée dans un mini-short rouge, Damis en fils dégénéré à pull jaune, Madame Pernelle en martyre hystérique - sous l'apparente comédie, Gotscheff propose la vision noire d'une société des apparences, totalement dépourvue d'humanité et, heureusement, en décomposition. Au milieu de toute cette vanité, son Tartuffe, seul lucide, est loin d'être totalement antipathique. Juste un peu roublard, juste suffisamment malin pour prendre aux riches ce que lui pauvre n'a pas. Du théâtre engagé, du théâtre décomplexé, du théâtre allemand comme on l'aime !
C'était les 8, 9 et 10 février, à la MC93, dans le cadre du Standard Idéal Der Tartuffe, d'après Molière, mise en scène Dimiter Gotscheff Illus ©Arno Declair


Voilà cinq ans que le festival Le Standard Idéal creuse son sillon passionnant à la Maison de la culture 93 de Bobigny. Cinq ans qu'il bouscule, remue, innove, joue l'ouverture sans proposer -son titre n'est qu'un clin d'oeil- ni de standard, ni d'idéal, mais en donnant à voir, entendre ce qui se fait de plus intéressant en matière de scène européenne. Lors des éditions précédentes -que Flu a toujours suivies avec assiduité et intérêt-, on y a croisé Frank Castorf et Arpad Schilling, Vassili Grossmann ou Lev Dodine- qui revient d'ailleurs cette année, en mars, avec son flamboyant Vie et Destin. Cette année, une question est posée : quel regard porte-t-on sur la France à Berlin, Hambourg ou aux Pays Bas. "Au théâtre tout est affaire de regard. Celui du spectateur sur l'acteur, le regard de l'autre, le regard des autres...", commente Patrick Sommier, directeur de la MC 93 de Bobigny. Pour cette édition 2008, il convie Deimiter Gotscheff et Johan Simons, Alexander Charim et, plus près de nous, Georges Lavaudant. Le premier monte "Tartuffe" (du 8 au 10 février), le second s'attaque à "Plateforme" de Michel Houellebecq, pour une relecture belge qu'on attend impatiemment (les 11 et 12 février). L'ancien directeur de l'Odéon offre le portrait d'un être invincible et souillé à partir des "Trachiniennes" et d'"Heraklès furieux", des tragédies de Sophocole et d'Euripide, mâtinées de références contemporaines... Vous en voulez encore? Il y aura des concerts: le Trio Ars Vitalis et le musicien grec Grigoris Vassilas. A vos marques... Illus Arno Declair Festival Le Standard Idéal, MC 93 de Bobigny, du 8 au 24 février. www

Samedi 24 février, 23h30, grande salle de la MC93 à Bobigny. Ultimes minutes du Standard Idéal 2007. Sur scène deux hommes luttent au corps à corps. Le sol est glissant, les peaux sont nues, rouges et visqueuses. Un troisième homme, nu également, égrène délicatement un doux air de guitare. Le combat est ardu, acharné, et pourtant aérien, tranquille. L'un des deux corps s'arrête de bouger. L'autre glisse en tentant de le relever. Macbeth est mort. La guitare se tait. En silence, les comédiens viennent saluer. Le public est abasourdi. Il commence à applaudir, puis frappe de plus en plus fort dans ses mains, puis se lève et continue d'applaudir, et continue, continue. Ovation longue et émue aux comédiens allemands de la Düsseldorfer Schauspielhaus qui, sous la direction de Jürgen Gosch, viennent d'offrir un Macbeth aussi osé qu'intelligent et drôle. Osé car tous les rôles sont tenus par des hommes dont l'accoutrement par défaut est la nudité. Seuls quelques éléments de costumes - une couronne, un pantalon ou une jupe, une perruque, un bonnet... - marquent les différents personnages que les sept comédiens interprètent tour à tour. Osé car dépourvu de tout jeu de lumière : l'éclairage est blanc et cru et la salle reste allumée pendant toute la durée du spectacle. De même, peu d'éléments de décor, et pas des plus attendus : des tables de bureau, des chaises en plastique rouge. Tout comme un enfant s'invente un monde avec un carton, les comédiens se serviront de ces seuls éléments pour créer l'univers désolé de Macbeth. Un minimum d'accessoires : quelques récipients d'eau, quelques canettes de bière, et surtout, quelques couteaux accompagnés d'un nombre suffisant de bouteilles de faux sang... C'est que la tragédie de Macbeth regorge de meurtres en tous genres. Avant de venir jouer le personnage qui relate de la tuerie dont il vient d'être le témoin, le comédien se déverse sur la tête une bonne dose de liquide rouge. Simplicité élémentaire qui, en faisant couler le sang et en laissant les comédiens s'y vautrer, plonge au coeur du texte.
La presse a beaucoup parlé des corps nus, du sang et aussi du caca, celui des sorcières. Bien sûr ces images occasionnent quelques sorties de spectateurs - à moins que ce ne soit la difficulté de suivre Shakespeare en allemand. C'est qu'elles vont très loin dans l'expression de leur diarrhée, les trois sorcières dans leurs latrines. Elles goûtent avec délectation à leurs déjections, elles se promènent les fesses barbouillées... mais qu'est-ce qu'on rigole ! Car nous assistons à des scènes de pure farce comme on n'a plus guère l'occasion d'en voir. En effet, la mise en scène laisse la dimension tragique s'exprimer d'elle-même et revêt une forme très minimale, très en retrait, et qui fait la part belle à la comédie inhérente aux situations. On rit aux éclats, on est épaté de la virtuosité des comédiens, on est frappé par la force des images. On adore !
Macbeth de William Shakespeare, mise en scène Jürgen Gosch, Düsseldorfer Schauspielhaus (photos © Sonja Rothweiler) Présenté à la MC93 les 24 et 25 février seulement, dans le cadre du Standard Idéal (www). Désigné meilleur travail de mise en scène de l'année aux Theatertreffen de Berlin 2006

Je me souviens d'un voyage scolaire en Allemagne au cours duquel nos correspondants nous avaient présenté un spectacle de leur composition : Blanche-neige et les sept nains version déjantée, avec des filles en mini-jupes, des hommes à perruques, des hurlements, de la grosse musique, du ketchup qui gicle... Depuis, j'ai eu l'occasion de voir Outre-Rhin de nombreuses productions dont j'ai souvent apprécié la qualité, et notamment la maîtrise exceptionnelle du jeu des comédiens - un superbe exemple de ce dernier point étant le fantatisque Ivanov qu'a présenté Dimiter Gotscheff au Standard Idéal. Mais je n'ai jamais oublié le vent de subversion toute teutonne que ce Blanche-Neige de lycée avait soufflé sur mes jeunes années. Et je dois dire que j'y ai beaucoup pensé en voyant le spectacle que Frank Castorf présentait cette année à Bobigny : même énergie provocatrice, même veine pseudo-subversive. Que j'essaie de vous raconter : un grand lit où se vautrent les personnages, un porte qui s'ouvre sur un vacarme infernal, des pastèques qui éclatent, des vêtements qui s'amoncèlent, des guitares électriques, des lumières rouges, des cris, vous voyez le genre ? Disons un joyeux bazar, une épopée folle et furieuse sur un texte en allemand qui, bien que surtitré, ne finit jamais par raconter quoi que ce soit. Qui est qui, qu'est-ce qui passe ? Impossible à dire.
La seule question que se pose le spectateur est : "mais qu'est-ce qu'ils vont nous inventer maintenant ?" Entrer avec un carton sur la tête ? Faire des claquettes ? Jeter les papiers qui jonchent le plateau sur les spectateurs qui quittent la salle ? Ah oui, car nombreux sont ceux qui estiment avant la fin des 2h45 de ce délire foutraque qu'ils en ont assez vu et qu'une heure de plus ou de moins ne changera pas grand-chose. Cette réaction bien compréhensible et même, on n'en doute pas, attendue par le metteur en scène, ne perturbe aucunement les comédiens : très à l'aise, ils s'amusent comme des petits fous sur le plateau, ils improvisent en allemand et en rigolent, Bref, encore une fois, ils prouvent qu'ils savent comme personne illuminer les scènes de théâtre, même les plus barrées...
Im Dickicht der Städte / Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht dans une mise en scène de Frank Castorf (www). Dans le cadre du Standard Idéal, sur trois jours seulement (© Thomas Aurin). Mais le Standard Idéal, c'est pas fini. Encore un Macbeth euh... prometteur ?
Côté mag : hamlet ws d'Arpad Shilling + Vie et destin de Vassili Grossman (dans le cadre du Standard idéal)

L'édition 2006 était particulièrement réussie, au point de figurer dans le Best of de la rédaction Scènes. Mais la programmation 2007 est tout aussi alléchante, avec quelques pièces qui devraient figurer parmi les grands événements de cette année théâtrale ! Merci donc à la MC 93 d'ouvrir la scène française aux plus grands metteurs en scène allemands et russes. Tout d'abord, on pourra retrouver des valeurs sûres du festival : Arpad Schilling qui poursuit son exploration d'un théâtre de plus en plus dépouillé, minimaliste, délesté de tout artifice, et qui réduit la théâtralité au travail sur le texte lui-même. La Mouette l'an dernier refusait ainsi tout décor, tout accessoire. Cette année c'est Hamlet qui nous est présenté avec en tout et pour tout trois comédiens. A voir assurément (du 7 au 15 février). Toujours dans les habitués, on retrouvera avec plaisir Frank Castorf, qui nous avait proposé en 2004 un torride Forever Young, et qui s'empare cette année d'une des premières pièces de Brecht, Dans la Jungle des villes (1923). Attention, seulement 3 dates (du 16 au 18 février). Mais le standard nous apporte aussi son lot de nouveautés. Avec en ouverture du festival, le roman fleuve de Vassili Grossman, Vie et Destin, véritable chef d'oeuvre littéraire, saisi par le KGB, qui place en son coeur les expériences totalitaires. C'est le célèbre metteur en scène russe Lev Dodine qui en assure la transposition théâtrale avec ses élèves de l'Académie théâtrale de St-Pétersbourg. Création mondiale à Bobigny (à partir de dimanche et jusqu'au 7 février). Ensuite on pourra découvrir pour la première fois en France Dimiter Gotscheff, grand metteur en scène de la Volksbühne, qui présente Ivanov de Tchekhov, spectacle plusieurs fois primé en Allemagne, au parti-pris anti naturaliste. (Deux dates seulement, les 10 et 11 février). Last but not least, tout aussi peu connu en France, Jürgen Gosch met en scène un Macbeth ultra-violent sans aucune concession, chaque corps devenant un véritable champ de bataille. Les photos disponibles sur le site de la MC sont impressionnantes. Ame sensible s'abstenir. Expérience radicale en perspective. (A voir les 24 et 25 février). Un grand cru donc ! Mais il faut se dépêcher pour avoir des places. On vous en reparle très vite sur ce blog et sur la rubrique Scènes ! Tous les renseignements ici, ou au 01-41-60-72-72. Nota : Fluctuat.net avait été partenaire de la première édition (voir le mini-site ; lire les chroniques).

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