Olivier Py




Malgré la fatigue après plus d'un mois de Grande Parade, Olivier Py accepte de nous rencontrer juste avant la représentation des Illusions Comiques, pièce dans laquelle il tient son propre rôle. Poète fougueux qui embrasse toutes les étapes de la création (écriture, mise en scène, lumières, jeu), il ne rechigne ni à commenter son oeuvre ni à évoquer la manière dont il envisage son avenir.

Vous développez longuement votre vision de la vie et votre conception du théâtre dans vos pièces. Les Illusions Comiques a même la prétention de "tout dire sur l'art dramatique et le mystère théâtral". Acceptez-vous de vous plier à l'exercice de l'interview par nécessité commerciale ou bien pensez-vous que votre parole a besoin d'être commentée ?
La vie du théâtre n'est pas une vie de pur esprit. Il s'agit aussi de construire un lien avec le public. Et le lien entre le public et un poète vivant ne va pas de soi. Les journalistes nous aident à le créer, cela me semble donc extrêmement important de les rencontrer.

Votre oeuvre est très complexe et fournie. Dans les Illusions Comiques vous proposez par exemple cent définitions du théâtre. N'avez-vous pas peur de voir votre pensée réduite à force de commentaire ?
Ce n'est pas parce que ma pensée est large et complexe qu'elle ne sait pas être concise quelquefois. Je crois que l'avantage de tous ces aphorismes que contient les Illusions Comiques, est qu'ils sont au contraire très brefs, très transportables pour la mémoire. Ils sont peut-être nombreux mais ils sont chacun une façon de méditer sur la chose théâtrale. Je n'ai pas toujours le temps de faire court mais je suis autant habitué au romanesque qu'à la concision. Dans la Grande Parade, nous avons des oeuvres de plus de dix heures et puis un spectacle d'un peu plus d'une heure qui n'a pas moins de valeur parce qu'il est plus court. Je pense que le poète a une idée qui est un peu toujours la même et qui se retrouve sous tous les formats. Je suis comme un peintre qui fait parfois des grands formats et parfois des petits. Et puis au fond bien sûr, c'est toujours la même parole, assez inséparable de ce que je suis.

Vous avez une définition particulière, voire personnelle, de la joie.
Oui, c'est un mot que j'utilise beaucoup et auquel mon théâtre a essayé de donner un sens spirituel. La joie, c'est le point d'horizon d'une quête spirituelle, une tentative d'être plus au monde, d'être mieux au monde, peut-être pas d'atteindre à la finalité de sa présence au monde, mais tout au moins de vivre mieux cette impossibilité d'atteindre à une finalité. Sans aucun doute, le théâtre est un excellent outil pour cette aventure-là. Oui, le mot de joie est un mot que j'ai souvent employé de manière différente. La joie du poète n'est pas la joie du chrétien. Mais c'est le mot qui m'est le plus couramment associé. J'en suis finalement assez fier car il n'y a pas de place, je pense, au théâtre, pour le constat d'impuissance, la déploration et l'ennui. Même quand le théâtre est tragique, il faut qu'il soit tragique avec joie. Comprenne qui peut.

Y a-t-il des auteurs contemporains dont vous considérez qu'ils font, ainsi que vous, du théâtre dans la joie ?
Je crois que Valère Novarina est aussi un poète de la joie. Il dit dans l'Espace Furieux "attention, vous allez assister à des scènes de joie". Valère n'est pas un poète du désespoir, bien au contraire. Je ne suis pas certain que le désespoir s'entende très bien avec le théâtre. Je doute toujours du théâtre désespéré ou finalement du théâtre radicalement absurde, parce que le fait de monter ces grandes aventures, la présence des spectateurs, la réunion de ces amis, de ces artisans autour d'un projet poétique est déjà en soi un tel miracle, une telle joie, qu'il serait difficile de le vivre uniquement dans la déploration.

Vous présentez actuellement une rétrospective, avec en point fort votre dernière création, les Illusions Comiques, qui ose l'autodérision, qui la pousse même jusqu'aux frontières du ridicule, par exemple quand vous enfilez ce costume de lapin bleu. Ce cycle marquera-t-il une rupture ?
Non, je ne pense pas qu'on pourra considérer le reste de mon oeuvre dans la rupture après la Grande Parade. Au contraire, je crois que mon travail est d'approfondir un geste poétique dont ce cycle aura pu montrer la cohérence. Donc, très probablement, cela permettra de comprendre des oeuvres prochaines, dont certaines sont déjà écrites. Je ne sais pas si je reviendrai de sitôt à une forme aussi évidemment proche de la comédie. Les pièces que j'ai écrites depuis sont plutôt sombres, même s'il y a bien sûr toujours un va-et-vient entre plusieurs projets. Le théâtre le plus commun dans mon oeuvre est un théâtre dans lequel les genres se bousculent, d'ailleurs c'est aussi le cas de cette comédie : même si elle a une forte tendance à l'autodérision, elle contient aussi des passages mélodramatiques, élégiaques, philosophiques. J'ai toujours rêvé d'un théâtre très hétérogène dans la forme. J'ai pris la leçon avec Shakespeare. Je n'aime pas trop les oeuvres pures. Donc même dans les pièces très noires que j'ai écrites après les Illusions Comiques , il y aura encore des scènes drôles. Je crois que quand le théâtre est réussi, il présente la totalité de l'humain et ces questions de genre sont totalement dépassées.

Vous allez présenter à Avignon des lectures de textes de Jean Vilar. Pouvez-vous nous en dire plus ?
A l'occasion du soixantième anniversaire de la décentralisation, le festival d'Avignon m'a commandé un montage à partir des textes de Vilar. C'est une somme de textes incroyable. Je ne me suis pas encore dédié à la question mais j'aimerais retracer moins l'histoire d'un homme que l'histoire d'une idée : l'idée de la décentralisation, du théâtre populaire, du théâtre public. Il s'agira de voir comment cette idée germe dans le contexte politique assez particulier de l'après-guerre et puis comment d'année en année, Vilar n'a de cesse de la questionner, de la repenser, de la reposer. Nous allons donc probablement raconter l'histoire de cette idée depuis le premier festival d'Avignon jusqu'à la mort de Vilar. Et puis comme elle n'est pas morte avec Vilar, j'aimerais qu'on puisse à travers ce montage de textes, trouver des éléments de réponse pour l'avenir de cette idée.

Vous quittez le CDN d'Orléans la saison prochaine. Savez-vous déjà où vous irez ?
Oui, je quitte Orléans. Je ne sais pas encore où j'irai. Je poserais ma candidature pour le théâtre de la Colline s'il y avait lieu, je n'en fais pas mystère.

Catherine Richon.

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Sur le web : - Le site du théâtre du rond point





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