Je cherche simplement à mener le ballet à de nouvelles définitions de ses limites. ”
Un Américain en EuropeOn l'a souvent qualifié de « plus européen des chorégraphes américains ». Et pour cause… William Forsythe s'est très tôt intéressé à la danse moderne, au rock ou à la comédie musicale. Il étudie la danse à la Joffrey Ballet School, puis à la School of American Ballet. Parallèlement, il suit les cours de Meredith Baylis, William Griffith ou Nolan Dingman. En 1973, il est engagé par John Cranko au Ballet de Stuttgart.
Dès lors, William Forsythe passera le plus clair de son temps en Europe. En 1976, il signe sa première chorégraphie, le duo
Urlicht, sur une musique de
Gustav Mahler. Jusqu'en 1983, il chorégraphiera une vingtaine de spectacles pour le Ballet de Stuttgart, mais aussi pour ceux de Bâle et de Munich ou pour le Nederlands Dans Theater. C'est aussi en 1983 qu'il crée une de ses pièces les plus emblématiques,
Gänge, et qu'il chorégraphie
France/dance à l'Opéra Comique, à la demande de
Rudolf Noureev.
FrancfortEn 1984, le chorégraphe est nommé à la tête du Ballet de Francfort, ville où il est toujours basé aujourd'hui. En 1987, il livre
In the middle, somewhat elevated. La pièce, qui réunit Sylvie Guillem, Laurent Hilaire, Manuel Legris et Isabelle Guerin, danseurs du Ballet de l'Opéra de Paris, est le symbole de l'alchimie Forsythe entre moderne et classique. En 2004, quittant le ballet de Francfort, il fonde la compagnie qui porte son nom et réunit dix-huit danseurs.
Depuis le début de sa carrière, William Forsythe a créé pour les ballets du monde entier, de Monte Carlo au Capitole en passant par le Ballet de New York. A son actif, on compte une soixantaine d'œuvres.
Le style ForsytheTout en conservant les bases du vocabulaire classique, William Forsythe invente sa propre marque : déconstruire et élargir les codes, procéder par ruptures de rythmes et accélérations.
Les pièces des années 1990, sur les musiques tranchantes de Thom Willems, démontrent la perfection mécanique des corps. Dans
Second Detail (1991), angles obtus, écarts outrés et accents forts désarticulent les corps des danseurs. Sylvie Guillem est l'interprète idéale pour cette danse musclée, tendue, nerveuse. Quittant peu à peu les compositions en miroir, comme dans le
Duo (1996) pour deux danseuses nuancé comme un dessin au crayon de
Seurat, Forsythe mêle de plus en plus danse et théâtre, avec par exemple
One flat thing, reproduced, en 2000, pièce pour quatorze danseurs et vingt tables qui constituent une aire de jeux inépuisable.
A l'été 2005, invité du festival d'Avignon, le chorégraphe propose un spectacle bouleversant,
You made me a monster, œuvre traversée de douleur et hommage à son épouse disparue quelques mois plus tôt d'un cancer. Entre octobre et décembre 2006, il propose pour le Louvre une installation,
Retranslation/Final unfinished portrait, inspirée du dernier tableau de
Francis Bacon.
Yes we can't, en 2008, renverse avec ironie le slogan obamanien et livre un portrait cinglant d'une société contemporaine désunie. L'œuvre de Forsythe, au fil du temps, se radicalise.