Fermer

Emmanuelle Laborit


Emmanuelle Laborit


La parole autrement


L'IVT a pris ses quartiers à Paris en janvier. Après deux spectacles de théâtre, il fait la part belle à la musique, avec une revue en langue des signes. Etonnant ? Pas tant que ça. Sa directrice, l'actrice Emmanuelle Laborit, moliérisée pour Les enfants du silence, est une enfant de la parole. Autrement.

- Vos impressions ? Emmanuelle Laborit et l'international visual Theatre sur le forum Théâtre

Une revue musicale en langue des signes. Où Piaf côtoie Dutronc et Barbara, où swing, jazz et rock se mêlent, où les acteurs sourds, accompagnés de trois musiciens, revisitent un répertoire joyeusement éclectique sur un plateau de cabaret plein de plumes et de paillettes. Où le public enfin témoigne de son engouement pour le spectacle en levant ses mains tournoyantes vers le ciel, pas en applaudissant. C'est l'Inouï Music Hall. Emouvant, singulier, généreux.
A l'origine du projet, les metteurs en scène Serge Hureau et Philippe Carbonneaux et la comédienne Emmanuelle Laborit. Le premier est le créateur du Hall de la Chanson, qui œuvre à la valorisation du patrimoine méconnu de la chanson. Le second et la troisième travaillent au sein de l'International Visual Theatre (ITV). Un théâtre en langue des signes et en français, qui célèbre son trentième anniversaire et vient de s'installer à la Cité Chaptal, au cœur de Paris, après de longues années d'errance. Là, une salle de spectacle de 185 places et des ateliers de langue des signes. La comédienne sourde Emmanuelle Laborit, douce et combative à la fois, le dirige depuis 2003 et fourmille d'envies, encore et toujours. Rencontre.

Fluctuat : Comment est né ce projet de revue en langue des signes ?
Emmanuelle Laborit : « Philippe Carbonneaux et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. Il est metteur en scène associé à l'International Visual Theatre et pratique la langue des signes. Serge Hureau, le créateur du Hall de la Chanson a un frère sourd, à qui il avait envie de rendre hommage depuis longtemps. En plus nous sommes ici dans le quartier fondateur des revues et cabarets. Après de longues années de nomadisme, nous avons enfin un lieu à nous et nous avions envie de marquer son ouverture par un spectacle festif, joyeux, autour de la chanson. C'était aussi un moyen de casser les clichés selon lesquels les sourds, parce qu'ils n'entendent pas, ne font pas la fête, ne dansent pas. C'est faux ! »

Comment avez-vous travaillé à l'élaboration de ce spectacle ?
« D'abord nous avons organisé un stage d'un mois avec les comédiens sourds autour de la chanson, qui est une énorme matière. Puis Philippe Carbonneaux et Delphine Saint-Raymond ont travaillé à l'adaptation des chansons, avant de faire des propositions à tous les comédiens-chanteurs. Il fallait que chacun d'entre nous trouve les signes qui lui convenaient le mieux pour interpréter ses chansons. Car il ne s'agissait pas d'une traduction « un mot pour un signe », mais plutôt de retrouver le sens d'ensemble des chansons, tout en gardant quelques phrases repères pour le public entendant. »

Sur scène, un tableau affiche les paroles de chaque chanson noir sur blanc. Au départ, le public entendant a les yeux rivés sur les phrases, avant de s'en détourner pour ne plus observer que le comédien qui signe, ce qui fait beaucoup appel à l'imagination. Etait-ce le but ?
« Oui, c'est vrai que c'est un peu ce que nous voulions. Il est important de faire vivre le regard des spectateurs. De même pour les musiciens, qui ne parlent pas du tout la langue des signes et qui ont été très attentifs. Car la musique, le son d'un côté et le monde visuel de l'autre ce sont deux mondes opposés. Et nous réussissons à cheminer ensemble. Alors je leur tire mon chapeau. »

Chose très étonnante : sur certaines chansons, vous dansez tous ensemble, avec un vrai sens du rythme, comme si vous entendiez la musique...
« Moi sur certains morceaux, comme L'homme à la moto que j'interprète, je ressens les vibrations très fort, physiquement, dans tout mon corps. Mais c'est vrai que les perceptions dépendent de chaque individu. Pour ce qui est de la danse, nous avons travaillé avec un chorégraphe, Dominique Rebaud, qui nous a appris tous les pas, leurs tempos, et leur rythme : swing, java ou valse. »

Vous dirigez l'International Visual Theatre depuis 2003. Quel souvenir gardez-vous de votre découverte du lieu, alors que vous n'aviez que 7 ans ?
« Je me souviens d'un vieux château, avec un escalier en colimaçon très impressionnant qui n'en finissait pas. Mes parents ont discuté avec Alfredo Corrado, le fondateur de l'iVT. A l'époque, tous les médecins leur disaient que je ne devais pas être en contact avec des sourds, qu'il fallait absolument que je parle. Pour moi, les sourds étaient des gens appareillés, avec des boitiers, qui essayaient de parler. Et là, je me suis trouvée face à des gens comme moi, mais qui, eux, utilisaient la langue des signes pour communiquer. C'était incroyable ! Un moment très fort.
Tout est allé très vite ensuite, mes parents et moi nous avons appris la langue des signes. Cela m'a permis de m'ouvrir sur le monde, d'exprimer mes pensées, de me construire en tant qu'individu. »

La découverte conjointe de la langue des signes et du théâtre, c'était énorme...
« Oui, c'était un sacré coup de massue. Un très beau coup de massue (sourires).
J'ai plongé dans ce monde, je m'en suis imprégnée, avec bonheur. J'allais voir les pièces, d'ailleurs certains acteurs que je voyais jouer à l'époque sont encore aujourd'hui à l'IVT, comme Levent Beskardès ou Chantal Liennel. »

Comment votre envie de vous consacrer pleinement au théâtre est-elle arrivée ?
« Je le pratiquais dans des ateliers, comme un loisir. Je faisais des petites démonstrations dans le métro, dans des fêtes, avec des copains. Mais on me disait « tu ne pourras jamais être comédienne, le théâtre c'est la parole ». Puis j'ai rencontré Jean Dalric qui voulait remettre en scène Les enfants du silence et m'a proposé le rôle de Sarah. Je trouvais cela très fort, mais n'étais pas sûre d'en être capable. Et puis, si. » [le rôle lui a valu un Molière, en 2003 ndlr]

Quand vous avez pris la direction de l'IVT, quelles étaient vos priorités ?
« L'objectif premier, c'était l'ouverture d'un lieu pour promouvoir, diffuser, enseigner la langue des signes, et tout ce qui est lié à son expression : la poésie, l'argot, la littérature. Comme vous pouvez vous en rendre compte, on le voit pendant la campagne électorale, la culture n'est pas prioritaire ! Les intermittents du spectacle, ça n'intéresse personne, alors les intermittents du spectacle sourds n'en parlons pas ! Il nous faut des aides, il faut qu'on s'accroche, il faut que l'IVT existe pour de longues années. »

C'est important de réunir comédiens sourds et entendants au sein d'une même compagnie ?
« C'est essentiel. Il faut que les deux se rencontrent... »

Qu'est-ce que les comédiens sourds peuvent apporter aux entendants, et vice-versa ?
« Nous apportons aux entendants l'apprentissage de l'écoute. De l'écoute visuelle et corporelle, une façon différente de faire attention à l'autre. Pour ma part, les comédiens entendants m'ont appris à respirer. C'est important, c'est ce qui fait la mélodie, le rythme du langage. »

De la même façon, vous avez à cœur de réunir public sourd et entendant...
« Oui. Les entendants ont l'habitude d'aller au théâtre, les sourds moins. C'est important qu'ils se retrouvent. J'aime aussi beaucoup les débats à l'issue des spectacles. Depuis l'ouverture du lieu, on découvre un nouveau public. Tant mieux... »

Propos d'Emmanuelle Laborit recueillis par Nedjma Van Egmond

L'Inouï Music-Hall à l'International Visual Théâtre jusqu'au 7 avril.
7, cité Chaptal. 75009 Paris. 01 53 16 18 10.

[illustrations : portrait d'Emmanuelle Laborit : Agathe Poupeney ; photo de l'Inouï Music Hall : Gérard Dumax]

Nedjma Van Egmond.

Sur Flu : - Vos impressions ? Emmanuelle Laborit et l'international visual Theatre sur le forum Théâtre - Chronique du Woyzeck de l'ITV (2000)

Sur le web : - Le site de l'ITV

Radio

ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...

Personnalités théâtre-danse

L'abécédaire

 A   B   C   D   E   F   G   H   I   J   K   L   M   N   O   P   Q   R   S   T   U   V   W   X   Y   Z 

Afficher par : naissance / nationalité / métier

Les concours sur Fluctuat
Braquage à l'anglaise : des places de ciné à gagner Places pour Astropolis 2008 Places pour la Route du Rock 2008
Des albums de Lil Wayne à gagner Gagnez des Livres de poche et un sac de l'été Surveillance : des places et des affiches dédicacées à gagner
Braquage à l'anglaise : des places de ciné à gagner
Places pour Astropolis 2008
Places pour la Route du Rock 2008
Des albums de Lil Wayne à gagner
Gagnez des Livres de poche et un sac de l'été
Surveillance : des places et des affiches dédicacées à gagner

Zoom sur

Pina BauschCarolyn CarlsonJean-Luc LagarcePeter BrookTim LottAriane MnouchkineRobert WilsonPierre DesprogesSamuel BeckettAntonin ArtaudBertolt BrechtEugène IonescoWilliam Shakespeare

Pina Bausch / Carolyn Carlson / Jean-Luc Lagarce / Peter Brook / Tim Lott / Ariane Mnouchkine / Robert Wilson / Pierre Desproges / Samuel Beckett / Antonin Artaud / Bertolt Brecht / Eugène Ionesco / William Shakespeare

Les tags Scènes

Arts de la rue Cabaret musical Chaillot Chalon dans la rue Cirque Comédie musicale Danse Festival d'Avignon Istanbul 2010Lavoir Moderne Parisien MC93 Marionnettes Théâtre Théâtre Claude Lévi-Strauss Théâtre Marigny Théâtre de l'athénée avignon off théâtre paris Bastille théâtre de la cité internationale théâtre de la colline des planches et des livres ferme du buisson festival de théâtre ici et là théâtre à l'international spectales jeune public kunstenfestival la commune/aubervilliers théâtre de l a ville/châtelet musique sur scène théâtre Nanterre-amandiers théâtre de l'odéon opéra parc de la villette performance théâtre du rond-point spectacle à paris Festival le standard idéal sur la route théâtre de la ville videos en scènes zingaro
Sur le forum théâtre

- tableau blanc
- ac/dc en concert ?
- Cherche 4000 lecteurs pour lecture de Prou...
- faire tourner un baton de majorette

La newsletter