Fil d'actu : théâtre du chatelet  L'actualité du théâtre du Châtelet à Paris.
Ils chaussent du 44, et se tiennent bien droit sur leurs pointes, merci ! Ils ? Les membres des ballets Trockadero, ou « Trocks » pour les intimes. Ces sacrées créatures, issues pour certains des plus grands ballets internationaux, exécutent les grandes figures classiques sans le moindre complexe, et avec une assurance crâne : ils dansent rien moins que « Le lac des cygnes », ou « Paquita », et même un ballet inspiré de Merce Cunningham ! « Patterns in space ». Ils sont 17 sur scène, en tutu et diadème, ont tous des noms de scène et courent le monde avec leur spectacle… Et rencontrent le même engouement depuis plus de trente ans. A voir à Paris, cinq soirs seulement… Les Ballets Trockadero, Théâtre du Châtelet, du 21 au 26 avril. Illus dr

Martha Graham est à la danse ce que Picasso fut à la peinture, Einstein à la physique, Stravinsky à la musique : une légende, une révolution. Hier au Théâtre du Châtelet, ce sont en ces termes que la chorégraphe - disparue en 1991 - a été présentée, avant que le rideau ne s'ouvre sur la première des trois pièces présentée dans la soirée par la Martha Graham Dance Company. Crée en 1958, Embattled Garden - ou « Jardin assiégé » si l'on traduit littéralement - met en scène Adam (Tadej Brdnik) et Eve (Miki Orihara), Lilith et son compagnon, « un étranger » qui, d'abord niché dans un arbre, ressemble à s'y méprendre à un serpent. Dans cet Eden élégant imaginé par le designer Isamu Noguchi, les deux couples s'ébattent, s'échangent, s'émeuvent. Vêtue d'une robe jaune, maniant comme une reine flamenca son éventail sur la musique de Carlos Surinach, Lilith (Carrie Ellmore-Tallitsch), s'avance, sûre d'elle, débaucher Eve et séduire Adam. Sous la grâce des danseurs pointent le désir, le remords, la passion : tous les quatre composent le ballet amoureux de personnages bibliques, dont l'actualité n'a jamais fini de nous étonner.
Après les parades érotiques d'Embattled Garden, place à la gravité avec Sketches from "chronicle", pièce politique créée en 1936, inspirée par la Première Guerre mondiale et la dépression américaine. Composée de trois tableaux, la pièce s'ouvre sur un solo, Spectre - 1914 : Jennifer DePalo, avec sa robe immense au revers rouge, incarne à la fois les mouvements révolutionnaires et les séquelles de la guerre. Ce sont ensuite neuf danseuses qui investissent la scène pour Steps in the Street - l'un des plus beaux moments du spectacle. Les rondes et les traversées de ce groupe de femmes austères disent l'aliénation, la colère, la souffrance. Avec la troisième partie cependant, Prelude to action, la pièce s'achèvera sur une note plus optimiste : parmi les autres interprètes vêtues de noir, une danseuse en blanc (Jennifer DePalo) incarne-t-elle l'espoir d'une nouvelle voie ?
Autre période, autre discours : dans Night Journey, crée en 1947, Martha Graham a cherché à explorer les passions humaines en remontant aux origines. Le mythe d'Œdipe est ici revisité sous une nouvelle perspective, celle de Jocaste (Katherine Crockett), qui, sous l'ordre de Tirésias armé de son bâton (David Martinez), doit revivre son destin avant d'en finir. Pulsions et répulsions, souffrance et jouissance : le théâtre antique est ici détourné de ses dieux, les mouvements de la danse soulignant avant tout les contradictions de l'âme. Le chœur de femmes qui survient par intermittence sur scène n'y pourra rien : Jocaste a couché avec son fils Œdipe (David Zurak) et Jocaste doit mourir. Et c'est sur la mort de l'héroïne tragique que le rideau se refermera.
En dehors des trois pièces cités ci-dessus, deux autres programmes sont à l'affiche au Châtelet, jusqu'au 18 avril. La Martha Graham Company, qui n'était pas venu en France depuis dix ans, offre ainsi, pendant son passage à Paris, une occasion inespérée de redécouvrir la danse comme nous la voyons rarement : moderne, mémorable, mythique. Voir les vidéos et les images de Martha Graham sur Fluctuat Martha Graham Dance Company, au Théâtre du Châtelet du 14 au 18 avril. Photos © John Deane Le site du Théâtre du Châtelet

Mais qu'est-ce donc que cet opéra rock dont tout Paris bruisse allègrement depuis quelques jours? "Welcome to the voice", drame chanté de Steve Nieve, mis en scène par Muriel Teodori ... ou deux quinquas portant beau, alias Sting et Elvis Costello, qui s'essaient à l'opéra. "Welcome to the voice" ou une histoire d'amour ultra basique, quoique. Un ouvrier métallurgiste, Dionysos, fils d’un immigré grec, tombe amoureux d’une voix, incarnée par une femme dont il tombe, également, amoureux. Vous me suivez?
"Welcome to the voice", ou une idylle qui se noue dans un décor unique, celui de marches d'opéra, où ledit Dionysos reçoit aussi les visites des fantômes de Carmen, Norma et Butterfly avant de se faire serrer par un commissaire de police. Vous me suivez toujours? Sans grande surprise, c'est le beau leader de Police qui joue les ouvriers romantiques, et Costello les flics zélés. Détail de taille, "Welcome to the voice" est riche d'espoir et ne se termine pas dans un bain de sang. Détail mineur, Joe Sumner, fils de Gordon (alias Sting) est aussi de la partie, tout comme la chanteuse Sylvia Schwartz. Une curiosité, à découvrir quatre jours encore. Welcome to the voice, jusqu'au 25 novembre, Théâtre du Châtelet. Album édité chez Deutsche Grammophon.


L'événement n'aura échappé à personne : la comédie musicale West Side Story souffle ses cinquante bougies. Cinquante ans tout rond que l'idée géniale d'un "Rom?et Juliette" urbain, sur fond de guerre de gangs à New-York sortait du chapeau de Jerome Robbins. D'un côté Tony, membre des Jets d'origine polonaise, de l'autre Maria, issue des Sharks, immigrés portoricains. Ces deux-là s'aimeraient envers et contre tout, et ça se terminerait mal. Mais l'oeuvre était aussi l'occasion pour Leonard Bernstein de signer une musique devenue culte, idem pour Jerry Robbins côté chorégraphie. Avant d'être un film de Robert Wise, couronné par dix oscars, West Side Story occupa le haut de l'affiche à Broadway. Revoilà donc le musical monté par le chorégraphe et metteur en scène Joey Mc Kneely, qui se veut le plus fidèle possible à l'original. Dans le cadre d'une vaste tournée, le spectacle s'arrête à Paris, au Châtelet, dès ce soir, et jusqu'au 1er janvier. ça va remuer... West Side Story du 20 novembre au 1er janvier au Châtelet. 01 40 28 28 40. www.

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