“ Je suis en colère contre l’injustice et le scandale permanents. C’est une colère sans cri, sans coup de poing sur la table.” ”
Sa mère est juive, son père, le metteur en scène Wolfgang Langhoff est communiste. C’est donc en exil que Matthias Langhoff vient au monde. Dès la fin de la guerre, la famille revient à Berlin dans la zone d’occupation britannique, puis dans la zone soviétique qui devient par la suite République Démocratique Allemande.
Maçon de formation, il entre au Berliner Ensemble en 1961, où, avec Manfred Karge, il monte des pièces de
Bertolt Brecht, qu’il a soin de revisiter. Sa carrière se poursuit dans différents théâtres allemands, et, après la chute du Mur, a brièvement dirigé le
de 1989 à 1991, puis le Berliner Ensemble. Ses mises en scène sont décapantes et témoignent d’une attention considérable portées aux textes, mais aussi d’un imaginaire de plasticien. La constitution du décor et, le cas échéant de différents espaces, se partageant la scène, l’emploi de matériaux atypique (la terre dans Désirs sous les ormes (1993) de Eugène O’Neill), la projection de photographies, de films, références à d'autres œuvres, Matthias Langhoff maîtrise tout ces aspects de la réalité scénique et donne ainsi une portée concrète à la puissance de son imagination.
Installé en France, il est aujourd’hui le conseiller artistique du Théâtre National de Bretagne à Rennes. Ses dernières réalisations marquent un intérêt constant pour la réflexion historique : Les Trois Sœurs (1994), de Tchékhov évoquait les transformations de la société russe. Les Troyennes (1998) d’après Euripide, proposait une réflexion sur les récents conflits armés, L’inspecteur général (2000) de Nicolas Gogol disséquait la machine du pouvoir politique. Enfin, Leonce et Léna d’après Büchner, jouée en 2002, à la Comédie Française, revenait de manière magistrale sur l’histoire tourmentée de son pays d’origine.
(Matthias Langhoff, Photo DR)