Après Récits de juin, le nouvel opus de Pippo Delbono vient de paraître, aux Editions Actes Sud.
Une trentaine d'articles écrits par l'auteur-acteur-metteur en scène italien entre 2004 et 2009, et parus dans divers journaux . La plupart ont été publiés dans le journal italien Liberazione, d'autres dans des supports aussi variés que L'humanité, Rolling Stone ou Alternatives Théâterales. Des textes aux thèmes intimes ou plus universels, du sida aux médias, de l'Eglise à la guerre, de la culture au théâtre de résistance. Un bel ouvrage façonné à la Japonaise.
Sous chaque double page également, des extraits des cahiers de notes de l'artiste. Confus, mais passionnants, ils nous plongent dans les origines du processus de la création, la recherche à tâtons, le doute, les questionnements. Et puis il y a ces photos, superbes. Bobo, le compagnon de route émouvant dont le visage surplombe la mer, des ciels orageux, des mains cramponnées à une vitre humide, des autoportraits, fragmentés.
C'est un éclat de voix qui résonne à travers ces différentes images, ces différents mots, comme sur scène, à chaque performance de ce poète enragé et des éclopés magnifiques qui composent sa troupe... Tour à tour tendre et rageur.
Regards de Pippo Delbono, éditions Actes Sud. 160 pages 38 euros.
La scène du théâtre de la Bastille est recouverte d’un sol beige, entourée de pendrillons beige. Un rideau, beige toujours, pend au milieu du plateau, des bois de cerfs y sont accrochés. Un piano, recouvert d’une housse.
Happy Child peut commencer. Des personnages dont on ne sait d’où ils viennent et ce qu’il font là se retrouvent, s’embrassent comme après une longue absences, évoquent quelques souvenirs, pas tous heureux. Ils chantent en chœur et jouent quelques notes au piano : les premiers couacs (volontaires) se font entendre.
C’est pourtant une ambiance d’harmonie sonore et visuelle qui préside à ce spectacle, très inspiré des réalisations de Christoph Marthaler. Les personnages se cherchent, se désirent, se repoussent, s’interpellent, se roulent par terre, se travestissent, se livrent à mille facéties et acrobaties dans un flux continuel d’invention visuelle et de trouvailles de mise en scèn.
Happy Child, conception, mise en scène et Scénographie, Nathalie Béasse.
Avec Étienne Fague, Karim Faihi, Erik Gerken, Anne Reymann, Camille Trophème.
Jusqu’au 7 février au Théâtre de la Bastille (www)
Spectacle présenté dans le cadre de la programmation « Hors série ».
Illus. © Wilfried Thiery
Sa voix résonnera encore longtemps, dans tous les lieux qu'il a investis, de la Cour d'honneur du palais des Papes au TNP. Quelques jours seulement après Pierre Vaneck, avec qui il avait partagé l'affiche du TNP, un autre géant, Georges Wilson vient de mourir, à l'âge de 88 ans.
Après avoir suivi les cours de Pierre Renoir, à l'école de la rue blanche, il rejoint la troupe de Jean Vilar dès 1952.
Il lui succède à la tête du TNP jusqu'en 1972, où il fait merveille dans L'Ecole des femmes ou En attendant Godot. Le père de Lambert Wilson a aussi enseigné au cours de Charles Dullin et fait ses premiers pas dans la réalisation avec La Vouivre, en 1988, où il dirigeait son fils. Au cinéma, il a tourné dans une centaine de films, le dernier, L'ennemi public numéro 1 de Jean-François Richet. On l'a aussi vu beaucoup à la télévision.
Il y a trois mois seulement, il était encore sur scène, bouleversant, aux Bouffes du Nord, dans une pièce de Thomas Bernhard, Simplement compliqué, qu'il mettait également en scène. Son personnage? Un vieil acteur au monologue crépusculaire... Troublant, émouvant d'y repenser aujourd'hui...
On entend déjà les accros de la série Plus belle la vie, qualifier Pierre Vaneck de « grand-père de... ». Mais avant d'être l'aïeul d'Aurélie et Thibault Vaneck, deux des héros récurrents du feuilleton à succès de France 3 (Ninon et Nathan), ou le papa à l'écran du toubib Fabien Cosma, autre série estampillée France 3, Vaneck était un grand acteur. Qui faisait le grand écart entre fictions populaires à la télé, films au cinéma et pièces de théâtre. Né Van Hecke au Vietnam, en 1931, il fait ses premiers pas sur les planches au Théâtre Saint-Martin. Il incarne alors Louis XIII dans Les trois mousquataires.
Il figurait dans les rangs du TNP, aux côtés de Jean Vilar et Georges Wilson.
Il a ensuite servi Sagan et Shakespeare,Musset ou Yasmina Reza, avec le carton Art, en 1994. On l'a aussi vu dans Le secret aux côtés d'Anny Duperey et Fabrice Luchini, ce qui lui valut un Molière en 1978 . Et, dernièrement dans la très belle saga Rock n' roll de Tom Stoppard, au Théâtre national de Nice. Au cinéma, Vaneck fut dirigé par Robert Hossein, René Clément ou Jules Dassin. Il est mort hier,à 78 ans, des suites d'une opération cardiaque.
Son partenaire dans Art, Pierre Arditi a rendu hommage à sa « noblesse de jeu, celle d’aller au plus profond sans jamais utiliser de faux-semblants ».
Ceux qui ont vu "Par-dessus bord", au théâtre national de la Colline ou à Villeurbanne, en gardent un souvenir ému. Chamboulements humains et sociaux, au cœur d'une société familiale française rachetée par une multinationale américaine, derrière la saga de l'entreprise de papier toilette, un déboulonnage en règle du capitalisme, que Michel Vinaver, longtemps PDG de Gillette, connaît bien.
Le spectacle-fleuve durait alors six heures et se clôturait par des ovations debout. Sur fond d'entreprise de PQ, une critique sombre et précise mais non dénuée d'humour du système.
Une transcription terrible et sans concession du monde de l'entreprise, qui n'oublie pas d'en rire. Voilà que la pièce est adaptée... en japonais ! Passionnante observation par LE pays de l'entreprise toute puissante. "Tori no tobu takasa", c'est le texte original de Michel Vinaver mis en scène par Arnaud Meunier, adapté par l'auteur lui-même, avec la précieuse collaboration d'Oriza Hirata. Ne surtout pas manquer ça !
Tori no tobu takasa, mise en scène d'Arnaud Meunier, Théâtre de la Ville, du 15 au 20 février.
La pièce de Victor Hugo, Angelo, tyran de Padoue, marque les premiers pas au théâtre du romancier et réalisateur Christophe Honoré. A l'occasion de la création du spectacle, dans le cadre du festival Avignon, on eu l'occasion de dire qu'on n'en pensait pas que du bien. Un peu trop chic et toc la mise en scène, disparates, les performances d'acteurs. Limité, l'intérêt de ce texte longtemps resté dans les tiroirs. Néanmoins, il y avait une raison d'aller voir la pièce : la comédienne Clotilde Hesme, en amoureuse éperdue. Elle reste l'intérêt majeur de cette pièce, actuellement en tournée (Lire ici notre chronique)
En vérité, Clotilde Hesme illumine à peu près chaque espace de jeu, écran, plateau, de sa présence. Ainsi dans les films du même Christophe Honoré. Ou au théâtre quand elle incarne Lady Di ou une marquise qui aime en secret, chez Luc Bondy, dans La seconde surprise de l'amour (lire ici). Elle a même poussé la chansonnette pour son copain François Orsoni, dans Jean La Chance. Alors on ne peut que se réjouir en apprenant qu'elle sera à l'affiche de Baal, de Brecht, au prochain festival d'Avignon. Clotilde, on l'aime !
Angelo tyran de Padoue, jusqu'au 30 janvier à la Maison des Arts de Créteil, du 4 au 6 février au CDN d'Orléans, du 10 au 12 février, Comédie de Clermont-Ferrand. Du 17 au 20 février, Scène de Saint-Quentin en Yvelines.
Illus Clotilde Hesme, ici avec Emmanuelle Devos dans "Angelo, tyran de Padoue". Photo Christophe Raynaud de Lage pour Festival d'Avignon.
Sur la scène du Théâtre de Gennevilliers, une cinquantaine d'interprètes. Une large moitié est issue des ateliers d'écriture du Théâtre de Gennevilliers, rejointe par des chanteurs de la chorale de l'école nationale de musique, et les actrices de la compagnie. A ces 50 corps et voix, confiée « la présence scénique brute de toutes ces vies vraies sur presque 300 ans ». Un projet vieux de trois ans. « Je ne l'ai pas fait exprès. Cela aurait pu ressembler à de l'opportunisme avec l'arrivée de la crise. Mais depuis trois ans quelque chose montait. Mon intérêt pour l'économie et ses figures contemporaines montait », assure Pascal Rambert, initiateur et metteur en scène du spectacle, et directeur du Théâtre de Gennevilliers. L'intérêt en question se déploie donc sur le plateau, autour d'histoires de pouvoir d'achat, de perte de situation, de panique du chômage. C'est Une (micro) histoire économique du monde, dansée. Au même moment, au Rond-Point cette fois, Eva Vallejo et Bruno Soulier orchestrent un drôle de spectacle sur le surendettement, corollaire de la consommation à outrance. Dehors peste le chiffre noir ? Une évocation en quarante tableaux, entre mots et musique. Les mots sont ceux de l'auteur autrichienne Kathrin Röggla. Réquisitoire cinglant et drôle sur notre monde contemporain, où l'humour né de l'absurde côtoie le désespoir. Et soudain l'art rejoint le réel, à moins que ce soit l'inverse. Pas du théâtre documentaire. Du théâtre documenté, et qui dépasse heureusement la représentation réaliste d'une réalité sociale tragique.Ainsi va le théâtre du Rond-Point, foisonnant, prolifique, qui mêle les bonheurs -plus ou moins intenses- sous la houlette de Jean-Michel Ribes, désormais secondé par Pierre Notte, auteur, acteur, ex-secrétaire général de la Comédie-Française et maintenant « auteur associé » du théâtre.
En ce moment, deux étages, deux salles, deux expériences singulières.
-Salle Renaud-Barrault, Pippo Delbono présente Le mensonge, après sa création à Avignon l'été passé. Avec pour point de départ l'incendie d'une usine Thyssen Krup qui a causé la mort de sept ouvriers, à Turin en décembre 2007, l'auteur-acteur-metteur en scène italien pousse un coup de gueule féroce et violent. Convoque mille références -de Shakespeare à Pina Bausch- et brosse un tableau assez saisissant, sorte de cabaret macabre qui réunit, autour de ses interprètes fétiches (Bobo, Pépé Robledo, Gianluca ou Nelson) des créatures fantasmatiques perchées sur des talons interminables. Rageur.
-Salle Roland Topor, place à Yaacobi et Leidental, comédie noire signée Hanoch Levin et mise en scène parFrédéric Bélier-Garcia. Un trio amoureux embarqué dans une danse folle, entre humour juif et absurdité érigée en loi, éclats de voix et envie de vivre désespérée. Les comédiens abordent la pièce avec un excès joyeux, dansent, chantent, la salle pleure de rire.
Théâtre du Rond-Point. La menzogna jusqu'au 6 février. Yaacobi et Leidental jusqu'au 21 février. Théâtre du Rond-Point, Paris 8e.
Illus Yaacobi et Leidental. Brigitte Enguerand.
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