« Il y a complète désintégration. Pas de Je, pas de Avoir, pas de Etre, pas de nominatif, pas d’accusatif, pas de verbe. Il n’y a pas moyen de continuer… À la fin de mon œuvre, il n’y a rien que poussière : le nommable… »
D’origine protestante, Samuel Beckett naît dans une banlieue cossue de Dublin, et fait ses classes à l’Earlsford House School de Dublin, avant d’intégrer la Portora Royal School d’Enniskillen.
Oscar Wilde y avait été lycéen. Entre 1923 et 1927, Beckett étudie le français, l’anglais et l’italien au Trinity College de Dublin. Bachelor of Arts en poche, il devient lecteur d’anglais à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris. C’est là qu’il rencontre
James Joyce, dont il deviendra l’ami et le collaborateur. En 1929, il en défend la méthode et l’œuvre dans son premier ouvrage, un essai critique,
Dante, Bruno, Vico, Joyce.
Après plusieurs voyages en Europe, il s’établit à Paris en 1938. « Je préfère la France en guerre à l’Irlande en paix », aurait dit celui qui grossira les rangs de la résistance au sein du groupe Gloria. Il se réfugie en zone libre, à Roussillon (Vaucluse). Son séjour lui inspirera En attendant Godot, qui paraît en 1948. L’œuvre, mise en scène par Roger Blin dans un théâtre parisien, en 1953, marque le début de sa carrière théâtrale. Car bien qu’ayant accédé à la notoriété par le théâtre, Samuel Beckett fut d’abord un auteur de romans et de récits.
Il écrit les romans
Molloy, Malone meurt, l’Innommable (1947-1949), et la pièce
Fin de partie (1954). En 1945, il renonce, à trente-neuf ans, à écrire dans sa langue maternelle pour lui préférer celle de son pays d’adoption : en français, dit-il, " c'est plus facile d'écrire sans style ". Entre 1956 et 1960, Beckett reviendra pourtant à sa langue maternelle :
La dernière bande (1958),
Oh ! les beaux jours (1960). Il réalisa aussi un film (
Film, 1964), dans lequel
Buster Keaton tient le rôle d’un personnage muet qui tente de se cacher au regard de tout être vivant.
Caractérisée par une écriture minimaliste, son œuvre semble tout entière tendue vers le silence. Plusieurs thèmes y sont présents : le temps, l’attente, la solitude, la non communication, la déchéance, et parfois pourtant, l’espoir. Il érige le clochard en figure récurrente. Pessimisme et humour y sont toujours liés. « Je ne sais pas où je suis, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne peut savoir, on doit juste avancer », dit l’un de ses personnages.
En 1969, « pour son œuvre qui, à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre prend toute son élévation dans la destitution de l’homme moderne », le prix Nobel de littérature est attribué à Samuel Beckett. Pour lui c’est une catastrophe. Par rejet de ce qu’il qualifie l’industrie beckettienne et des mondanités, il n’ira pas le chercher. C’est son éditeur, Jérôme Lindon, des Editions de Minuit, qui le fera. De la fin des années 60 à sa mort, en 1989, la fréquence des publications de Beckett va diminuer, et lui tendra vers un style de plus en plus minimaliste. Il est enterré à Paris, au cimetière Montparnasse.
En 2006, les villes de Dublin puis de Paris co-accueillent un
festival Samuel Beckett à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de l'écrivain irlandais.