ExpérimentationsOn a surnommé Trisha Brown la « grande prêtresse » de la danse post-moderne américaine. Formée aux côtés d'Anna Halprin,
Yvonne Rainer et Steve Paxton, elle a su repousser les limites de la danse, en la transposant de l'espace sacrée de la scène aux lieux séculiers de la ville, et surtout en rendant au geste sa pureté première. La chorégraphe, elle-même artiste plasticienne, a multiplié au fil des décennies les collaborations avec les artistes les plus novateurs de son temps, comme l'artiste du Pop Art
Robert Rauschenberg ou la musicienne
Laurie Anderson.
Dès 1962, Trisha Brown est l'une des membres fondatrices du Judson Dance Theater de New York, groupe expérimental où prime l'improvisation : on y affirme que tout mouvement peut être danse, et que chaque individu peut être danseur. En 1970 elle fonde la Trisha Brown Dance Company.
La danse de Trisha Brown est dépouillée, non-narrative, strictement formelle, imprévisible dans ses enchaînements bien que s'inspirant de gestes du quotidien. Dans les premiers temps, la chorégraphe rejette les conventions scéniques (lumières, costumes et décors), au point de placer parfois ses danseurs dans un contexte
in situ, notamment sur les toits et les façades du quartier de Soho où elle vit, dans des parcs ou dans la nature.
Ainsi en 1971, elle crée
Man Walking Down The Side of a Building, un danseur tenu par un harnais se déplaçant horizontalement sur un mur vertical, et
Accumulation, les danseurs performant sur le dos dans des lieux divers. Dans
Roof Piece, en 1973, douze danseurs se transmettent des mouvements d'un toit à un autre, sur un périmètre de dix blocks.
Vers la musiqueLe décor réapparaît peu à peu à la fin des années 70 avec
Glacial Decoy, auquel collabore Robert Rauschenberg. En 1983,
Set and Reset, réalisé en collaboration avec Rauschenberg pour le décor, et Laurie Anderson pour la musique, affirme une tension plus marquée du mouvement. La danse de Trisha Brown se fait plus athlétique, et pousse les danseurs à puiser dans leurs ressources physiques.
Le rapport plus prégnant à la musique est également l'une des évolutions majeures de l'art de Trisha Brown. Après avoir chorégraphié le
Carmen de Georges Bizet, elle crée
M.O., sur la musique de
L'Offrande monumentale de
Jean-Sébastien Bach. La chorégraphe est ainsi menée tout naturellemment à expérimenter la mise en scène d'opéra, avec en 1998 l'
Orféo de
Monteverdi. Dans les années 2000, elle collabore avec le trompettiste Dave Douglas pour une trilogie consacrée au jazz contemporain.
Toujours à l'avant-garde, Trisha Brown utilise les nouvelles technologies, avec notamment des instruments de captation du mouvement pour
How Long Does The Subject Linger on The Edge of The Volume..., en 2005, ou des robots, pour
I Love My Robots, en 2006. En 2009, elle crée
L'Amour au théâtre, sur la musique d'
Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau, série de duos et de trios aériens présentée au Théâtre national de Chaillot en octobre 2009.
La Trisha Brown Dance Company, basée dans le quartier de Soho, à New York, compte aujourd'hui dix danseurs et tourne régulièrement dans le monde entier.