Quand je danse, il y a deux moi qui cohabitent: l'un qui ne se contrôle plus, en état de transe, et l'autre qui regarde avec lucidité le premier. Parfois ces deux moi coïncident et engendrent une sorte de folie blanche, proche de l'extase. C'est cet état que doit chercher le danseur de buto. Je danse pour ce moment privilégié.
Carlotta Ikeda, de son véritable nom Saene Ikeda, se forme au ballet classique à l’Université de Tokyo avant de découvrir le travail de l’artiste, créateur du Buto, Tatsumi Hijikata. L’esthétique particulière du Buto, qui s’inspire de
Lautréamont et autre
Marquis de Sade, s’inscrit en réaction à la douleur de la seconde guerre mondiale et au cataclysme d’Hiroshima. Le Buto chante un corps larvaire, animal, végétal, comme minéral, qui puise dans les quatre éléments une force de vie concentrée, intense et torturée. C’est dans cette tradition que s’inscrit le travail de Carlotta Ikeda qui rencontre en 1974 la troupe de Buto de Ko Murobushi avec qui elle collaborera dans la durée. Elle crée sa compagnie
Ariadone en 1974 et fait sa première tournée européenne en 1978. Murobushi chorégraphie
Zarathoustra en 1980, un solo
Utt en 1981. En 1985, les deux artistes créent conjointement
Himè. Carlotta Ikeda créera ensuite
Blackgreywhite en 1988, puis
Langage du sphinx (1992),
En chasse (1995), ou
Waiting (1996). Dernièrement, en 2008, elle chorégraphie
Uchuu cabaret présentée aux
Hivernales d’Avignon.