Théâtre et danse : actu des spectacles. Blog Saisons.
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L'actualité du Théâtre en France et à l'étranger. Tous les billets consacrés à ces manifestations sur Saisons. Voir aussi l'actualité du festival d'avignon 2006

Les Possédés dans un conte théâtral de Tankred Dorst

Posté par Nedjma le 20.11.09 à 16:47 | tags : ferme du buisson, théâtre

On aime beaucoup le collectif les Possédés. Emmené par Rodolphe Dana, et réunissant une fine troupe de comédiens, de Simon Bakhouche à Katja Hunsinger, de Nadir Legrand à Marie-Hélène Roig. On les a vus -et applaudis-, récemment dans « Le pays lointain » de Jean-Luc Lagarce ou dans « Oncle Vania » de Tchekhov.

Changement de cap, la compagnie s'attèle à un vaste conte théâtral signé Tankred Dorst, « Merlin ou la terre dévastée », riche d'influences (Dana évoque à la fois Shakespeare et les Monty Python) et passe ainsi de l'intime à l'épopée. "Chaque époque  connaît ses crises politiques, humaines et économiques qui nous amènent à construire « un monde meilleur », croire en une nouvelle utopie.Refaire l'Eden : tel est l'enjeu à chaque fois. Car ce que reconstruit l'homme de l'utopie rappelle le lieu dont son ancêtre fut chassé, l'espace clos du bonheur inaltérable : le paradis. Dans l'histoire de Merlin, nous avons pensé que cette bande de chevaliers, ce pouvait être nous », clame le metteur en scène. On le croit et on a envie de les suivre. La pièce vient d'être créée à la Ferme du Buisson, avec qui les Possédés ont entamé un compagnonnage au long cours, et sera présentée à la Colline, dès mardi.

"Merlin ou la terre dévastée", par le collectif les Possédés. Du 20 novembre au 19 décembre, Théâtre national de la Colline. 01.44.62.52.52.

 






Hamlet aux Labos d'Aubervilliers - géant

Posté par Catherine le 18.11.09 à 18:35 | tags : théatre

Une chose est certaine : la matière shakespearienne colle parfaitement au théâtre brut de Gwenaël Morin. Le Hamlet, d'après Hamlet de Shakespeare que la troupe du Théâtre Permanent présente depuis début octobre et encore jusqu'au 24 novembre, est une vraie réussite. Nous vous en avions déjà parlé au vu des deux premiers actes, mi-octobre (www). Depuis, les trois derniers actes ont été ajoutés et l'ensemble du spectacle a pris de la bouteille. Et quelle bonne bouteille !

Gwenaël Morin taille ses mises en scène à la hache : "tu entres en courant, tu montes sur la table, tu pleures très fort, tu te jettes par terre..." Aucune psychologie. Surtout pas. Pourquoi en rajouter : tout est dans le texte ! Sur les premières représentations, l'attaque au premier degré des actions et des dialogues fonctionne déjà parfaitement, dans un rythme efficace. Avec le temps, les comédiens habitent leur partition avec de plus en plus de liberté et de force. Car à force de "jouer à jouer", ils jouent vraiment, ils sont vraiment leurs personnages...

Cela donne un jeu de comédien époustouflant que le public apprécie d'autant mieux que le Théâtre Permanent est revenu à une disposition en rond - très à propos pour une oeuvre shakespearienne. La folie de Hamlet, la souffrance d'Ophélie : le spectacle pousse très loin toute la violence du texte de Shakespeare. Le public, constamment sollicité et complètement intégré au spectacle, vit la tragédie de l'intérieur. Comment ne pas en ressortir parfaitement bouleversé ?

 

Hamlet, d'après Hamlet de William Shakespeare, mise en scène Gwenaël Morin
Traduction Joris Lacoste

Avec Renaud Béchet (Hamlet), Virginie Colemyn (Ophélie), Julian Eggerickx (Laerte, Rosencrantz et Bernardo), Barbara Jung (Gertrude, comédien et fossoyeur), Grégoire Monsaingeon (Polonius, Horatio), Gwénaël Morin (Claudius), Ulysse Pujo (Guildenstern et Marcellus)

Jusqu'au samedi 24 novembre, à 20 heures, aux Laboratoires d'Aubervilliers (41 rue Lécuyer à Aubervilliers, M° Pantin quatre chemins, ligne 7).
Gratuit - Pas besoin de réserver, mais il est recommandé d'arriver tôt...

n.b. Pour en savoir plus sur le Théâtre Permanent, n'hésitez pas à relire notre papier de mai dernier : www

Illus ©Julie Pagnier

 

 







Qui pour prendre les rênes du 104?

Posté par Nedjma le 18.11.09 à 11:07 | tags : 104, théâtre, arts plastiques

Les actuels directeurs du 104, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach ont donc jeté l'éponge. Cela s'est passé lors du dernier conseil d'administration du lieu, vendredi. "Ils sont partis avant qu'on ne les renvoie" chuchotent ou clament, ici et là, quelques observateurs. En vérité, le tandem de direction du site a réagi ainsi à l'annonce du gel de la subvention accordée à l'établissement. Le 104 affiche déjà 700 000 euros de déficit, ils réclamaient une rallonge de 2 millions d'euros. La mairie a dit niet. Un an seulement après l'ouverture de "l'établissement artistique de la ville de Paris", qu'y a t-on vu? Une ouverture en fanfare, qui a laissé beaucoup de monde à la porte, des performances, des installations, une maison des petits hyper bobo. Des répétitions ici, là. La conférence de presse du festival d'Avignon. Mais étonnamment peu de théâtre. Frédéric Fisbach et Robert Cantarella sont pourtant metteurs en scène. Alors qui pour leur succéder? D'autres hommes de théâtre? -Un théâtre qui, soit dit en passant, a vu ses subventions augmenter de 37% à Paris depuis 2000-. Des artistes plasticiens? Christophe Girard, adjoint à la culture de Bertrand Delanoë a indiqué sa nette préférence pour un gestionnaire plutôt qu'un artiste. En période de crise, un retour au bon vieux "principe de réalité"?

 




Théâtre et astronomie - la voix de Giordano Bruno

Posté par Catherine le 16.11.09 à 20:35 | tags : théâtre

Ils furent des temps où une pensée trop libre menait droit au bûcher. En 1600, Giordano Bruno fut brûlé vif pour ne pas avoir voulu démordre de sa conviction, obtenue par raisonnement philosophique, que l'univers est infini.

En ce moment, à l'Observatoire de Paris, la voix de Giordano Bruno est ressuscitée par l'intercession de trois hommes : Benoît Di Marco, Laurent Lévy et Pierre Hiessler incarnent la personnalité plus que trinitaire de celui qui fut tour à tour prêtre catholique, calviniste, philosophe, sans jamais se départir d'un amour des plaisirs de la vie les plus concrets.

L'occasion pour les théâtreux invétérés que nous sommes d'aller traîner nos guêtres ailleurs que dans nos salles habituelles - même si, justement, pour entendre raisonner la voix de Giordano Bruno, on aurait rêvé d'une déambulation plus audacieuse dans ce superbe lieu qu'est l'Observatoire de Paris.

 

Giordano Bruno - des signes des temps, un spectacle de Laurent Vacher
A partir de textes de Giordano Bruno

A l'Observatoire de Paris, jusqu'au 12 décembre 2009
Du lundi au samedi à 20h30, sauf le jeudi à 19h30
Réservation 01 44 84 72 20

Illus © Christophe Raynaud de Lage




La guerre des poupées d’Ibsen

Posté par Nedjma le 16.11.09 à 17:40 | tags : nanterre-amandiers, théâtre

Devinette : quelle est l’héroïne dramatique la plus en vogue de cette saison théâtrale 2009-2010 ? Ni Phèdre, ni Antigone. Pas plus Bérénice ou Chimène, mais Nora. Nora Helmer, poupée fragile –mais pas tant que ça-, imaginée par Henrik Ibsen, entourée d’hommes malades, cruels, égocentrés. « Je ne peux plus me contenter de ce que disent les gens et de ce qu’on trouve dans les livres. Je dois réfléchir toute seule et essayer d’y voir clair», clame-t-elle. La question de la vérité, et de la lutte des femmes sont au cœur de l’œuvre qui fascine, plus que jamais les metteurs en scène. Pas moins de trois versions majeures sont donc à l’affiche à Paris, puis en tournée, ces prochains mois.
Au Théâtre de la Colline, c’est Stéphane Braunschweig qui ouvre le bal, avec Bénédicte Cerutti cette semaine et jusqu'en janvier 2010. Autre version très attendue, en février prochain, celle du Théâtre de la Madeleine. L’immense Michel Fau, compagnon au long cours d’Olivier Py, signera la mise en scène et incarnera le mari de Nora, elle-même interprétée par…Audrey Tautou. La pièce marque les débuts au théâtre de miss Amélie.
Autre lieu, autre vision enfin, celle deJean-Louis Martinelli, au théâtre des Amandiers de Nanterre du 10 mars au 17 avril prochain. Cette fois c’est la blondeMarina Fois qui enfilera la robe corsetée de Nora…

 Illus mise en scène de Stéphane Braunschweig, Théâtre de la Colline. © Elisabeth Carecchi

 




sexAmor au théâtre de la Bastille

Posté par JdF le 11.11.09 à 12:53 | tags : théâtre, bastille

 

Pierre Meunier revient au Théâtre de la Bastille, en compagnie d’une nouvelle venue dans son univers, Nadège Prugnard. Avec elle, Meunier déplace son obsession :  le minéral laisse place à l’organique. Alors qu’au milieu du Désordre, les cailloux de toutes formes tenaient le haut du pavé, ici, comme le titre du spectacle l’indique, ce sont des corps qui sont la matière et le propos de  sexAmor : Pierre Meunier, marin ballotté par les flots, voit arriver à lui une femme sirène qui se débat dans une bulle, se tord dans tous les sens pour parvenir à s’en extraire. Une fois sur la terre ferme, leur union passe par des épreuves complexes, où les étranges machineries auxquelles Pierre Meunier nous a habitué, donnent l’occasion aux deux amants de mesurer leur forces dans une guerre des sexes où chaque adversaire ne demande qu’à se livrer à l’autre.

 

Décousu, paraissant construit par impulsions, le spectacle est une suite de moments superbes et poignants, parsemée de baisses de tension, à l’image d’un ballet érotique où le désir doit reprendre haleine avant de renaître. À l’instar du discours amoureux, le texte, écrit par Pierre Meunier et Nadège Prugnard, fait entendre alternativement lyrisme et de trivialité en adéquation avec cette mise en scène fantasque et burlesque de la sexualité et du sentiment.

sexAmor de Pierre Meunier et Nadège Prugnard, jusqu'au 28 octobre au Théâtre de la Bastille (www)

Illus. © Jean-Pierre Estournet




La dernière nuit du Che

Posté par Nedjma le 10.11.09 à 17:25 | tags : théâtre
D'Ernesto Guevara, alias le Che, il y a l'image. Celle du beau brun révolutionnaire au béret étoilé. Celle immortalisée par Korda et qui se décline en milliers de millions d'exemplaires sur des tee-shirts et produits dérivés des quatre coins du monde. Il y a la légende. Il y a l'histoire. 8 octobre 1967. La petite école du village La Higuera en Bolivie... Le Che, prisonnier, s'apprête à y vivre sa dernière nuit. Quelques heures avant son exécution, « El Commandante » va faire une étrange rencontre : un professeur d'université d'aujourd'hui venu interroger cette personnalité hors normes. Au fur et à mesure de leur brûlant entretien se dessine une figure différente: celle d'un homme complexe, ni monstre sanguinaire ni surhomme romantique.

L'auteur argentin José Pablo Feinmann signe le texte Ernesto Che Guevara, la dernière nuit. Gérard Gélas, directeur du théâtre avignonnais du Chêne noir le met en scène. Aux côtés de Laure Vallès et Guillaume Lanson, des fidèles du metteur en scène, Jacques Frantz et Olivier Sitruk.
« Ernesto Guevara, la dernière nuit du Che ». Du 20 au 29 novembre prochain, Théâtre du Chêne noir, Avignon.

 




Que d'espoir ! Humanité en déroute

Posté par Catherine le 10.11.09 à 08:00 | tags : théâtre

cabaret Hanokh Levin, mise en scène Serge Lipszyc

Souvenez-vous : en 2004 nous vous annoncions l'avènement de l'ère Levin dans notre beau pays, eh bien ça n'a pas loupé. Youpi ! Hanokh Levin est désormais un auteur de choix pour nos metteurs en scène qui s'en donnent à coeur joie avec l'humour ô combien corrosif du trublion israélien décédé il y a maintenant dix ans. Auteur prolixe, Levin a beaucoup écrit. Il montait lui-même ses textes et le cabaret politique a été l'un de ses premiers terrains d'action. Laurence Sendrowicz, traductrice de l'auteur, avait elle-même proposé une version cabaret des sketches de Levin en 2005 (www). Rien n'empêche d'assembler les courtes scènes, chansons ou harangues d'autres façons. C'est ce qu'avait fait Galin Stoev au Studio Théâtre de la Comédie-Française en 2008 (www - les lecteurs comprendront qu'ici, on ADORE Hanokh Levin et on le prouve !).

Aujourd'hui, Serge Lipszyc et sa compagnie du Matamore, proposent un nouveau montage de textes tirés de Que d'espoir! et Douce Vengeance. Le metteur en scène a choisi de placer les comédiens dans un dispositif tournant, encombré d'objets. Ici une roue, là un tuyau, en haut une cuvette-WC, en bas une douche /cabine téléphonique, partout des trucs et des bidules. Plusieurs hommes et femmes errent sur ce plateau à deux niveaux. L'atmosphère est saturée de bourdonnements étranges, un vieil ordinateur ne compute plus rien, un militaire rode, les cheveux sont blancs. Un ours en peluche fait tourner tout ce monde, attaché sur un petit vélo... L'humanité n'est plus seulement en déroute : elle est bel et bien perdue. Or voici qu'on constate qu'après l'apocalypse, l'humour au vitriol d'Hanokh Levin agit toujours.  Quelle fichue bonne nouvelle ! Que d'espoir !

 

Que d'espoir ! textes de Hanokh Levin, mise en scène Serge Lipszyc
Cocktail théatro-musical corrosif

Jusqu'au 21 novembre à l'Etoile du Nord, du mardi au samedi à 21 heures
réservation 01 42 26 47 47




Berlin, capitale théâtrale

Posté par Nedjma le 09.11.09 à 18:30 | tags : festival d'avignon, théâtre

En 2004, Thomas Ostermeier inaugurait le mandat du nouveau tandem de direction Hortense Archambault/ Vincent Baudriller, comme artiste associé du festival d’Avignon. Un nouveau choc. Le metteur en scène allemand, véritable prodige de la scène européenne avait déjà présenté en 1999 une trilogie composée de « Homme pour homme » de Brecht, « Shopping and fucking » et « Sous la ceinture ». Il y était revenu en 2001 pour « La mort de Danton ». On découvre cette fois son « Woyzeck » dans la Cour d’honneur, « Maison de poupée » d’ Ibsen puis, plus récemment « Hamlet » ou « Anéantis » de Sarah Kane. Le directeur de la Schaubühne, théâtre emblématique de Berlin Ouest livre un théâtre coup de poing, avec des interprètes à l’énergie puissante.
Autre scène emblématique de Berlin, à l’Est cette fois, la Volksbühne (ou « théâtre du peuple »), édifiée peu avant le début de la première guerre mondiale sur la Rosa Luxemburg Platz. C’est Frank Castorf, autre figure phare de la scène berlinoise, qui la dirige. Parmi les invités réguliers de la Volksbühne, le Suisse Christoph Marthaler, qui y a créé nombre de ses pièces. Marthaler qui sera à son tour artiste associé d’Avignon –qui a décidément compris combien le théâtre allemand pèse- en juillet 2010.

Pour en savoir plus sur la scène berlinoise, lire et relire encore le passionnant numéro d’Alternatives théârales, publié en 2004 en collaboration avec le festival d’Avignon et dirigé par Barbara Engelhardt. Castorf, Ostermeier , Marthaler mais aussi René Pollesch y sont notamment évoqués comme autant d'acteurs majeurs. Théâtre à Berlin, l'engagement dans le réel. 2e trimestre 2004. 104 pages 17 euros. 

Lire aussi Fluctuat twitte à Berlin 

Voir Diaporama / Berlin-Est, la rebelle
Diaporama / Berlin, l'effacement des traces
Berlin selon l'écrivain Jean-Yves Cendrey

 




Des anges comédiens sur les toits de Berlin

Posté par Nedjma le 09.11.09 à 17:27 | tags : théâtre, insolite, cinéma

 

La fête sera belle, la fête sera dense à Berlin aujourd’hui. Avant le concert emblématique de l’Orchestre du Staatsoper de Berlin, placé sous la direction de Daniel Barenboïm, une petite place sera faite au théâtre. Une troupe de huit comédiens apportera en effet, dès 18 heures ce soir  une touche poétique aux festivités. Ils seront déguisés en anges –avec de larges ailes dans le dos- à la manière des créatures oniriques qui peuplaient le film culte de Wim Wenders : "Les ailes du désir" (illus dr), tourné à Berlin en 1987 avant la chute du Mur. Ils se posteront ainsi sur de nombreux toits du centre-ville, à l'endroit même où passait le mur.

 

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Stakhanovistes de la scène

Posté par Catherine le 08.11.09 à 19:30 | tags : théâtre, mc93

Evidemment, si vous dites que vous êtes allée ce week-end en BANLIEUE voir une pièce en RUSSE surtitré et qu'en plus, cette pièce a duré 8 HEURES*, on risque de vous regarder d'un drôle d'oeil... Vous pourrez toujours rétorquer que huit heures, bah, c'était juste une préparation aux 11 HEURES** à venir le week-end prochain (autre pièce, même lieu, même langue étrangère). Pour vous défendre, n'hésitez pas à ajouter que vous n'êtes pas seule à apprécier ce genre de marathon théâtral : il est très difficile d'obtenir des places - voire plus possible du tout à l'heure qu'il est - pour ce festival Lev Dodine à la MC93. Nous vous l'annoncions il y a quelques jours, l'aventure a démarré ce week-end.

Mise en route en beauté avec Frères et Soeurs, grande fresque paysanne créée à Saint-Pétersbourg en 1985. C'est avec cette adaptation du roman de Fedor Abramov que tout a commencé pour le Maly Drama Théâtre de Lev Dodine. Le spectacle, aujourd'hui légendaire, a sillonné le monde entier et c'est bien pour ça qu'il fallait à tout prix le voir. Et ils n'étaient pas rares dans la salle ceux qui étaient là pour RE-voir ce Frères et Soeurs grandiose.

1941. Les hommes partis à la guerre, les femmes s'organisent au kolkhoze Vie nouvelle. Elles travaillent sans relâche, portées par l'espoir : un jour, la guerre sera finie, leurs maris, leurs frères reviendront. 1946. La guerre est finie. Les hommes ne sont pas revenus. La vie est toujours aussi dure mais de moins en moins supportable. Le Parti impose des efforts sans cesse plus grands, prélève des impôts sans cesse plus importants. La misère est sans fin.

Sur le plateau, pas moins d'une quarantaine de comédiens, de tous âges, parmi lesquels une poignée d'enfants qui ne sont pas là pour faire de la figuration. C'est la tradition théâtrale russe que l'on vient apprécier dans les mises en scène de Lev Dodine : un certain naturalisme bien sûr, avec costumes réalistes, comédiens à trogne, jeu stanislavskien. Dans Frères et Soeurs, le public vit le quotidien éreintant et désespérant des kolkhoziens avec une intensité que la durée du spectacle vient encore accroître. 

Mais le Maly Drama Théâtre propose bien plus qu'une figuration réaliste de la vie paysanne sous Staline - coutumes et danses traditionnelles incluses. Il magnifie le peuple russe dans de superbes tableaux pleins d'expressions, de couleurs et de musique, il donne à voir les rêves broyés de la population dans d'émouvantes scènes oniriques (le retour glorieux des hommes après la guerre par exemple) et, surtout, Lev Dodine n'hésite pas à laisser glisser ses scènes vers des moments plus comiques et même parfois franchement burlesques, d'une qualité exceptionnelle.

Dans ces conditions, vous aurez compris que passer huit heures dans un théâtre un samedi après-midi est plus qu'une partie de plaisir. Plaisir immense à poursuivre encore pendant un mois à la MC93. On vous en reparle.

Frères et soeurs d'après Fedor Abramov, mise en scène Lev Dodine
Vu dans le cadre du festival 25 ans de répertoire de Lev Dodine jusqu'au 6 décembre à la MC93

 

* soyons honnêtes et précis : sept heures de spectacle, pour une représentation, pauses incluses, d'une durée totale de huit heures.
** Les démons de Dostoïevski, neuf heures de spectacle, onze heures à passer au théâtre !

 

Prochain spectacle les 9 et 10 novembre : Les Etoiles dans le ciel de l'aube, d'Alexandre Galine, création 1987. En voici un extrait vidéo non surtitré !

 


 




La BNF célèbre le siècle de Ionesco

Posté par Nedjma le 30.10.09 à 16:04 | tags : bnf, théâtre

Eugène Ionesco, disparu il y a quinze ans, est né voilà tout juste un siècle. La Bibliothèque nationale, qui vient de se voir léguer les archives du dramaturge par sa fille Marie-France, célèbre cet anniversaire avec une vaste exposition. L'auteur est un classique –La cantatrice chauve ou Rhinocéros, des ouvrages de référence au lycée- souvent monté en France et ailleurs. Mais ce sont souvent les mêmes textes qu’on porte à la scène : La Cantatrice chauve bien sûr, son grand-œuvre, qui s’est joué sans interruption au Théâtre de la Huchette depuis 1957. Cette Cantatrice, que certains metteurs en scène contemporains se sont réjoui d’adapter à leur tour –voir, revoir la version de Jean-Luc Lagarce , bientôt de retour au Théâtre de l’Athénée-. Citons encore Les chaises ou Le roi se meurt, récemment joliment exploré par Michel Bouquet.

Côté expo, sept thèmes, comme autant d’obsessions de l’auteur de l’absurde organisent un parcours qui se décline autour de documents audiovisuels, photos, ou tableaux. Le langage, l'engagement, la critique, l'accumulation –voir une collection démente de rhinocéros-, la mort, Dieu, encore l'illumination. Richissime.

Illus dr.

Exposition Ionesco, Bibliothèque nationale de France. La cantatrice chauve, mis en scène par Jean-Luc Lagarce, Théâtre de l'Athénée du 5 au 18 novembre.




Pierre Doris est mort

Posté par Nedjma le 29.10.09 à 14:24 | tags : théâtre, humour

Il aurait eu 90 ans aujourd’hui, mais Pierre Doris, de son vrai nom Pierre Turgot, vient de mourir. On aura vu le comédien et humoriste à la télévision, au cinéma, mais le bougre au physique bien rond était avant tout un homme de scène. Opérettes, comédies de boulevard, grands classiques (de « Ubu roi » au « Barbier de Séville), il a servi plusieurs registres, après avoir écumé les cabarets, avec des one-man shows au trait cinglant et à l’humour acide.

« On me surnommait le Frankenstein du rire, voire le pape de l’humour noir (…) mais moi je suis un tendre » avait dit en 1978, celui dont beaucoup considèrent qu’il a préfiguré l’humour de Pierre Desproges. « Entre le premier cri et le dernier râle, il n’y a qu’une suite de mots sans importance », avait-il aussi clamé. Il aura montré le contraire. Au paradis des caustiques, il devrait bien se fendre la poire avec Raymond Devos… Illus dr

 




Scènes de ménage, entre rires et larmes

Posté par Nedjma le 27.10.09 à 15:45 | tags : théâtre, comédie française

Le mari, la femme, l(es) amant(s), éternel trio de théâtre, décliné sur l'air du on s’aime, on se trompe, on se quitte. Le thème est une source inépuisable d'inspiration pour la scène... qui accueille des scènes de ménage en cascade. Exemple, entre rires et larmes, avec deux pièces à l'affiche en ce moment: "Partage de midi", mis en scène par Yves Beaunesne, créé pour la Comédie-Française et en tournée actuellement après une escale au Théâtre Marigny, et "Sentiments provisoires", à l'affiche du Théâtre Marigny.

Elle et ils. Dans "Partage de midi", Marina Hands est Ysé, créature fatale, longue chevelure blonde, robe rouge sang, lunettes de soleil, face à De Ciz, mari taiseux, Amalric, ex et futur amant, et surtout Mesa, amoureux déchiré (Eric Ruf, habité, incandescent). Dans "Sentiments provisoires", Sylvie Testud est une discrète Hélène qui quitte Marc (truculent Pierre Arditi), auteur à succès pour son meilleur ami, Felix (François Berléand), prof un peu terne.

La phrase qui tue. « En amour, il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance », lance Ysé, la femme interdite à Mesa, qui se consume de l’intérieur. « Il fait bien l’amour au moins? – Comme toi », réponse d’Hélène à Marc, elle éméchée, lui stupéfait, au moment de l’annonce de la rupture.

Tragédie et comédie. Deux pièces, deux tons, aux antipodes. D'un côté, la mort au bout de l’amour, après une envolée mystique : on est chez Claudel, c’est sa propre histoire qu’il raconte, et ça ne rigole pas. De l'autre, c’est le badinage, art dans lequel Arditi excelle, comme toujours. Dans un cas, on souffre et ça se voit, dans l’autre on fait bonne figure. Tragédie contre comédie douce amère. Les deux valent le détour, pour des raisons, et des envies différentes.

Illus Brigitte Enguerrand et dr.

Partage de midi en tournée, les 5 et 6 novembre à Nîmes, le 9 à Tarbes, les 17 et 18 à la Rochelle. Sentiments provisoires au Théâtre Edouard VII, Paris 9e.





Une déferlante d’arts en Normandie

Posté par Nedjma le 23.10.09 à 09:44 | tags : théâtre, danse, musique sur scène
Paris fait son festival d’automne, et la Normandie le sien. Une quarantaine de spectacles dans une quarantaine de lieux. Depuis le 20 octobre, danse, musique, théâtre : le spectacle vivant dans tous ses états de Rouen à Dieppe en passant par le Havre. La quatrième édition dévoile une affiche de choix.

Avant « Darshan » en son temple d’Aubervilliers, Bartabas a livré son dernier spectacle, « Liturgie équestre », inspiré par le grand-orgue Cavaillé-Coll, monument phare de l’abbatiale Saint-Ouen de Rouen. Philip Glass est à l’honneur au fil de plusieurs rendez-vous ("Dracula", un récital avec son ensemble). Côté théâtre, Joël Jouanneau présente, après Avignon son « Œil d’Œdipe », Arthur Nauzyciel son « Julius César », Jacques Vincey sa « Nuit des rois ». Danse à foison, enfin, avec les invitations de Fatou Traouré ou Mathilde Monnier et la pièce pour « seniors », "Kontakthof", de Pina Bausch (illus dr), autour de laquelle a été bâti un panorama de la danse allemande et de son évolution récente.

Festival Automne en Normandie, jusqu'au 26 novembre. Programme complet ici.





Le jeune public, c’est chic !

Posté par Nedjma le 20.10.09 à 15:48 | tags : théâtre de la ville, théâtre, jeune public

Le théâtre jeune public, on croit connaître. Des contes de fées ou des récits d’aventures bricolés, des marionnettes ou du théâtre d’objet, pas toujours de bonne qualité? C’est ce qu’on croit. En fait, les jeunes spectateurs, comme leurs aînés, ou presque, ont à leur disposition une quantité de spectacles étonnante. Eclectisme, qualité, inventivité, se déclinent aux quatre coins de Paris et de France, dans des théâtres de poche ou des salles plus imposantes. Et peu à peu, des metteurs en scène de renom s’emparent de ce genre spécifique. Joël Pommerat avait en son temps revisité Le petit chaperon rouge  ou Pinocchio  avec bonheur. Olivier Py, lui, explorait les frères Grimm et écrivait même des textes à l’attention des jeunes spectateurs. Derniers en date, Emmanuel Demarcy-Mota et Pascal Rambert.

Le premier, directeur du Théâtre de la Ville ouvre précisément, et pour la première fois, le site à des œuvres jeune public, « tout public » préfère-t-il dire. C'est le cas en ce moment avec « Wanted Petula ». Le troisième volet des aventures de Bouli Miro, signé de l’auteur Fabrice Melquiot et mis en scène avec talent et malice par le maître des lieux. Bienvenue dans un monde de rires et de larmes, de désillusions et de rêves, où un petit Prince fait à Taïwan côtoie une puce géante férue de littérature…

De son côté, Pascal Rambert, nouveau directeur du Théâtre de Gennevilliers écrit et met en scène « Mon fantôme ». Il confie : « L’idée m’est venue en observant mon fils, lorsque je le mettais au lit, il préférait les histoires que j’inventais à celles que je lui lisais (…) Avec Mon fantôme, je veux offrir aux enfants la possibilité de travailler sur leur imaginaire. Sous une tente. Sous des couvertures. En chaussettes et les yeux grands ouverts dans le noir. En somme, en petit, pour les petits, ce que nous faisons, ici au théâtre, en grand, pour les grands. »

Pas un langage différent, pas du théâtre gagatisant non, des images, des mots, des notes parfois de belle tenue, qui forgent de belle manière le goût du « vieux » public de demain…

Wanted Petula, Théâtre de la Ville. www.theatredelaville.com. Jusqu’au 27 octobre. A partir de 7 ans. Illus dr
Mon fantôme, Théâtre de Gennevilliers. www.theatre2gennevilliers.com. Du 2 au 9 décembre. A partir de 4 ans.




Le père Tralalère ne manque pas d'air

Posté par Nedjma le 19.10.09 à 15:31 | tags : théâtre, colline

On a pensé à Rodolphe Dana, et son collectif Les Possédés qui montaient, il n’y a pas si longtemps au Théâtre de la Bastille « Oncle Vania » ou « Le pays lointain ». On a pensé, précisément, à Tchekhov pour une certaine mélancolie, à Lagarce pour son ironie un peu détachée, ces retrouvailles familiales sur lesquelles on mise tellement et qui ne se passent jamais comme on le voudrait. Puis on n’a plus pensé à personne car le collectif D’ores et déjà (moyenne d'âge, moins de 30 ans!) a sa patte, son univers tout particulier. Passionnant et empreint d'un naturel déconcertant : et pour cause, ses spectacles naissent d’improvisations. "Le père Tralalère"… Le titre claque comme une chanson enfantine. Qui commencerait de façon gentillette, et s’achèverait dans le sang. Car de la politesse cordiale et des considérations anodines échangées en début de repas de famille, il ne restera pas grand chose à la fin. Les failles sont devenues des gouffres, le règlement de comptes, cinglant, sera sanglant. Déjà présenté à la Colline en juin dernier, ce spectacle gonflé, soufflant, est de retour. Dispositif bi-frontal, qui crée un passionnant jeu de miroir entre public et public. Avec les mêmes interprètes, la même formidable énergie et le même plaisir du plateau, partagé par acteurs et spectateurs, entre rire et effroi. Ne manquez pas ça.

Le Père Tralalère, création collective, mise en scène Sylvain Creuzevault, Théâtre de la Colline. Paris 20e, jusqu’au 31 octobre.




Hamlet aux Laboratoires d'Auvervilliers - noir c'est noir

Posté par Catherine le 17.10.09 à 08:00 | tags : theatre

d'après Hamlet, par le Théâtre Permanent de Gwenaël Morin

Le théâtre permanent de Gwenaël Morin se porte bien, merci. Après Lorenzaccio, après Tartuffe, Bérénice et tout récemment, un Antigone qui déchirait sa race dans la cour des laboratoires d'Aubervilliers, retour à l'intérieur avec Hamlet. Fidèle à sa recherche effrénée de théâââtre, la troupe du Théâtre Permanent s'essaie cette fois aux rideaux de velours (même si ceux-ci ne s'ouvrent que sur des fantômes), et au frapper des trois coups (avec chaussure en guise de brigadier). Et puisqu'il faut bien tenter tout pour voir ce que ça peut donner sur un plateau, une télé est allumée dans un coin, qui diffuse une version d'Hamlet en noir et blanc et costumes d'époques.Théâtre en rond version anguleuse, le dispositif permet aux spectateurs d'échanger des regards sous la lumière blanche des néons qui éclairent toute la salle.

La reine tire la gueule, le roi (Gwenaël Morin himself) jubile, Hamlet suffoque dans ses habits de deuil : pantalon noir, chaussures noires, chemise noire, pull noir, cheveux noir. Noir, c'est très noir. Ce qu'on aime avec le théâtre permanent, c'est l'occasion si rare de suivre une troupe dans ses évolutions et circonvolutions : Renaud Béchet, qu'on avait découvert un peu hésitant dans Tartuffe, est aujourd'hui parfaitement convaincant en fils jaloux et, peut-être fou. Aux antipodes du Créon autoritaire qu'elle était il y a peu dans Antigone, Virginie Colemyn est maintenant la blanche Ophélie, tellement naïve qu'on l'adore d'emblée. Julian Eggericks l'enflammé aime toujours autant montrer son torse, et le petit boxer bleu moulant qu'il dévoile dans Hamlet répond au collant rouge de son évêque dans Lorenzaccio.
Jusqu'à samedi dernier, le public avait droit aux seuls deux premiers actes. C'est ça la liberté du théâtre permanent : ne pas attendre la finitude ni la perfection pour accueillir les spectateurs.
Pour suivre les péripéties d'Hamlet au Théâtre Permanent, c'est toujours à 20 heures, toujours du lundi au samedi, et c'est toujours aussi gratuit !

Hamlet, d'après Hamlet de William Shakespeare, mise en scène Gwenaël Morin
Traduction Joris Lacoste
Du mardi au samedi à 20 heures, aux Laboratoires d'Aubervilliers (41 rue Lécuyer à Aubervilliers, M° Pantin quatre chemins, ligne 7).
Pas besoin de réserver.

n.b. Pour en savoir plus sur le Théâtre Permanent, n'hésitez pas à relire notre papier de mai dernier : www

Illus ©Julie Pagnier




Le Guillon flingueur de retour sur scène

Posté par Nedjma le 16.10.09 à 17:28 | tags : théâtre, humour
Avec ses allures de cocker triste et son air de pas y toucher, Le Stéphane Guillon, animal comique en voie de disparition, ne trompe plus personne. L'homme dezingue et flingue à tout va, avec un humour noir et brillant malgré des saillies inégales. C'est sur France Inter que ça se passe, chaque matin, du lundi au mercredi à 7h53, ça dure à peu près 5 minutes et ça marche du feu de Dieu. Les auditeurs adorent ou abhorrent, et le font savoir (courriers et mails). Quant aux personnalités invitées, elles subissent mais le plus souvent découvrent le forfait, après-coup.
C'est le cas de Nicolas Hulot, qui, qualifié d'éco-tartuffe, a publié une réponse cinglante dans le Journal du dimanche de la semaine dernière, de Dominique Strauss-Kahn, traité à mots (dé)couverts de baiseur fou, ou de Martine Aubry, considérée comme un pot à tabac. Eric Besson, Nicolas Sarkozy -proie de prédilection de Guillon-, Jean Sarkozy, ou, plus douteux les victimes du crash aérien du vol France-Bréil... ont aussi fait les frais de la plume au vitriol de Guillon -revue et corrigée quand besoin par sa compagne...-. Quoi qu'il en soit, les cibles de Guillon sont aussi ceux qui lui font la meilleure pub, l'humoriste en convient et s'en sert même pour faire la promotion de son dernier spectacle.
Oui le microphage revient à la scène, à partir de janvier prochain, au Théâtre Dejazet.
Stéphane Guillon, Théâtre Dejazet, Paris, à partir du 12 janvier 2010. 



Changement de cap pour les théâtres Monfort et Aquarium

Posté par Nedjma le 15.10.09 à 12:49 | tags : théâtre
On l'a dit, le Théâtre Silvia Monfort, dans le quinzième arrondissement de Paris vient de changer de mains. Après de longues années sous la direction de Régis Sauton, pour une programmation de facture plutôt classique, voilà que Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, spécialisés dans les arts du cirque, anciens directeurs des Arts Sauts, et ayant couru les scènes du monde entier pendant quinze ans posent leurs valises, aux rênes du théâtre. Théâtre rebaptisé « Le Monfort » et qui subit un coup de jeune. Physique (rénovation des lieux, de leur habillage, du site web), et artistique. Dans son édito d'intention, le tandem promet une saison « multiforme et résolument internationale, à la fois exigeante et accessible à chacun ». Et clame : « Nous rêvons d'un théâtre de notre temps, grand ouvert sur le monde. Plus qu'un lieu de représentation, il sera un espace de liberté, un lieu de vie favorisant les échanges et les rapprochements ». Un peu tarte à la crème, soit, on attend donc de voir à l'usage. De fait la programmation s'annonce très prometteuse. Après « Sonia », d'Alvis Hermanis, vu à Avignon à l'été 2008 (lire ici ), le Monfort accueille du 15 au 31 octobre, la compagnie Oh oui ! pour « Ce que nous vîmes ». Dans la foulée, d'autres compagnies de théâtre, cinq compagnies de danse, trois de nouveau cirque et plusieurs opéras chinois. A suivre...

 

A l'autre bout de la ville, au sein de la Cartoucherie de Vincennes, c'est le Théâtre de l'Aquarium qui a changé de main. La direction laissée vacante par le départ de Julie Brochen au TNS de Strasbourg, c'est François Rancillac qui a été officiellement nommé, le 12 mars dernier, au terme d'un feuilleton pour le moins rocambolesque. On peut s'en réjouir. Le metteur en scène, qui monta souvent Lagarce et présida, un temps aux destinées du Festival de Bussang vient du CDN stéphanois La Comédie. Sept années durant, avec son complice Jean-Claude Berutti, ils ont œuvré au développement de l'Ecole de formation, tissé une dense programmation faisant la part belle au contemporain, ont créé le Piccolo, théâtre itinérant sillonnant les chemins de Loire et Haute Loire. Lever de rideau avec une mise en scène de Rancillac, « Zoom » de Gilles Granouillet, suivi de « La tête vide » de Raymond Guérin. Un artiste associé, Antoine Caubet a été nommé pour trois ans et le nouveau directeur continue de célébrer l'itinérance avec des petites formes proposées en entreprise, association, appartement...

Théâtre Silvia Monfort, Paris 15e.
Théâtre de l'Aquarium, Cartoucherie de Vincennes.

 




Hymne à la femme - Médée au CDN de Sartrouville

Posté par Catherine le 15.10.09 à 12:00 | tags : theatre

Médée d'Euripide, mise en scène Laurent Fréchuret"Si seulement..." C'est par ces mots que commence la tragédie écrite par Euripide en -431. Si seulement tout ceci n'avait jamais commencé. Car une fois la machine lancée, il n'y a plus qu'à laisser le destin advenir. Laurent Fréchuret, présente au CDN de Sartrouville qu'il dirige, une version brillante et éminemment théâtrale de la Médée d'Euripide. Exit la trompée hystérique que le désespoir pousse à l'infanticide : sous les traits de Catherine Germain, Médée est forte, très forte. Le metteur en scène a choisi d'aborder la tragédie athénienne comme une formidable machine à jouer, un texte poétique à dire, à chanter, sans s'appesantir plus que cela sur l'acte terrifiant d'infanticide. La nourrice s'inquiète-t-elle de l'absence de chansons pour accompagner les moments difficiles de la vie ? Un orchestre est présent sur le plateau : batterie, percussions, violon, guitare, chants, et c'est parti pour un grand moment de communion théâtrale en compagnie du texte d'Euripide, revitalisé par la nouvelle traduction qu'en propose Florence Dupont.

Sous les traits de Catherine Germain, Médée arbore une longue chevelure blonde, attribut féminin par excellence. Mais son visage est profondément marqué. Elle est osseuse, dure, forte, quand son mari, Jason, est tout en rondeur et un rien pataud. Médée vit sa répudiation dans son corps, dans son ventre. Cependant, elle ne se laisse jamais aller à l'hystérie. Sa colère est raisonnée et presque calme.
Aguerrie aux techniques du clown, Catherine Germain ne craint pas de simplement se tenir debout et toiser le public pendant de longues minutes. C'est une Médée parfaitement sûre d'elle-même qui apparaît, sûre de ses pouvoirs et de sa force, magnifiquement habile à se jouer de la crédulité de Jason pour mieux perpétrer sa vengeance.

Médée d'Euripide - mise en scène Laurent FréchuretEn reflet de cette Médée si masculine, le choeur est quintessence féminine : impossible de résister aux charmes de la comédienne Zobeida, cheveux très courts, voix suave et accent espagnol, quand elle exhorte les femmes à ne pas avoir d'enfants. Et si, à travers cette grande tragédie qui a si bien traversé les âges, Euripide avait finalement oeuvré à une image de la femme ultra-moderne ? Quoi, la femme serait faible et l'homme fort ? Ici, Jason est hypocrite et lâche, bien sûr. Mais le comédien Jean-Louis Coulloc'h en rajoute une couche : l'homme est naïf et très bête. Médée est celle qui fait face aux événements, décide de son destin, ne s'encombre pas d'enfants et n'a besoin de personne. On peut même la traiter de sorcière, ça la fait bien rigoler. La plus forte, c'est elle. Et attention, si on l'embête, elle s'envole sur un chariot d'or ! Euripide, féministe ? Assurément.


Médée d'Euripide, mise en scène Laurent Fréchuret
Nouvelle traduction Florence Dupont
Avec Thierry Bosc, Jean-Louis Coulloc'h, Takumi Fukushima, Catherine Germain, Dominique Lentin, Mireille Mossé, Jean-François Pauvros, Martin Selze, Zobeida
Du 6 au 23 octobre au CDN de Sartrouville

Illus ©Christophe Raynaud de Lage




Laure Manaudou, des bassins aux planches

Posté par Nedjma le 14.10.09 à 14:27 | tags : théâtre

Le théâtre ? C'est définitivement le plus gros secteur de recyclage de personnalités égarées, et dans tous les domaines.

 

On a connu les vedettes jetables de la télé-réalité, comme Jean-Edouard-du-Loft (comment ça, vous avez oublié ? le soupirant aquatique de Loana) qui donna notamment la réplique à Marie Laforêt. Puis les hommes politiques-hommes d'affaires-ex-détenus : figure exemplaire de « reconversion », Bernard Tapie qui fit des siennes dans « Vol au-dessus d'un nid de coucous », « Un beau salaud » et, plus récemment « Oscar ».

Voilà maintenant que la scène pourrait servir de tribune à une sportive jeune retraitée. C'est le Journal du Dimanche qui nous l'apprend : Laure Manaudou s'est vue proposer le rôle de Monica dans l'adaptation théâtrale du film « Viens chez moi, j'habite chez une copine ».
C'est à Philippe Hersen qu'on doit ce coup... de génie ? de pub ? de lune ? Le producteur et metteur en scène, déjà initiateur du projet « Oscar » a expliqué dans l'hebdomadaire : « Je lui ai proposé de jouer dans cette comédie, que je monterai en septembre 2010. On me demande souvent de faire des coups avec des people. J'ai refusé pour Loana, mais Laure, j'y crois énormément. Elle a une vraie personnalité, une sensibilité et un physique. »
Le projet reste hypothétique, la championne de natation étant enceinte, mais elle s'est d'ores et déjà engagée à prendre des cours de comédie.




Mort d'Alain Crombecque, directeur du Festival d'Automne

Posté par Nedjma le 13.10.09 à 17:20 | tags : théâtre, festival d'automne

La nouvelle a fait l'effet d'un coup de tonnerre, soudain, et triste. Alors que le festival d'Automne, dont il est le directeur depuis 1993, bat son plein, Alain Crombecque est mort hier d'une crise cardiaque, à l'âge de 70 ans.


« Ce pourrait être des visages de spectateurs. Des visages qui ne seraient plus que l'expression de ces spectateurs. Rires, étonnement, trouble, indifférence, stupéfaction. Chacun reconnaîtra le sien, se souviendra avoir été, de spectacle en concert, d'exposition en projection, celui-ci ou celui-là. Tous sans doute. Non sans humour, parfois avec une monumentale gravité, ces curieux masques de Ugo Rondinone nous accompagneront tout au long de cette trente-huitième édition, totems que l'on espère bienfaiteurs d'une société en quête de réenchantement ». La phrase résonne curieusement aujourd'hui. Elle est signée Alain Crombecque, et ouvre l'éditorial du programme de cette trente-huitième édition.

L'homme, ami des artistes, défricheur de talents, a conseillé Patrice Chéreau, aux débuts des Amandiers, Jérôme Savary, et présidé aux destinées de manifestations théâtrales majeures en France : le festival d'Automne donc, mais aussi le festival d'Avignon. Il dirigea la vénérable institution entre 1985 et 1992, entre deux « épisodes » Bernard Faivre d'Arcier.
Plus discret que certains de ses pairs, il a initié quelques temps essentiels, et moments forts d'Avignon. Quelques-unes de ces nuits de théâtre mémorables, dont la ville bruisse encore et les spectateurs sont fiers de clamer : « J'y étais ». Parmi eux, « Le soulier de satin » mis en scène par Antoine Vitez, en 1987, dans la Cour d'honneur, ou « Le Mahâbhârata » mis en scène par Peter Brook, à la Carrière de Boulbon, en 1985. Avec lui, Avignon s'ouvre à de nouveaux horizons, plus lointains : 1992 voit l'organisation d'un programme traditionnel dédié à l'Amérique latine. Féru de poésie, Crombecque programme aussi nombre de lectures de poètes contemporains - Michel Leiris, René Char, Louis-René Des Forêts - et de rencontres avec des comédiens qui ont marqué l'histoire du festival : Maria Casarès, Jeanne Moreau...
Au festival d'automne, il avait invité Merce Cunningham et Pina Bausch, Bob Wilson et Carmelo Bene, et célébré le TG Stan - qui soufflera ses 20 bougies en fin de festival - ou Guy Cassiers.


Illus Festival d'Avignon.

Lire aussi :

L'histoire du festival d'Avignon

Voir le diaporama des spectacles de la rentrée 2009




V. à la Maison de la Poésie

Posté par JdF le 11.10.09 à 14:45 | tags : théâtre

Je ne connaissais pas Tony Harrison avant de voir V. à la Maison de la Poésie. Depuis j’ai appris que le Daily Mail en avait fait sa une en 1987 lorsque la chaîne Channel 4 l’avait diffusé. Le tabloïd le fustigeait comme étant le poème de langue anglaise qui comportait le plus de gros mots.

Texte paradoxal en ce qu’il intègre à une structure décasyllabique, donc classique, la réalité trash de l’Angleterre minière sous Tatcher. Chômeurs, skin, hooligans (ici synonymes ?) y rôdent sur fond de mines fermées et de mouvement ouvrier en déroute.
Claude Guerre l’a mis en scène dans une version musicale : le texte est scandé et chanté par Guillaume Durieux (qui a l’élégance destroy des rock-stars anglaise), accompagné à la guitare et au clavier par Jean-Baptiste Dary.

V. à la Maison de la Poésie (www), jusqu'au 22 novembre 2009.

 




Robin et Gregorio diabloguent à Marigny

Posté par Nedjma le 08.10.09 à 14:25 | tags : théâtre, théâtre marigny

Dans "Les Diablogues", Un et Deux s'interrogent sur des choses aussi essentielles que les effets de la pluie, l'efficacité des compte-gouttes ou les joies de la montagne. Voilà pour le fond. Ce qui fait (non) sens ici, et surtout éclats de rire, c’est la forme. Roland Dubillard s’amuse dangereusement avec les mots et enchaîne quiproquos, répliques absurdes et dialogues déjantés, dans une mécanique ultra-huilée.

Ces sketches radiophoniques datant de 1953 étaient devenus courtes pièces de théâtre en 1975. Voilà deux saisons, Jacques Gamblin et François Morel étaient, sur la scène du Rond-Point puis en tournée ces deux redoutables diabloguistes (lire ici). Cette fois, les comédiennes Muriel Robin et Annie Grégorio s’y collent. L’intérêt, sans doute, viendra de la  mise en scène de Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point. Pierre Lescure l’accueille à Marigny et fait, une nouvelle fois le pont entre théâtre public et privé.

C’est plutôt une bonne nouvelle même si, bien sûr, les risques sont minimes. Lescure s’est, pour son début de saison, appuyé sur de grands succès déjà éprouvés : « Partage de Midi », créé à la Comédie-Française puis « Vers toi, terre promise », créé à la Manufacture de Nancy et présenté dans la foulée au même Rond-Point.

Les Diablogues, mis en scène par Jean-Michel Ribes, du 8 octobre au 31 décembre, Théâtre Marigny, Paris.  

 







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