Tous les posts sur les spectacles du Théâtre des Quartiers d’Ivry.
Cet été, on avait délaissé avec bonheur la fournaise et le rythme trépidant du
festival d'Avignon pour se poser, un soir au calme, dans les hauteurs de Grignan, en Drôme Provençale. Là, le festival les Fêtes nocturnes célébrait sa vingtième édition de belle façon, avec "Mesure pour mesure", encore une pièce peu jouée de
Shakespeare. A la mise en scène, Adel Hakim, directeur du Théâtre des Quartiers d'Ivry qui signait aussi là une nouvelle, fine traduction. Cette tragédie comique ou comédie tragique du pouvoir et du travestissement se situe en permanence, à la base, et dans cette version, dans un subtil entre-deux. Entre ombre et lumières, comédie et tragédie, puissants et petites gens, vie privée et vie publique, apparence et réel. Créée en 1604, elle est d'une criante modernité, et habilement servie par dix comédiens de haute tenue.
A voir donc, ou à revoir.
Illus © Bellamy.
Mesure pour mesure de Shakespeare, mise en scène d'Adel Hakim. Théâtre des Quartiers d'Ivry, du 8 novembre au 5 décembre. (www)
«
Ces mots dépourvus de sens, cette convention inepte de frère et sœur devaient-ils faire obstacle à mon bonheur éternel. Un même père nous a engendrés, un même ventre nous a donné à tous deux la vie et la naissance. Ainsi nous sommes d’autant plus rivés l’un à l’autre par la nature. » Un amour caché, car impossible aux yeux du monde. Une tragédie familiale qui se terminera dans le sang. Il y a quelque chose de très shakespearien dans cette fable de John Ford, et pour cause. L’auteur était un contemporain du grand Will et sa pièce,
Dommage qu’elle soit une putain est l’une des plus sulfureuses du répertoire élisabéthain. Yves Beaunesne la monte avec une belle élégance, où la cruauté se teinte parfois de drôlerie.
L’univers déployé sur le vaste plateau du théâtre d’Ivry empreinte tant à l’Orient (pour les costumes signés Patrice Cauchetier aux allures de kimonos) qu’à l’Italie de la Renaissance. Les personnages vont et viennent comme dans une danse qui ne s’arrêtera qu’avec la mort. Laurent Poitrenaux, mémorable interprète des textes d’Olivier Cadiot, campe ici un Giovanni déterminé et touchant, on est plus réservé sur Fany Mary, moins convaincante et un peu fragile dans la peau d’Annabella.
Dommage qu’elle soit une putainDe John Ford, mise en scène de Yves Beaunesne.
Jusqu’au 3 décembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry (
www)
Illus. : BM Palazon.